11 Septembre 2017

Cameroun: Catastrophe ferroviaire d'Eseka - Révélations troublantes sur la disparition de Me Dissaké

Selon l'époux du notaire, des témoins de voyage confirment que la disparue est sortie en vie du wagon 1321 après l'accident. Et pourtant, près d'un an après, on est toujours sans nouvelles du passager 54C.

Qu'est-il arrivé à Me Dorette Dissaké le 21 octobre 2016 ? Ce jour-là, la notaire à la 7e charge à Yaoundé, domiciliée dans la même ville, se rend à la gare ferroviaire de Yaoundé. Elle prend place sur le siège 54C de la voiture 1321 du train 152 en partance pour Douala.

A ses côtés, une amie et sa fille. Ce train, qui quitte la gare en fin de matinée, déraille vers 13 heures avant la gare d'Eséka. Bilan officiel: 79 morts et près de 600 blessés. Parmi les survivants, la copine de Dorette Dissaké et sa fille. Aucune trace de la notaire. Les recherches menées par les proches de la victime sont infructueuses.

Aujourd'hui, le mystère demeure entier sur ce qui est advenu à Me Dorette Dissaké. «Onze mois après ce drame et cette disparition, moi même, la famille et des amis ne comprenons rien sur une telle disparition», s'inquiète Me Thomas Dissaké dans une lettre adressée au président de la République du Cameroun, en date du 04 septembre dernier. «Aurait-elle été enlevée? Dans quel état, pourquoi, dans quelle destination et par qui ?» interroge l'époux de la disparue dans sa missive à Paul Biya.

Témoignage

Selon, cet avocat au barreau du Cameroun, les interrogations des proches de la victime sont d'autant plus grandes que le ministre de la Santé a fait savoir qu'après des recherches, tant dans les hôpitaux publics que privés, il ne détient pas d'informations sur le cas Me Dissake.

En effet, le 09 février 2017 en répondant à une requête du transporteur ferroviaire Camrail au sujet des recherches de madame Dissaké, André Mama Fouda écrit: «suite aux informations recoupées dans les formations sanitaires publiques et privées, et à la suite de la consolidation des listes nominatives des victimes (blessés et décédés identifiés) nous ne pouvons donner à ce jour aucune information sur la nommée Dissaké Kwa Dorette née Enangué Njoh».

Le ministre de la Santé publique ajoute: «A toutes fins utiles, les listes exhaustives des victimes de l'accident ferroviaire du 21 octobre à Eseka sont disponibles à la direction de l'organisation des soins et de la technologie sanitaire pour consultation». Mais, il y a encore plus troublant. C'est le témoignage du sieur Foubitem (l'orthographe n'est pas garantie) que rapporte Thomas Dissaké rencontré dans son cabinet, sis à l'avenue Foch, le 05 septembre dernier.

Accidenté du train 152 de Camrail, et en possession du téléphone de la disparue, M. Foubitem confirme que Me Dissake est sortie en vie de la voiture 1351, à travers une fenêtre vitrée qui a été brisée par un inspecteur des Douanes Mongué (l'orthographe n'est pas garantie).

Foubitem et Mongué auraient sécurisé dans la foulée les téléphones trainant dans ce wagon qui s'est couché au niveau du passage à niveau près de la gare d'Eseka. Foubitem (qui vivrait entre le Cameroun et la France) remet d'ailleurs, dans les coups de 18 heures le même jour, le téléphone de la disparue à une parente du couple Dissaké au marché des fleurs de Douala. A l'occasion, rassure-t-il, une fois de plus, «le propriétaire de ce téléphone n'a rien eu».

SOS à Paul Biya

Du 21 octobre 2016 à ce jour, Thomas Dissaké a été tour à tour entendu par la police judiciaire, la commission d'enquête mise en place par le président Paul Biya pour faire la lumière sur le drame d'Eseka. Il a par ailleurs été reçu à la fois par le Premier ministre qui chapeautait cette commission, le secrétaire d'Etat à la Défense chargé de la gendarmerie et le secrétaire général du ministère de la Défense. Mais à chaque fois, l'avocat ressort avec le sentiment d'un certain laxisme. Les sieurs Foubitem et Mongué n'ont jamais été entendus par les forces de l'ordre compétentes.

De même que le téléphone de la disparue demeure entre les mains de la famille. La police ne l'a jamais réclamé pour exploitation dans le cadre d'une enquête. D'où la première lettre adressée par le conjoint du notaire au président de la République le 15 février 2017. «Nous nous tournons vers vous en tant que plus haute autorité de l'Etat pour que la lumière soit faite sur la disparition de mon épouse», écrit-il. Face au silence d'Etoudi, Thomas Dissaké récidive.

«J'ai l'honneur de revenir auprès de votre haute autorité en tant que la seule personne dont l'intérêt pour la disparition de mon épouse née Enangué Njoh Dorette peut permettre de savoir le sort qui est le sien depuis sa disparition dans la catastrophe ferroviaire survenue le 21 octobre 2016 à Eseka dans le Nyong et-Kéllé», affirme-t-il dans la lettre du 04 septembre.

Et de poursuivre: «Excellence monsieur le président de la République vous êtes le commandant en chef de tous les corps d'Etat de ce pays. En manifestant un intérêt pour la recherche de mon épouse, les instructions que vous donnerez seront suivies». Concrètement, indique l'avocat, «j'attends qu'il utilise tous les moyens d'Etat pour faire la lumière sur ce qu'elle est devenue».

Tribunal

Que fera-t-il si ce nouvel appel à Paul Biya ne prospère pas? Me Dissaké indique qu'il avisera. Mais avertit-il déjà, il ne compte s'arrêter que lorsque la vérité sur le sort de son épouse se manifestera. A plus de 60 ans, il assure que «cette affaire fait partie des priorités de ma vie».

Dès cette semaine, l'avocat compte assigner Activa en justice. Il veut contraindre l'assureur à lui révéler les conclusions de l'enquête menée au sujet de la disparition de son épouse. Bien qu'ayant collaboré à cette enquête, la compagnie d'assurance refuse aujourd'hui de partager des résultats de son investigation. «Mon épouse est portée disparue on ne peut donc pas me cacher des informations à son sujet», justifie l'avocat.

Un procès en correctionnelle s'ouvre le 28 septembre 2017 contre Camrail au tribunal de première instance d'Eseka. Me Thomas Dissaké y est convié par le procureur de la République près ledit tribunal comme ayant droit de Dorette Dissaké née Enangué Njoh. Une tribune qu'il l'utilisera pour rappeler au bon souvenir de l'opinion le cas de son épouse. Un premier procès a été ouvert devant le juge de référé du tribunal de première instance de Douala au mois de mai dernier. L'affaire opposait la compagnie ferroviaire à Me Thomas Dissake et David Mekem.

Tous deux sont sans nouvelles de leurs proches ayant embarqué dans le train 152. David Mekem cherche son fils Romial Tedonzong, commerçant. Ce dernier revenait de Kye-Ossi à la frontière Cameroun- Guinée équatoriale / Gabon. Il se rendait à Douala pour approvisionner son commerce en biens de consommation. Mais cette procédure n'a pas permis d'avancer. Le juge s'étant déclaré incompétent.

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