7 Septembre 2017

Kenya: Elections - Odinga en fait un peu trop

C'était une revendication matricielle de Raila Odinga, ses récriminations semblent avoir reçu un écho favorable. Sur la sellette depuis l'annulation, par la Cour suprême, des résultats provisoires de la présidentielle du 8 août dernier, la commission électorale kényane a en effet décidé de faire le ménage en son sein.

Elle a ainsi nommé sept hauts responsables à des postes qui correspondent mutatis mutandis à ceux qu'occupaient les commissaires que l'opposition ne voulait plus voir, même en peinture.

Nouvelle tête d'affiche de ce casting électoral, Marjan Hussein Marjan, coordonnateur qui fera office de président en lieu et place d'Ezra Chiloba, responsable, aux yeux des contempteurs du régime et d'une partie de l'opinion, de la mauvaise organisation du scrutin, notamment des bourrages d'urnes, du mauvais décompte des voix, du préremplissage des bulletins de votes pour des analphabètes qui devaient se contenter de les glisser dans l'urne le jour J et, surtout, du piratage informatique du système de transmission des résultats, rendu possible par l'assassinat, une semaine avant les élections, du responsable informatique de l'IEBC dans des circonstances non encore élucidées.

Après que les sages eurent retoqué, contre toute attente, les données électorales, c'est une nouvelle victoire pour le candidat de la Coalition NASA, qui posait comme condition sine qua non à sa participation le renvoi des mauvais cuisiniers qui ont concocté cette bouillabaisse électorale et qui menaçait, dans le cas contraire, de boycotter le nouveau scrutin dont la date vient d'être fixée au 17 octobre prochain.

Mais visiblement, cette petite toilette électorale n'a pas l'heur de plaire à celui qui réclamait une grande lessive, Odinga, requinqué par la décision historique des grands juges alors qu'il renâclait à les saisir pour vider le contentieux au motif que l'audacieux David Maraga et ses collègues de la haute juridiction étaient des juges « acquis », comme on disait jadis au Burkina.

Ne voilà-t-il pas en effet qu'il exige maintenant l'audit technologique de l'élection bâclée, une enquête sur la société française Safran, fournisseur des boîtiers numériques, l'examen du registre électoral et la suspension des cadres de la Commission ? Rien de moins.

A la lecture d'un tel cahier de doléances, c'est finalement à se demander si Odinga ne fait pas dans la surenchère politicienne pour ne pas avoir à repartir aux urnes, comme s'il craignait d'être battu à la régulière cette fois ; autrement dit, ses revendications pourraient même se retourner contre lui.

Car avec ces préalables à n'en pas finir, on ne voit pas comment le « second tour » pourrait se tenir à la date du 17 octobre. On serait d'ailleurs le président sortant, Uhuru Kenyatta, qu'on s'empresserait d'accepter ses conditions pour faire dans le dilatoire et repousser cette échéance aux calendes kényanes.

Pour tout dire, il en fait un peu trop, l'honorable Odinga, risquant de ce fait de retourner une opinion largement acquise à sa cause.

Et plutôt que de multiplier les obstacles inutiles, il gagnerait à exiger la participation de tous les autres prétendants à la magistrature suprême qui ont, tous autant qu'ils sont, été victimes du bogue électoral alors que, selon le Journal officiel local, le rendez-vous du 17 octobre devrait injustement concerner uniquement les deux principaux prétendants.

Qui nous dit pourtant que, lassés par ce mano à mano entre les deux « fils de » qui cristallise la violence depuis de nombreuses années, leurs compatriotes ne voudraient pas profiter de cette reprise pour les renvoyer dos à dos au profit d'un troisième larron ?

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