28 Août 2017

Afrique: Les élections restent controversées en Afrique centrale

interview

François Loucény Fall, Représentant spécial du Secrétaire général et chef du Bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique centrale (BRENUAC) et son équipe intervenant devant le Conseil de sécurité. Photo: Photo ONU / Eskinder Debebe

Le représentant spécial du Secrétaire général et chef du bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique centrale (BRENUAC), François Louncény Fall, est intervenu devant le Conseil de sécurité de l'ONU en juin pour rendre compte de la situation. Il a évoqué les tensions politiques causées par les élections contestées de février et les menaces sécuritaires des groupes rebelles et terroristes tels que Boko Haram. Franck Kuwonu, journaliste pour Afrique Renouveau, a rencontré M. Fall à la suite de son intervention.

Afrique Renouveau : Deux problèmes semblent à l'origine de la situation actuelle : la violence liée au terrorisme et les elections contestées. N'est-ce pas inquiétant ?

M. Fall : Très certainement ! La region d'Afrique centrale est particulière pour plusieurs raisons. D'abord, la Commuauté économique des états de l'Afrique centrale (CEEAC) n'a pas réussi à jouer efficacement son rôle de médiateur, en dépit de la réforme en cours. Ensuite, pratiquement toutes les élections dans la région, ou tout du moins sept d'entre elles l'an dernier, ont été controversées. Cela a engendré de nombreux problèmes que nous tentons de résoudre. La tâche est immense alors que certains pays s'apprêtent à tenir des élections legislatives.

Si vous ajoutez les manifestations des Anglophones au Cameroun, la révolte armée dans la région du Pool en République du Congo et des problèmes similaires dans d'autres pays, la situation est de toute évidence préoccupante. En outre, la situation économique est inquiétante. La chute des prix des matières premières et du pétrole a eu un impact très négatif.

Le Tchad, pays producteur de pétrole, est-il l'un des pays touchés ?

Pas seulement le Tchad, mais le Congo et le Gabon aussi. L'an dernier, les membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) ont convenu de travailler avec le Fonds monétaire international (FMI) pour stimuler leurs économies. Le Tchad et le Gabon semblent aller mieux, mais la région traverse une période difficile. Si l'on inclut l'impact des activités de Boko Haram au Cameroun et au Tchad, on peut dire que la région fait face à de grands défis.

Comment se fait-il que tous ces problèmes semblent survenir au même moment ?

On peut l'expliquer par le fait qu'il n'y ait pas eu de vrais changements politiques dans la région. Les élections demeurent controversées et les économies sont faibles - ceci peut créer toutes sortes de problèmes.

Pourquoi toutes les élections dans la région sont contestées d'après vous ?

Tous les pays de la région doivent faire plus afin de s'assurer que ceux qui organisent les élections remplissent correctement leur mission et que le processus électoral est transparent. Par le passé, nous avons assisté à des élections largement contestées, mais des progrès ont eu lieu au Congo et au Gabon où les partis d'opposition et le gouvernement se sont engagés dans un dialogue. Nous conseillons aux partis d'opposition de ne jamais dédaigner une occasion de parler avec le gouvernement. Le dialogue offre une chance de réformer le processus électoral, mais rien ne changera si les partis d'opposition refusent de prendre part aux discussions.

Outre la promotion du dialogue, comment le Bureau de l'ONU en Afrique centrale participe-t-il aux efforts de résolution des conflits?

Nous proposons nos services et notre expertise. Nous contribuons au renforcement des capacités de médiation de la CEEAC dans chacun de ses pays membres, en particulier auprès d'organisations de femmes, d'associations de jeunes et d'autres groupes de la société civile.

Pour revenir à la sécurité, la persistance de l'Armée de résistance du seigneur (ARS) au Nord de l'Ouganda demeure un problème qui a des conséquences pour la région. Jusqu'à récemment, il existait une coalition militaire internationale qui semble sur le point de s'effondrer. Les Etats-Unis se sont retirés et d'autres pays font de même. Comment en est-on arrivé là ?

Nous avons dit au Conseil de sécurité notre grande inquiétude quant au vide laissé par le départ des troupes ougandaises et des Forces spéciales américaines dans certaines zones de la République centrafricaine. Ce vide pourrait attirer d'autres groupes armés et miner les efforts de paix. Nous avons proposé au Conseil d'étudier la possibilité de déployer les troupes de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation de la République centrafricaine (MINUSCA) pour combler ce vide tout en travaillant au renforcement des capacités de l'armée qui pourrait prendre ensuite le relai.

Cela est-il réaliste ?

C'est réaliste, car chacun sait et comprend qu'il existe un risque, une véritable menace pour la paix et la sécurité dans la région.

Depuis que les Forces spéciales américaines se sont retirées, les troupes ougandaises et d'autres alliés les suivent. Pourquoi ?

Je crois que les forces ougandaises s'en vont car l'ARS n'est plus une menace pour le gouvernement ougandais. L'ARS n'est peut-être plus une menace pour le gouvernement ougandais, c'est une menace pour la paix et la stabilité de la région. L'ARS est toujours active et perpétue des actes de violence contre les civils, notamment les femmes.

Dans combien de temps pensez-vous que le vide laissé par le départ des troupes sera comblé ?

Nous travaillons activement avec la MINUSCA pour que ce soit le plus rapidement possible. Le commandant de la force m'a garanti qu'il y travaillait.

Les groupes armés peuvent-ils profiter de la situation ?

Il y a plusieurs groupes armés, pas seulement l'ARS, dans la région frontalière des trois pays que sont la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud et la République centrafricaine. Malheureusement, aucun de ces trois pays ne contrôle cette zone et n'importe quel groupe rebelle est susceptible de s'y installer.

Comment évaluez-vous le travail mené par l'ONU dans la région ?

C'est un travail conséquent. Prenez les élections par exemple. Même si j'ai dit plus tôt que les élections dans la région suscitaient beaucoup de problèmes, nous travaillons étroitement avec tous les partis politiques pour éviter la violence. Nous voulons renforcer les capacités de la CEEAC en terme de diplomatie préventive. La CEEAC a un rôle à jouer dans le maintien de la paix et de la sécurité entre ses membres, nous aidons donc l'organisation à améliorer ses capacités dans ce domaine.

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