29 Août 2017

Togo: Manifs pour des réformes politiques - Quand le pouvoir de Lomé se montre frileux

Photo: Togonews
Foule nombreuse massée dans la rue

Après les échauffourées du 19 août dernier, l'opposition togolaise entend maintenir la pression sur le pouvoir afin d'obtenir des réformes politiques allant essentiellement dans le sens de la limitation des mandats présidentiels, pour donner une chance à l'alternance.

C'est ainsi qu'elle prévoit des marches dans la capitale, Lomé, en début septembre prochain à travers une coalition de partis politiques qui disent « avoir convenu d'opérer une jonction des forces pour faire aboutir la lutte de libération du Togo ». Visiblement, les Togolais en ont assez d'être à la traîne en matière de démocratie sur le continent, particulièrement dans la sous-région ouest- africaine où leur pays porte désormais le bonnet d'âne. Et tout porte à croire que poussés par la même soif inextinguible d'alternance qui a amené certains peuples du continent à se dresser contre leurs dirigeants respectifs, les Togolais veulent réécrire leur histoire après un demi-siècle d'assujettissement à la dictature d'une famille : celle des Gnassingbé.

Des débordements sont à craindre

Et ce, à la faveur du vent de démocratie qui souffle sur le continent et qui a vu bien des hommes forts poussés dans leurs derniers retranchements par leur peuple, quand ils n'ont pas tout simplement été chassés du pouvoir tels des malpropres, à l'image du Tunisien Ben Ali ou encore du Burkinabè Blaise Compaoré qui n'ont certainement pas encore fini de méditer sur leur sort, en exil, loin de leur pays où ils faisaient pourtant la pluie et le beau temps. Mais Faure Gnassingbé, qui est en train de perpétuer la tradition de son père, Eyadema, saura-t-il lire le signe des temps ? Rien n'est moins sûr.

Surtout à en juger par les manifestations que le parti au pouvoir, l'Union pour la République (Unir), organise depuis ce 29 août et ce jusqu'au 31 du même mois, à Lomé, pour soutenir le locataire du Palais de Lomé II « dans le processus de réformes politiques en cours », dit-on du côté de la majorité, sans toutefois préciser depuis quand lesdites réformes ont été engagées. Il aura fallu que le pouvoir eût le feu aux fesses pour qu'on en entende parler.

Mais de quelles réformes s'agit-il ? Des mêmes que l'opposition réclame à cor et à cri depuis plus de dix ans sans obtenir gain de cause, ou de ce genre de réformettes qui ne sont ni plus ni moins que de la poudre aux yeux destinée à donner le change, et que les dictateurs n'opèrent généralement que sous le coup de la pression ? Quoi qu'il en soit, le pouvoir de Lomé gagnerait à clarifier la situation et surtout à aller dans le sens de la volonté du peuple.

Autrement, les marches et contre-marches qui s'annoncent dans les deux camps, sont potentiellement porteuses de danger pour le Togo. Et les risques d'affrontements sont d'autant plus élevés que les manifestations étaient prévues pour se tenir quasiment aux mêmes dates, dans la capitale togolaise ; n'eut été la clairvoyance de l'opposition qui a reporté sa marche à une date ultérieure. Dans ces conditions, des débordements sont à craindre, avec des dérives verbales qui risquent de voir la situation dégénérer. Mais à ce jeu, c'est le parti au pouvoir qui serait le plus à condamner.

Car, tout porte à croire qu'il fait manifestement dans la provocation pour casser l'élan des mouvements de l'opposition dont la forte mobilisation du 19 août dernier a dû donner des frayeurs au plus haut sommet de l'Etat. Mais une telle stratégie pourrait s'avérer à la longue inopérante, car rien ne saurait arrêter la marche d'un peuple décidé à briser les chaînes de la servitude. A preuve, au Burkina Faso voisin, malgré les marches, les contre-marches et les remplissages de stades recto-verso et même avec intercalaire, le sort du dictateur qui n'a dû son salut qu'à la vitesse de son hélicoptère, a été scellé en moins de deux jours. Par conséquent, tôt ou tard, le Togo ira à ces réformes, pour le bonheur du peuple togolais.

Faure gagnerait à s'inscrire dans l'histoire de la plus belle des manières

Car, le continent africain est aujourd'hui engagé dans une marche irréversible pour l'alternance et l'approfondissement de la démocratie. Et le Togo ne saurait faire l'exception. Le temps des timoniers est aujourd'hui révolu en Afrique. Et les jours des dictateurs sont comptés sur le continent. C'est une question de temps. Ceux qui l'auront compris, pourraient s'en servir pour sortir de l'Histoire par la grande porte.

A l'image d'un Eduardo Dos Santos qui a décidé de passer la main, après 38 ans de règne sans partage en Angola, pour aller cultiver son jardin, même s'il ne fait l'ombre d'aucun doute qu'il gardera la haute main et un œil vigilant sur les affaires de l'Etat. Ceux qui ont été poussés par leur entêtement bovin jusqu'à la limite de l'obstination et croyaient pouvoir se jouer de leur peuple, à l'image du Tunisien Ben Ali, du Burkinabè Blaise Compaoré ou en encore du Gambien Yahya Jammeh, l'auront appris à leurs dépens.

Ils sont peut-être les premières victimes de cette prise de conscience d'une jeunesse africaine en quête de repères, de liberté et d'alternance, mais ils seront certainement loin d'être les derniers. A Faure Gnassingbé de choisir son chemin. C'est aussi cela le destin des hommes. Car, même si d'aucuns ne le voient pas aller de sitôt à ces réformes sur la non-limitation des mandats et le scrutin à deux tours qui passent pour être le socle de la perpétuation de son pouvoir, il aurait tort de croire qu'il pourrait maintenir éternellement le statu quo. Aussi est-il temps que le jeune président togolais comprenne que, comme le dit l'adage, « une seule hirondelle ne fait pas le printemps » et surtout que le Togo n'est pas la propriété privée des Gnassingbé.

En tout état de cause, l'on ne peut pas dire que les Togolais n'ont pas été suffisamment patients d'avoir supporté la dynastie Gnassingbé pendant plus d'un demi-siècle. Ils sont donc dans leur bon droit d'appeler à des réformes politiques qui prévoient des possibilités d'alternance pacifique. Faure gagnerait donc à s'inscrire dans l'histoire de la plus belle des manières : en gardant l'estime et le respect de son peuple jusqu'au bout. Tout le reste n'est donc que pure vanité.

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