25 Août 2017

Cameroun: Georges Seba, résolument gospel

interview

Vous êtes au Cameroun pour participer à l'événement « Gospel A cappella », un concours de chants religieux. Pourquoi avoir choisi de parrainer cet événement ?

J'ai été choisi par « Gospel A cappella » et j'en suis tout ému. Je suis dans le milieu du gospel depuis mon enfance, et c'est un honneur pour moi d'accompagner et d'encourager des jeunes chanteurs qui veulent suivre cette voie également. Je me vois en eux, je me vois à leur âge, la vingtaine. C'est vrai que moi j'ai commencé un peu plus tôt, à l'âge de 15 ans, dans les « Gospel's Singers » de Messa II à Yaoundé. Effectivement, tout ceci me rappelle l'époque où j'étais au lycée et que j'allais à la chorale trois fois par semaine. Et cet appel que j'ai reçu dans mon cœur, que j'ai gardé et que je continue d'exercer. J'espère que je le ferai encore longtemps.

Mais vous n'êtes pas au Cameroun que pour le concours Gospel A cappella...

Je suis en train de tourner un vidéogramme sur la ville de Yaoundé, en m'inspirant du morceau de Tala André Marie, « Je vais à Yaoundé ». Lui il a ra- conté l'histoire de l'exode rural, moi j'essaye de faire un poème sur la ville de mon enfance. Je suis en pleine préparation de mon album « World Gospel Music » et j'espère mettre sur pied très bientôt une tournée mondiale qui devrait commencer par le Cameroun. Venir roder le spectacle chez moi, puis prendre l'énergie avant d'aller dans le monde entier

C'est toujours un plaisir de retrouver la ville de Yaoundé ?

J'ai grandi à Yaoundé, à Olezoa en face du site de l'ambassade de France. A l'époque, c'était une forêt... C'est à Messa II que j'allais à la chorale, où j'ai été formé par Abraham Elanga, très grand chef de musique parti il y a quelques mois. J'ai grandi dans une famille mixte, parce que ma mère s'est d'abord mariée, et qu'elle a rencontré mon père par la suite. Du coup, je suis Greco-franco-camerounais. Mon père était Grec J'allais régulièrement en vacances à Ebolowa pendant trois mois à notre époque : juin, juillet et août, pour passer du temps avec mes grands-parents. J'étais à la fois à l'école urbaine et à celle du village. J'ai des racines profondément enfoncées dans le terroir d'Ebolowa. Avec Rémy Minko à la CTV, j'ai tourné une émission où on me voyait aller au champ, puiser de l'eau, pêcher dans la rivière et les gens se disaient que c'est une comédie, pourtant, c'était ma vie... J'ai fréquenté l'école du Centre, puis le lycée Leclerc, et j'ai fait un bref passage au lycée bilingue. Comme la musique commençait à perturber mes études, mes parents m'ont envoyé en France. Malheureusement pour eux, c'est là que ma carrière a pris de l'ampleur (rires).

Vous êtes passé par une chorale en début de votre carrière comme certains musiciens camerounais. Pensez-vous que c'est une bonne école ?

Tout à fait. La chorale est le lieu par excellence de l'apprentissage de la musique, de la musique en orchestre, j'ajouterais. Car que ce soit le chant ou un orchestre de musique, il faut apprendre à s'écouter mais aussi à écouter les autres, afin de pouvoir s'ajuster. Je pense que c'est un chemin par excellence pour apprendre la musique .

En quittant le Cameroun pour la France, vous y poursuivez cette aventure Gospel. Comment avez-vous vécu ces années à la tête des « Chérubins de Sarcelles » et du « Chœur Gospel de Paris »...

J'ai toujours eu le privilège d'être un pionnier. Par exemple au Cameroun, j'étais parmi les pionniers du gospel au Cameroun. « Gospel's Singers » de Messa II était l'un des premiers groupes à faire du gospel à l'américaine ici au pays. En France, j'ai eu l'honneur de monter les « Chérubins de Sarcelles » à une époque où le gospel n'était pas quelque chose de très prisé. Etant donné que j'étais dans le métier de la musique, j'ai été sollicité pour que la chorale puisse avoir une visibilité à la télévision, mais aussi dans les studios, les enregistrements de disques. Ce qui a fait que la chorale qui était négligée dans la culture française est devenue intéressante et les jeunes se sont de plus en plus rapprochés du gospel.

Aujourd'hui en France, le gospel s'est répandu et beaucoup de jeunes chantent avec un très bon niveau. J'ai été appelé à d'autres cieux, et maintenant les « Chérubins volent de leurs propres ailes ». Puis j'ai fondé le « Chœur Gospel de Paris » installé à la Place de la Bastille. Avec ce groupe, nous allons partout dans le monde pour délivrer le message du gospel qui est celui de l'évangile .

Au gospel, vous rajoutez des sonorités du Cameroun dans des titres comme « Mbolo » ou « Alleluia Le ». Comment ce style est-il accueilli par le public européen ?

J'essaye d'être un pionnier dans tout ce que je fais comme je le disais tantôt. Je suis Africain, je ne suis pas Européen ou Américain, donc je me vois très mal chanter le gospel comme un Américain. De toute façon, je le ferais moins bien qu'eux. Par contre, je suis pour la rencontre des cultures, pour l'authenticité. Quand j'étais jeune, je me rappelle que j'avais été très marqué par des chorales comme « Nkukuma David » et « Saint-Kizito » qui ont une expression scénique formidable et un style original avec une orchestration typiquement camerounaise, des balafons et des tam-tams. Et je me suis dit : C'est cela le gospel. Ce n'est pas seulement à mes yeux un genre musical, mais un message. Ce message peut passer par le gospel à l'américaine, par notre musique. En tant que Camerounais, je dois pouvoir rencontrer les autres musiciens du monde en leur disant voici le gospel que je fais à ma manière.

Toujours dans cette recherche d'innovation, vous proposez la « World Gospel Music ». De quoi s'agit-il exactement ?

Le terme « World » est utilisé dans l'univers musical en Occident pour désigner les musiques qui viennent de partout dans le monde, c'est-à-dire de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique, etc. Mon prochain album va véritablement être dans cette orientation de World Gospel Music.

Votre style musical n'a pas toujours été que le gospel. Vous avez enregistré des tubes dans le domaine de la musique « profane ». Comment avez-vous réussi à maîtriser ces différents univers ?

Je suis musicien tout simplement. Le gospel est une pratique depuis mon enfance qui vient de mon appartenance au départ à l'Eglise presbytérienne camerounaise dans laquelle j'ai grandi. C'est une tradition familiale, car mon grand-père, ma mère, y allaient, donc j'ai chanté du gospel depuis mon enfance. Et quand les gens m'ont vu chanter du gospel à Paris, ils se sont demandé : qu'est-ce qui se passe ? Il a changé d'univers ? Pourtant j'ai toujours fait du gospel. Quand j'ai quitté le Cameroun, et que j'ai été étudiant à Lyon, et qu'ensuite je suis allé à Paris, j'ai toujours créé un groupe de gospel partout où j'allais. Comme aux Etats-Unis, je suis parti d'une chorale où j'ai appris la musique pour affronter une carrière de musicien professionnel.

J'ai appris à composer dans un style autre que du gospel. Mon premier album en 1982 avec « Abakuya » a été un tube. Puis j'ai fait d'autres albums et les gens ont appris à me connaître avec « Barré-collé », « Ce n'est pas difficile »...

En tant qu'ancien chanteur de bikutsi, quelle appréciation faites-vous de son évolution aujourd'hui ?

Sur le plan musical, comme sur le plan des textes, je regrette beaucoup, comme nombre de personnes, l'orientation en dessous de la ceinture. Au niveau des textes, de la gestuelle et des danses, je trouve que c'est une musique tellement riche qu'elle n'a pas besoin de s'exprimer de cette manière. Je crois que ceux qui l'apprécient en sont responsables. Pour ma part, c'est mon avis. Maintenant c'est une musique que je n'ai pas assez promotionnée. On y a réfléchi avec Paul Simon. J'espérais à l'époque, avec Vincent Nguini qui nous avait mis en contact, que le bikutsi connaitrait le même envol que la musique sud-africaine par cette rencontre avec Paul Simon. Ça n'a pas été le cas. Les « Têtes brûlées » ont réussi à sortir du Cameroun avec ce rythme mais je crois qu'il y a encore beaucoup de choses à faire .

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