9 Septembre 2017

Congo-Kinshasa: Kabila - Katumbi - Guerre des lobbys

analyse

Un article repris dans les colonnes du magazine américain Washington Times s'attaquant sévèrement à Moïse Katumbi a mis le feu aux poudres. Derrière cette action de sape contre l'ex-gouverneur du Katanga, candidat à la prochaine présidentielle, il y a la main noire de la MP qui dépense des millions USD aux Etats-Unis en lobbying pour restaurer l'image du régime de Kinshasa et fragiliser les principaux opposants. C'est ce que révèle une enquête fouillée menée par le magazine en ligne africatimes.com, publié le 7 septembre en anglais sous le titre « DRC : Joseph Kabila's desperate lobbying attempts laid bare ». Entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi, il y a une guerre des lobbys - loin des terres congolaises.

Il a fallu que Washington Times se lance dans une campagne de sape contre Moïse Katumbi pour que la vérité éclate enfin au grand jour. On sait désormais que le chef de l'Etat sortant de la RDC - parce qu'interdit de se représenter au prochain scrutin présidentiel - remue ciel et terre pour se refaire une certaine crédibilité au pays de l'Oncle Sam.

Parallèlement, Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, tente d'allier par les mêmes voies la communauté internationale à la cause congolaise en vue de l'alternance démocratique.

Les masques tombent

Selon des révélations reprises par le magazine en ligne africatimes.com dans son édition du 7 septembre 2017, enmai dernier, il a été révélé que le président Kabila a dépensé 5,6 millions de dollars pour « lancer une vaste campagne de lobbying et de relations publiques à Washington DC pour soigner son image internationale alors que son pays est en feu ». La source indique que « l'argent a été versé à la société de sécurité israélienne MER Security and Communication Systems pour fournir des conseils stratégiques et faire pression auprès de hauts fonctionnaires de l'administration Trump ainsi que des membres du Congrès ».

Au-delà de l'idée de se donner une certaine crédibilité aux Etats-Unis, le clan du président Kabila a choisi pour cible Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Des espaces sont achetés dans la presse américaine pour salir l'homme du « 3ème pénalty ». Le tout dernier en date est cet article de Washington Times publié sous le titre fallacieux : « Moïse Katumbi and his Secret Web of George Soros Driven Relationships (traduction : Moïse Katumbi et ses liens avec le réseau secret de George Soros) ». Dans cet article, l'ex-gouverneur du Katanga est présenté comme un maffieux lié avec le milliardaire américain Georges Soros dans des combines visant à déstabiliser la RDC.

Tirs croisés

Réponse du berger à la bergère, entre le président Kabila et l'opposant Moïse Katumbi, il y a une grande bataille qui s'est transposée hors de la RDC. C'est aux Etats-Unis, premier centre mondial de décision, que s'affrontent les deux challengers. Loin des terres congolaises.

Après avoir acquis l'appui de l'Union africaine, Joseph Kabila est allé à l'assaut des Etats-Unis. Il pense s'appuyer sur différents lobbys américains pour percer la forteresse Trump. Les attaques contre Katumbi font partie de sa stratégie.Mais, le combat est loin d'être gagné.

Dans sa réplique à l'article de Washington Times, le site Africatimes.com relance le débat en ces termes : « Il est tout à fait audacieux de comparer un dictateur brutalement despotique contre un homme exilé qui a été obligé de fuir son pays d'origine pour protéger sa vie et le faire sortir de la dictature. Hélas, c'est exactement ce qu'il fallait faire pour contrer un article paru dans le Washington Times. Les hommes en question sont Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo (DRC), qui domine la RDC d'une main de fer depuis 17 ans, et Moïse Katumbi, une figure de proue du mouvement d'opposition contre Kabila ». Il enchaine en relevant que « Brian Smith, l'auteur de l'article paru dans Washington Times, peint une image erronée de Katumbi en tant que maillon criminel d'un réseau lié à des personnages +obscures+: les négociants d'armes, Mobutu Sese Seko et les groupes de lobby obscurs aux États-Unis ».

Pour mieux comprendre combien ces accusations sont « flagrantes » et mensongères, africatimes.com rappelle le contexte politique de la RDC et les événements qui se sont déroulés dans le pays. Le journal en ligne note que « Joseph Kabila devait quitter la présidence le 20 décembre de l'année dernière après son deuxième et dernier mandat. Mais à ce jour, Kabila a fermement refusé de le faire, dans un mépris téméraire de la Constitution du pays. Au cours des protestations croissantes contre le maintien du pouvoir de Kabila, il a conclu un accord de transition le 31 décembre 2016, selon lequel Kabila a promis de démissionner après les élections prévues fin 2017. Depuis lors, Kabila s'est rétracté sans équivoque. Il est clair qu'il n'a pas l'intention d'honorer sa promesse. Il a repoussé continuellement les élections afin d'être reporté indéfiniment, tout en se lançant dans une répression implacable contre les mouvements d'opposition et les manifestations publiques qui ont été décrites comme proches du génocide ».

« Ces tentatives évidentes visant à étouffer la démocratie, note africatimes.com, rencontrent normalement une vive protestation au niveau international, avec comme tête de file les Etats-Unis ». Le magazine pense que le président Kabila cherche juste à gagner du temps, espérant un éventuel retournement de la situation en sa faveur au sein de l'administration Trump. « Que Kabila essaie de profiter du climat politique actuel à Washington n'est donc pas surprenant », indique à ce propos africatimes.com. Le magazine nuance en relevant que les efforts de l'équipe déployée par le président Kabila « ont reçu un accueil mitigé parmi les establishments de Washington ».

Revenant sur l'article de Washington Times, africatimes.com note qu' « accuser Katumbi de s'engager dans un lobbying de haute puissance pour sa cause à Washington est une ironie qui a été perdue chez Smith. Son article dans le Washington Times ne cache même pas le fait qu'il s'agit d'une propagande flagrante - le bandeau «sponsorisé» sur le haut de la page est un signe évident ». En d'autres termes, le journal a refusé d'endosser le fond d'un article payé rubis sur ongles, pour des raisons évidentes. Et de poursuivre : « C'est pour cette raison que l'accusation portée contre Katumbi d'être simplement intéressée par son enrichissement est difficile à justifier. Si ce n'était que pour Katumbi, la RDC serait +l'une des nations les plus riches de la planète+ grâce à son potentiel en ressources naturelles. Oui, le Congo devrait être une nation prospère - mais il est extrêmement difficile de créer une croissance économique à partir des ressources naturelles lorsque tous les bénéfices de leurs mines et de leurs ventes vont directement dans les coffres du président ».

Africatimes.com rappelle qu' « un rapport publié par le Congo Research Group en juillet a révélé que Kabila et sa famille possédaient partiellement ou entièrement un réseau étendu de plus de 80 entreprises en RDC et à l'étranger. Tout comme les colonialistes belges avant lui, Kabila traite le pays comme son bien personnel ». Le site enchaîne en indiquant que « le clan Kabila a des enjeux économiques dans tous les secteurs de l'économie congolaise qui vaut des centaines de millions de dollars, dont plus de 120 permis d'exploitation de minéraux précieux tels que l'or, le diamant, le cuivre et le cobalt. La RDC est le plus grand producteur de cuivre d'Afrique et la principale source de cobalt au monde, creusant jusqu'à 10 milliards de dollars de ces minéraux par an. Cependant, seulement un faible taux de six pour cent des revenus de la RDC des exportations de cuivre et de cobalt atteint le Trésor national, le reste disparaissant dans le vaste réseau de corruption de Kabila. Pas étonnant que la RDC soit classée parmi les pays les plus pauvres et les moins avancés de la planète ».

Africatimes.com conclut son enquête en faisant remarquer que « tout observateur sérieux de la situation politique en RDC aurait du mal à considérer que les événements horribles causant des ravages dans tout le pays étaient justifiables. L'opposition en RDC n'affichant aucun signe de céder à l'oppression, le contrôle de Kabila sur le pays ne cesse de s'effondrer à un rythme toujours plus rapide ».

Peine perdue

Il est curieux de voir qu'au moment où les caisses de l'Etat se vident, des millions de dollars américains sont dépensés à travers le monde en lobbying pour réconforter un pouvoir qui refuse de se plier à la logique des élections. Jusques-à-quand la majorité au pouvoir continuera-t-elle à abuser de la patience du peuple qui n'aspire qu'à une seule chose : l'alternance démocratique par la voie des urnes ?

S'attaquer à Moise Katumbi pour son engagement en faveur du peuple est un combat perdu d'avance. Le peuple a atteint un degré de maturité tel qu'il sait pertinemment bien de quel côté se trouve son avenir. Et ce n'est surement pas dans le camp de ceux qui ont travaillé jour et nuit pour torpiller l'accord politique du 31 décembre 2016.

Congo-Kinshasa

Hospitalisé, Diomi Ndongala en appelle à la CNDH pour sa libération

L'opposant congolais Eugène Diomi Ndongala en appelle, ce jeudi 21 septembre, à la Commission nationale… Plus »

Copyright © 2017 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.