7 Septembre 2017

Afrique Centrale: Lutte contre le blanchiment de capitaux - L'Afrique centrale en ordre de bataille

Opérationnalité des agences nationales d'investigations financières (ANIF), examen et adoption du rapport de l'étude sur le change manuel et le transfert de fonds et valeurs, examen et adoption du rapport d'activité 2017 à mi-parcours et du budget 2018, examen de la demande d'admission de la France en qualité d'observateur. Tels sont les principaux points qui ont animé la 7e plénière ordinaire du Groupe d'action contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (GABAC), une institution spécialisée de la CEMAC.

La rencontre s'est déroulée mardi 05 septembre à Brazzaville au Congo, sous la présidence de Calixte Nganongo, ministre congolais des Finances et du Budget, président en exercice du GABAC. Prenaient part aux travaux, les représentants de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC) et du Comité des chefs de police de l'Afrique centrale (CCPAC) ainsi que les observateurs de plusieurs structures dont l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). La République démocratique du Congo (RDC) a assisté aux travaux pour la première fois, en qualité de membre associé.

Le Cameroun, membre statutaire, était représenté par une délégation conduite par Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la présidence chargé de la Défense. Après une journée entière de délibérations à huis clos, la rencontre s'est achevée sur plusieurs résolutions. Parmi elles, un meilleur encadrement des organismes à but non lucratif (OBNL) dans les Etats membres du GABAC, afin de les préserver d'entités qui pourraient les utiliser pour financer le terrorisme. « Nous avons fait une étude sur le risque d'utilisation abusive des OBNL à des fins de financement du terrorisme et on a relevé des cas, notamment au Cameroun et au Tchad.

Il nous a donc semblé opportun de proposer aux Etats un texte harmonisé dont ils s'inspireraient pour faire des lois qui entrent dans cette philosophie », a expliqué Désiré Geoffroy Mbock, secrétaire permanent du GABAC. Le Groupe a également engagé les Etats à mettre en œuvre l'opérationnalité des ANIF et des cellules de renseignement financier pour leur permettre de jouer pleinement leur rôle dans la lutte anti blanchiment et contre le financement du terrorisme. Par ailleurs, indique le communiqué rendu public à la fin des travaux, « dans le cadre de l'élargissement de sa coopération, la plénière a accordé le statut d'observateur à la république de France ». Pour ce qui est du budget, l'exécution 2017 à mi-parcours a été « appréciée » et l'enveloppe 2018 approuvée.

Désiré Geoffroy Mbock: « Des centaines de milliards blanchis en 2015 »

Secrétaire permanent du GABAC

M. le secrétaire permanent, quelle est l'ampleur du phénomène de blanchiment d'argent aujourd'hui dans la sous-région ?

Il faut d'emblée comprendre que quand on parle d'argent, il ne s'agit pas seulement de détournement de fonds et de corruption. Au Cameroun par exemple, les résultats des travaux de l'ANIF révèlent que, autant il y a quatre ou cinq ans les détournements de fonds étaient l'objet principal des déclarations de soupçons, aujourd'hui, la tendance est plutôt à la cybercriminalité. C'est pour dire qu'on ne peut blanchir de l'argent que s'il a été mal acquis. Donc, l'argent issu de la vente de la drogue, du trafic des êtres humains, qui rentre dans le circuit normal pour se donner un aspect licite est blanchi. Les derniers chiffres disponibles aujourd'hui sont ceux du Cameroun qui, en 2015, parlaient de plusieurs centaines de milliards de F. Mais, il ne s'agit que des flux repérés. Il appartient toujours à la justice de dire le droit et de donner les chiffres réels. Donc il nous est parfois difficile de donner des chiffres exacts. C'est pourquoi nous souhaitons que les magistrats nous retournent les chiffres une fois que leur travail est terminé, pour que nous soyons au même niveau d'informations.

Que peut concrètement le GABAC pour lutter contre le financement du terrorisme dans une région comme l'Afrique centrale, lourdement sous la menace ?

Le GABAC est un gros cabinet d'études. Nous ne sommes absolument pas des opérationnels. Les opérationnels demeurent les agences nationales d'investigations financières. Maintenant, on va dans des fora et en fonction de ce qui peut nous sembler porter atteinte à la sécurité économique ou territoriale des Etats, on saisit les Etats. Nous avons fait une étude dans ce sens pour ce qui est des organismes à but non lucratif et on a trouvé qu'ils peuvent être utilisés. Ce qui nous a poussé à penser que d'autres méthodes peuvent être utilisées dans ce sens, d'où une étude sur le financement du terrorisme en Afrique centrale. A l'issue, nous avons fait des recommandations. C'est ça notre rôle. Nous sommes une structure d'alerte.

Le Gabac vient d'accueillir un nouveau membre qui est hors CEMAC. Est-ce à dire que l'institution veut déjà dépasser ses frontières ?

On ne dira jamais assez que dans le domaine de la lutte contre le crime, quel qu'il soit, on ne peut pas agir en vase clos. A partir de ce principe, les études que nous avons faites ont clairement montré qu'il y a une interconnexion entre les groupes terroristes qui sévissent en RDC, déstabilisent la RCA et qui ne manquent pas d'être en contact avec Boko Haram. Il a été démontré qu'un organisme à but non lucratif a été utilisé comme boîte à lettre dans une ville du Cameroun, a reçu de l'argent du Hezbollah à destination de la RDC. L'ANIF du Cameroun ne pouvait pas partager cette information parce que de l'autre côté, la cellule de renseignement financier ne faisait pas partie du groupe ; la RDC n'avait aucun accord de coopération avec l'Afrique centrale. Notre vision est donc de faire qu'il y ait toujours davantage de partenaires qui aident les Etats à consacrer leurs ressources à ce à quoi elles doivent être consacrées.

J'aime

Cameroun

72e Assemblée générale de l'Onu - Au cœur du débat

Le débat général s'est ouvert hier à New York en présence du président de la… Plus »

Copyright © 2017 Cameroon Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.