11 Septembre 2017

Burundi: L'échec à l'école - Qui en est le premier responsable ?

Au mois de mai, la ministre de l'Éducation a sorti une correspondance sans équivoque : « Tous les directeurs des écoles publiques dont les résultats sont inférieurs à 30% au concours national éditions 2016 et 2017 seront destitués. » Pour le blogueur Apollinaire Nkurunziza, cette mesure qui prend effet ce lundi 11 Septembre, jour de la rentrée scolaire, suscite plusieurs interrogations.

Fermer des écoles qui excellent dans le démérite? La mesure est au premier abord salutaire. Quelle bonne nouvelle quand la culture du mérite entre dans nos murs ! Quelle allégresse peuvent ressentir parents, enseignants et élèves de voir la qualité et la médiocrité chacune remerciée à sa juste valeur ! Alors que certaines écoles prennent le devant avec de très bons résultats, d'autres au contraire entachent la réputation du secteur de l'éducation. Heureusement, les autorités éducatives semblent avoir pris le taurreau par les cornes pour revaloriser l'éducation qui, il y a peu, semblait reléguée au second plan. La crise politique oblige.

Cependant, à l'analyse de la situation, quelques interrogations surgissent : qui est vraiment le premier responsable quand échouer devient une norme dans une école ? Est-ce les élèves ? Est-ce les enseignants ? Est-ce le capitaine du bateau qui a chaviré jusqu'à la noyade ?

Des mesures draconiennes

Désormais, faire moins de 30% de réussite au concours national devient un sacrilège pour un directeur. Un cauchemar. La réussite est un impératif. Une question : est-ce le directeur qui devrait endosser toute la responsabilité ? Je ne crois pas. Et pour cause : «Pour qu'une école échoue aussi lamentablement, plusieurs facteurs entrent en jeux : le niveau intellectuel des apprenants, la compétence et l'assiduité des enseignants ainsi que le suivi régulier du directeur », explique un directeur d'école sous anonymat. Pour lui, quand l'un de ces éléments est déficient, le système doit ipso facto boiter.

« Pire encore, ajoute-t-il, deux autres éléments entrent dans la danse et peuvent précipiter le départ d'un directeur : des effectifs pléthoriques dans les classes et un système de délibération pas encore adapté aux nouvelles règles ». Il s'explique: « Avoir 150 élèves dans une classe n'avantage en rien l'enseignant. Il perd tout contrôle et n'arrive pas à bien l'évaluer. D'où les raccourcis de » questions à choix multiples » et/ou de » vrai ou faux » pendant les interrogations ». »

Côté délibération, 50% de la moyenne annuelle requis pour que l'élève soit admis à la classe suivante ou aux examens de repêchage - sans tenir compte des lacunes dans telle ou telle discipline, hormis la conduite- est un facteur à tenir en compte. Là où la pléthore est une réalité, la tricherie rode tout autour et facilite l'obtention de ce « boarding pass » pour la classe suivante. La médiocrité ne fera surface que quand le travail devient individuel dans des concours. Le directeur devrait-il vraiment endosser tout ça ?

Conséquences

La pression. D'abord du directeur sur les enseignants. Il sait que d'un moment à l'autre il peut partir et fait tout pour sauvegarder son poste. Et la petite liberté que doivent jouir les enseignants au travail en pâtit. Les élèves, eux, risquent de succomber face aux interrogations » plus dures » que les concours nationaux, sans y être préparés.

En gros, la mesure aurait été efficace si on pouvait prendre en considération tous ces facteurs et se donner une période conséquente de préparation. Sinon, le résultat risque d'être le contraire de celui escompté, ou pire.

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