6 Septembre 2017

Sénégal: La politique de la main tendue

Je tire le titre de ce billet d'un ami à moi, slameur de son état, répondant au prénom de Oumar à l'état-civil et de Minuss à la scène.

Nous avons l'amour des mots en partage. Donc, il ne m'en voudra pas de lui avoir « emprunté » cette phrase qui formait l'un de ses statuts Facebook la semaine passée.

Après cet « atalaku » en règle, let me go straight to the point. Le Sénégal, mon si beau pays, peuplé de 14 millions d'habitants, est composé de 95% de musulmans et 5% de catholiques ; pourcentages qui peuvent être amenés à varier en fonction du recensement de la population. Loin de moi l'idée de jeter le discrédit sur ma religion - musulmane -, mais avant d'avancer dans ce billet, j'aimerais m'arrêter et faire un constat ...

J'ai fait tout mon cursus primaire et secondaire chez les religieuses de la Congrégation de Saint-Joseph de Cluny au Collège de l'Immaculée Conception de Dakar, mais tout au long de cette formation scholastique, une chose me frappait constamment : le fait de ne jamais voir de mendiants de religion catholique.

Les religieuses organisaient souvent des collectes de denrées alimentaires et parfois de pièces de monnaie, communément appelées « pour les pauvres ». Mes camarades et moi, gamines effrontées et pas (encore) conscientes du privilège que nous avions d'être logées, nourries, blanchies et en bonne santé ... Les vivres ainsi collectés étaient acheminés vers l'intérieur du pays où les religieuses des diverses congrégations les redistribuaient à qui de droit.

Cette introduction me permet de parler du sujet qui motive cet article: la politique de la main tendue, que l'on retrouve chez les musulmans. Dans le Coran, le Prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui) a dit dans l'un de ses hadiths que « jamais une personne ne peut manger une chose meilleure que ce qu'elle a acquis grâce au labeur de ses mains ». Il devient clair à partir de là que la mendicité est strictement proscrite en Islam.

Mais dans mon très cher pays, nous avons un rapport avec la mendicité qui dépasse l'entendement. Dans son chef-d'œuvre La grève des battù, la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall en parle éloquemment. S'il arrivait un moment où les mendiants étaient amenés à faire une grève, les « donneurs » seraient bien embêtés. Mais chaque partie y trouve son compte, raison pour laquelle ce « business » perdure. Il s'agit bien d'un business ignoble, car en prenant l'exemple des petits talibés (auxquels j'avais consacré cet article http://www.cequejaidanslatete.wordpress.com/2013/0304/a-qui-la-faute/, que leur marabout fait marcher des heures durant pour ramener une somme d'argent donnée, sous peine de cruels châtiments, l'on réalise cet état de fait.

Outre les talibés, l'on retrouve dans la rue des adultes (handicapés ou partiellement), qui prennent un malin plaisir à exhiber leurs enfants, souvent des jumeaux, pour attendrir les passants. Ou encore si leur progéniture n'est pas composée de jumeaux « éhontément offerte aux regards en vue de susciter la pitié (et aussi la générosité en espèces sonnantes et trébuchantes), ce sont des nourrissons emmaillotés dans des langes à la propreté douteuse et écarquillant des yeux apeurés, ne comprenant pas ce qui leur arrive ...

Le Gouvernement du Sénégal a récemment sorti un arrêté stipulant qu'il était désormais interdit de mendier sur les artères publiques, et que les talibés devaient être retirés des rues où on les voyait pieds nus, loqueteux, avec leurs sébiles emplies de restes de nourriture de toutes sortes. Tout le monde s'était félicité de cette décision. Ces enfants n'avaient pas leur place dans les rues, mais dans les écoles coraniques ; et quant aux adultes valides devaient aller trouver une activité professionnelle.

Dit comme cela, tout est si simple. Car pour des personnes dont la mendicité est la seule source de revenu de génération en génération, il serait difficile d'interdire cette activité du jour au lendemain. Il est vrai que l'Etat a son rôle à jouer dans ce phénomène en régulant et faisant interdire (mais fermement !) ce phénomène, mais nous citoyens avons notre mot à dire, car tant que nous mettrons quelque chose - de préférence une pièce de monnaie ou un billet, qui est fou ? - entre les mains de ceux qui nous les tendent, la politique de la main tendue aura encore de beaux jours devant elle ... mais aussi devant nous !

Bonne lecture

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