22 Août 2017

Congo-Kinshasa: Tshibala à Pretoria, Minaku à Kigali - Kinshasa ignore les 200 morts de l'Ituri

Le glissement de terrain dans la localité de Tara, en Ituri, a englouti plus de 200 personnes depuis près d'une semaine. Alors que l'autorité provinciale a montré ses limites dans la gestion de cette catastrophe naturelle, le pouvoir en place à Kinshasa a préféré rester dans son confort quotidien. Qu'est-ce qui reste encore de la RDC quand 200 Congolais peuvent mourir sans que les dirigeants ne s'en émeuvent outre mesure ?

La province de l'Ituri est en deuil. Ses habitants pleurent leurs morts seuls, loin de toute compassion du gouvernement central. Un glissement de terrain, à la suite d'une pluie tombée le mercredi 16 août à Tara, une localité du territoire de Djugu, a fait plus de 200 morts. Ce centre de pêche, bâti au bord du lac Albert, a été rasé de la carte par un amas de pierres, engloutissant en même temps des familles entières.

Jusqu'à hier lundi, la situation était toujours préoccupante voire désastreuse. Le lieu du drame est déjà envahi par la puanteur des corps sans vie sous les gravats. Le vice-gouverneur de l'Ituri, Pacifique Ketha, a même ordonné l'arrêt des opérations de secours. Les observateurs parlent d'un drame humanitaire. En réalité, seuls 40 corps ont été extraits des gravats depuis le glissement des terres pendant que plus de 150 disparus recensés manquent toujours à l'appel, non sans compter les anonymes. En ce moment, il n'y a plus d'espoir de retrouver des survivants.

Selon les témoignages, il n'y a pas d'abris, ni de médicaments et d'eau potable pour les quelques rescapés, rapportait déjà samedi 19 août soir à Bunia, chef-lieu de la province,le vice-gouverneur, à son retour de Tara. Il redoute même des épidémies suite aux nombreux corps en instance de décomposition sous terre.

Selon le rapport des autorités locales, il y avait 70 maisons qui abritaient les autochtones et certains marchands venus s'approvisionner en poissons à ce centre de pêche. Toutes ces habitations et leurs occupants ont été engloutis par le torrent de grosses pierres, rapporte Radio Okapi.

Comme c'est le cas toujours en provinces, les moyens de secours sont rudimentaires. À en croire la radio onusienne, c'est même la MONUSCO qui a assuré le transport de la délégation du gouvernement provincial jusqu'à Tara. La visite de l'autorité locale se limitait à « évaluer la situation humanitaire pour planifier l'assistance ».

«C'est une désolation que nous avons trouvée. Et les témoignages que nous avons eu de là, c'est vraiment accablant (... ) Ce que nous craignons ce sont les maladies. Nous allons désinfecter ces milieux, puisque, quand nous sommes arrivés, il y avait déjà des odeurs qui sortaient. Et ça c'est un très mauvais signe». Dans ce témoignage du vice-gouverneur, on décèle l'impuissance de l'autorité à faire face au drame. Pendant ce temps, Kinshasa répond aux abonnés absents.

L'indifférence coupable de Kinshasa

Dans l'ensemble, la gestion de la catastrophe de Tara a été calamiteuse sur tous les plans : un déficit de communication, des opérations de secours rudimentaires. À cela s'ajoute l'indifférence des dirigeants de Kinshasa. Cette catastrophe naturelle de l'Ituri illustre le fossé qui existe en réalité entre les gouvernants et les gouvernés. Avec cette énième catastrophe, les dirigeants en place ont montré combien ils ne se soucient aucunement de leurs administrés.

Depuis le drame de Tara, le gouvernement central n'a pipé mot. Le gouvernement Tshibala n'a même pas fait un message de compassion en faveur des familles des victimes. De même, l'Exécutif national n'a envoyé aucune aide ni pour secourir à temps les victimes encore moins pour assister les quelques rescapés.

Pire, étant au courant du drame de Tara depuis le mercredi, le Premier ministre, Bruno Tshibala, a pu prendre son avion pour assister, le samedi 19 août, au sommet de la SADC à Pretoria en Afrique du Sud. De même, les 200 morts de l'Ituri n'ont pas empêché le président de l'Assemblée nationale et Secrétaire général de la Majorité présidentielle, Aubin Minaku, de conduire à Kigali la délégation officielle de la RDC à l'investiture, le vendredi 18 août, du président rwandais, Paul Kagame. Où est le patriotisme ? Où est le nationalisme ?

L'indifférence des dirigeants congolais passerait pour un crime d'Etat sous d'autres cieux. Dans les nations modernes, un Premier ministre ne peut pas se rendre en mission à l'étranger alors qu'il a des morts et des personnes à secourir dans son propre pays. Entre assister les victimes de l'Ituri et aller assister à une conférence à l'étranger, le choix devrait être clair pour un chef du gouvernement congolais.

Au nom de la souveraineté tant chantée par la Majorité présidentielle, les dirigeants congolais devraient, en toute circonstance, opter pour la préférence nationale.

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