7 Septembre 2017

Afrique: "L'avenir de l'Afrique dépend de l'agriculture", selon le président de la BAD

Libreville — "L'agriculture est déterminante dans la pauvreté en Afrique; elle doit également l'être pour sa richesse; c'est seulement par la régénération agricole que les économies africaines peuvent se développer, se diversifier et créer des emplois, car aucune région du monde ne s'est jamais industrialisée sans transformer au préalable son secteur agricole. En bref, l'avenir de l'Afrique dépend de l'agriculture", a souligné le Président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, à l'ouverture du Forum africain de l'agriculture, à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

M. Adesina a averti que l'Afrique ne pourra pas se développer rapidement si l'agriculture reste essentiellement une activité de subsistance.

Il a déclaré que 60% de la population en Afrique s'adonne à l'agriculture, cependant cette activité ne représente que le septième de son Produit intérieur brut (PIB) et que le rendement agricole africain est le plus faible du monde.

D'après M. Adesina, "l'Afrique tarde à se développer mais cette situation offre d'importantes opportunités aux investisseurs internationaux et aux grands entrepreneurs".

"La diversification économique et la création d'une richesse durable commence par un secteur agricole dynamique. Entre 30 et 40 millions de dollars par an seront nécessaires dans les dix années à venir pour transformer l'agriculture africaine et créer cette vitalité. C'est beaucoup d'argent, mais ce sont des fonds que l'on peut trouver en Afrique même, si les projets sont suffisamment solides. Et ils doivent être suffisamment bons, puisque ces investissements vont créer de nouveaux marchés d'une valeur de 85 milliards de dollars par an de revenus supplémentaires d'ici 2025. C'est un rendement potentiel d'au moins 100%. Mais quels producteurs vont s'approprier, influencer et exploiter ces marchés? Sûrement des Africains pour la plupart? Nous devons nous approprier notre propre développement. Les engagements de l'année dernière de l'AGFR ont donné le ton avec un investissement de 30 milliards de dollars prévus sur 10 ans", a souligné le président de la BAD.

"Cette transformation entraînera la réduction du déficit commercial net des produits alimentaires en Afrique, portant potentiellement l'épargne nette à plus de 100 milliards de dollars par an. Nous devons mettre fin à ce déficit net coûteux. L'Afrique ne doit plus produire ce qu'elle ne consomme pas ou ne peut consommer et elle ne doit plus consommer ce qu'elle ne produit pas (mais qu'elle pourrait produire aisément. D'autres mesures similaires vont avoir des impacts financiers incalculables: l'inclusion fiscale, les réformes fiscales, la mobilisation des ressources locales, les transferts élevés, la réduction de la corruption et une meilleure gouvernance.

Il y a toujours d'énormes opportunités inexploitées en Afrique. Le continent dispose de 65% des terres arables du monde et de gigantesques réserves d'eau. L'Afrique sub-saharienne compte 10% des réserves pétrolières mondiales, 40% de l'or et jusqu'à 90% du chrome et du platine. Et il ne s'agit que des réserves connues - tout le continent est un des bassins de ressources inexploités les plus vastes du mode. L'Afrique souffre peut être de la pauvreté mais c'est un continent inimaginablement riche, même après plus de cinquante ans d'exploitation de ses matières premières", a soutenu Akinwumi Adesina.

"Mais comment procéder à cette transformation? Comment réaliser ce deal du siècle? Les secteurs public et privé doivent se donner la main. Ils doivent offrir des opportunités significatives aux innovateurs et entrepreneurs émergents d'Afrique, sans parler des financiers, des gestionnaires de fonds et des conseillers financiers", a-t-il ajouté.

Il a indiqué que ces dernières années, la Banque a été en mesure de procéder à une ré-évaluation globale du rôle potentiellement énorme de l'agriculture dans la transformation de l'Afrique, et que l'AGRF a été un facteur essentiel de l'objectif partagé avec la BAD de la réalisation de la révolution verte en Afrique.

"Les technologies pour nourrir l'Afrique existent déjà. Nous traversons une période de changement climatique. Un maïs à fort rendement résistant à la sécheresse peut permettre aux agriculteurs de cultiver même pendant les périodes de sécheresse. Certaines variétés d'ignames peuvent donner 80 tonnes à l'hectare. Des variétés de riz à rendements élevés conformes ou supérieurs aux normes internationales existent désormais. Les patates douces à la chair orange nous permettent de résoudre le problème de la déficience en vitamine A. Des variétés de blé qui résistent à la sécheresse sont cultivées au Nigeria, au Kenya et au Soudan.

Ces technologies doivent être adoptées à grande échelle. Cela ne se fera pas tout seul. Cela va nécessiter des mesures incitatives particulières. En particulier, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale prévoient de débloquer conjointement 800 millions de dollars dans le cadre des Technologies pour la transformation agricole de l'Afrique, un programme phare pour la vulgarisation des technologies agricoles à l'intention de millions d'agriculteurs en Afrique au cours des dix prochaines années", a révélé le président de la BAD.

Il a poursuivi que pour "la transformation agricole plus généralement", la BAD s'est engagée à investir 24 milliards de dollars dans l'agriculture au cours des dix prochaines années, en mettant fortement l'accent sur l'auto-suffisance et l'agro-industrialisation.

"Elle a également lancé l'Action affirmative pour le financement des femmes en Afrique (AFAWA), pour mettre à la disposition des femmes entrepreneurs 03 milliards de dollars supplémentaires, afin d'améliorer les niveaux de production alimentaire sur la base de la démonstration que les femmes sont plus fiables et bancables que les hommes. Impliquer notre jeunesse dans l'agriculture est une entreprise cruciale. C'est la raison pour laquelle la Banque a lancé le programme ENABLE Youth. Ce programme va permettre l'accès au capital et renforcer les capacités des Agripreneurs de créer environ 300.00 agro-entreprises et 1,5 million d'emplois dans 30 pays d'Afrique, avec un investissement estimé à 15 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Avec tant d'entrepreneurs dans le secteur agricole, une question à régler rapidement est le niveau actuel du financement commercial de l'agriculture. La finance et l'agriculture ne sont pas des partenaires faciles en Afrique et le secteur agricole reçoit moins de 3% de l'ensemble des financements du secteur bancaire", a rappelé le président de la BAD.

D'après M. Adesina, la BAD fait la promotion des mécanismes de partage des risques dans chaque pays pour exploiter la finance agricole, comme le fait le NIRSAL au Nigeria, un mécanisme conçu pour réduire les risques du prêt aux chaînes de valeur agricoles nigérianes.

L'impact au Nigeria, selon lui, a été massif. "Sur quatre ans, 15 millions d'agriculteurs en ont bénéficié dont 2,5 millions de femmes. La production alimentaire a augmenté de plus de 21 millions de tonnes. De nos jours, plusieurs pays africains adoptent cette approche, tout comme d'autres comme l'Afghanistan.

"Je prédis que les prochaines années va sortir de la pauvreté et de la subsistance pour devenir le prochain secteur en pleine expansion en Afrique, avec des entrepreneurs, des financiers, des inventeurs et des innovateurs tous réunis autour de projets, de programmes et d'opportunités viables. Après tout, qui mange du cuivre? Et qui boit du pétrole? Les Africains doivent devenir des producteurs et des créateurs et pas seulement des consommateurs, dans le monde en constante évolution du secteur alimentaire", a-t-il soutenu.

M. Adesina a promis que la BAD va jouer un rôle actif de catalyseur de cette activité, et "je suis confiant dans le fait qu'il y aura bientôt la première vague de milliardaires issus des secteurs agricoles et alimentaires".

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