29 Août 2017

Burkina Faso: Procès Kémi Séba - La paix sociale vaut bien une relaxe

Arrêté pour avoir publiquement brûlé un billet de 5 000 francs lors d'une manifestation contre la Françafrique le 19 août dernier, Kémi Séba était face à ses juges hier au Palais de justice de Dakar. Il avait été déposé à la prison de Rebeuss par suite d'une plainte de la BCEAO.

Face à la barre, le polémiste a reconnu que son acte enfreint le code pénal sénégalais qui réprime, entre autres, la destruction volontaire des billets de banque.

Mais pour lui, il faut plutôt apprécier son geste sous un angle symbolique. Une plaidoirie qui n'a pas convaincu le procureur qui a requis une peine de 3 mois avec sursis contre le prévenu. Mais finalement, le juge a prononcé la relaxe pure et simple du président de l'Urgence panafricaniste.

Pour une clémence, reconnaissons que c'en est vraiment une puisque la loi sénégalaise est claire en la matière : « Quiconque aura volontairement brûlé ou détruit, d'une manière quelconque, des registres, minutes ou actes originaux de l'autorité publique, des titres, billets, lettres de change, effets de commerce ou de banque, contenant ou opérant obligation, disposition ou décharge (... ) Si les pièces détruites sont des actes de l'autorité publique ou des effets de commerce ou de banque, la peine sera d'un emprisonnement de cinq ans à dix ans ».

Faut-il voir dans ce verdict la main du politique ? La question mérite d'être posée quand on sait le tollé général, notamment sur les réseaux sociaux, après l'arrestation du Franco-Béninois pourtant connu pour son goût prononcé pour la provocation et ses coups d'éclat. Ce qui d'ailleurs lui a valu plusieurs procès en France, sa terre natale, qu'il a finie par quitter pour s'installer depuis 2011 à Dakar.

Si l'arrestation de ce trublion avait soulevé un vent de colère de bien des jeunes au Sénégal comme dans toute l'Afrique, qu'en serait-il s'il avait été lourdement condamné ? Le moins que l'on puisse dire est que des milliers de pourfendeurs du franc CFA prendraient d'assaut les rues des capitales africaines pour contester la décision, et les juges en auraient eu pour leur argent. Ce n'est donc pas cher payé de faire l'économie d'une peine contre un « afroclown » pour préserver l'ordre public.

Voilà donc la nouvelle icône de la lutte contre le franc CFA requinquée et ragaillardie par la grâce des juges et qui ne manquera pas de faire parler encore de lui à travers des frasques dont il a le secret.

Il faut néanmoins reconnaître que, par son acte, Kémi Séba a remis au goût du jour le débat autour du franc CFA, un débat qui a toujours cristallisé les passions, chacun y allant de sa science.

Il ne s'agit pas ici de prendre position pour l'un ou l'autre camp, mais franchement, on n'a pas besoin d'un détecteur de bonnes manières pour savoir que ce n'est pas par de tels actes que les « enragés » de la souveraineté monétaire pourront venir à bout de leur figure repoussoir. Car il ne suffit pas d'immoler un billet de 5 000 francs pour que l'Afrique batte sa propre monnaie. La question va au-delà de pareils actes ostentatoires et demande des réflexions des spécialistes en la matière qui ne sont pas rares sur le continent.

Quant au sieur Kémi Séba, on espère que, bien que relaxé et respirant maintenant la forme comme un billet craquant de 10 000 francs CFA, il tirera leçon de ce procès et se prendra autrement pour faire aboutir sa cause.

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