4 Septembre 2017

Burundi: Appel à l'ouverture d'une enquête sur les crimes commis - Que peut vraiment la CPI ?

Photo: Le Pays
Photo d'archives

Le président burundais, Pierre Nkurunziza, aura désormais le sommeil trouble. En effet, la Commission d'enquête de l'ONU a exhorté, hier, 4 septembre 2017, la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter de toute urgence sur des crimes contre l'humanité et autres atrocités commis par les autorités au Burundi : « Ces actes rentrent dans le cadre d'une politique de l'Etat burundais », précisent les experts onusiens qui ajoutent que « des atteintes aux droits de l'Homme ont été également commises par des groupes armés d'opposition » même si, ajoutent-ils, celles-ci « se sont avérées difficiles à documenter ».

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Commission d'enquête de l'ONU ne fait qu'enfoncer une porte déjà ouverte. Car, c'est un secret de Polichinelle de dire que des crimes à grande échelle ont été commis au Burundi depuis la réélection contestée du pasteur Pierre Nkurunziza.

A preuve, les statistiques font état de près de 500 à 2000 personnes tuées, sans compter ceux-là qui, pour s'être opposés au maître de Bujumbura, sont portés disparus.

On oublie volontiers les opposants et autres activistes de la société civile qui croupissent encore en prison, attendant de savoir à quelle sauce ils seront mangés par le dictateur. Pour toutes ces raisons, on ne peut que saluer le travail des enquêteurs onusiens qui n'ont vraiment pas fait dans la dentelle.

Car, en dépit de l'hostilité dont fait montre Bujumbura qui ne les a pas autorisés à se rendre sur place, ils ont réussi à fureter dans les placards des dirigeants burundais. Reste maintenant à savoir si la CPI aura assez de marge de manœuvre pour ouvrir une enquête préliminaire sur les crimes et autres atrocités commis par Nkurunziza et ses spadassins.

Nkurunziza peut continuer à massacrer dans le silence total

Cela d'autant que le Burundi, depuis le 27 octobre 2016, avait notifié sa décision de se retirer de la plus haute juridiction internationale. Lequel retrait sera effectif dans un peu moins de deux mois, soit plus précisément le 27 octobre prochain.

Passée cette date, la CPI n'y pourra plus rien de son propre chef, si ce n'est sur saisine de l'ONU. Cela dit, Nkurunziza peut continuer à massacrer dans le silence total, loin de tout regard indiscret ; les journalistes et autres défenseurs des droits humains ayant eux-mêmes payé un lourd tribut dans cette crise qui n'en finit pas.

Et à supposer même que le Burundi ne se soit pas retiré de la CPI, Nkurunziza aura tout lieu d'en faire à sa tête, ses pairs africains ayant décidé de tailler des croupières à l'institution que dirige Fatou Bensouda, l'accusant d'être un instrument des Occidentaux dirigé essentiellement contre les Africains.

Et le responsable de la communication présidentielle ne dit pas autre chose lorsque, dénonçant un complot occidental qui « restera sans effet », il affirme ceci : « ce ne sont pas des enquêteurs mais des mercenaires payés pour valider un narratif déjà en circulation dans certains rapports des Occidentaux et ouvrir la voie à la CPI, cet instrument dans les mains de l'Occident pour asservir les Etats africains ». Dont acte !

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