11 Septembre 2017

Liberia: Présidentielle - Weah va-t-il-marquer son but décisif le 10 octobre ?

interview

Seul Africain à ce jour détenteur du ballon d'or, une distinction qu'il a obtenue en 1995, le Libérien George Weah, qui est descendu sur le terrain politique dans son pays en 2005, joue peut-être le 10 octobre prochain le match de sa vie. Pour la deuxième fois dans sa carrière politique, l'ancien sociétaire du PSG, de Monaco et du Milan AC sollicite en effet les suffrages de ses compatriotes pour accéder à la magistrature suprême.

En lice avec 10 autres candidats, le président du Congress for Democratic Change (CDC) croit dur comme fer en ses chances. « Cette fois, c'est la bonne », martèle-t-il. Le sénateur libérien était en visite les 10 et 11 septembre 2017 au Burkina Faso. Il dit être venu, en tant que membre du parlement de la CEDEAO, présenter ses condoléances aux plus hautes autorités, après les attaques qui ont endeuillé le pays et la mort subite de Salifou Diallo.

Peu avant de prendre son vol retour, il nous a accordé une interview dans un salon feutré à quelques encablures de l'aéroport. De son combat politique à sa passion, le football, George Weah fait le tour des sujets en français.

Est-ce le sportif ou le politique qui est actuellement en visite à Ouagadougou ?

On peut dire les deux. On ne peut pas dissocier George Weah, le sénateur libérien président d'un parti d'opposition, de George Weah, l'ancien footballeur international.

Quel est donc l'objet de cette présence au Pays des hommes intègres ?

Le Burkina Faso a été touché par plusieurs attaques terroristes dont l'une des dernières en date est celle contre le café Aziz Istanbul. Je suis venu présenter mes condoléances à tout le peuple burkinabè, à mes amis du Parlement de la CEDEAO et au vice-président de l'Assemblée nationale (Ndlr : en l'absence de l'occupant du Perchoir). C'était également pour les encourager à continuer de se battre.

L'élection présidentielle, c'est le 10 octobre prochain dans votre pays. Vous êtes candidat. N'êtes-vous pas venu chercher également un soutien politique à Ouagadougou ?

Ce qui se passe au Liberia concerne toute l'Afrique de l'Ouest. Le périple que nous avons entamé dans la sous-région depuis quelques semaines vise à demander aux leaders de s'impliquer pour la transparence du scrutin. Cette élection présidentielle est très importante pour tout le Liberia, pour sa démocratie. Nous encourageons tout le monde à venir observer cette élection pour que les choses se passent dans la paix et la transparence. C'est notre discours partout où nous passons et c'est très important.

Après une première tentative infructueuse d'accéder aux plus hautes fonctions en 2005, vous voilà de nouveau sur la ligne de départ. Est-ce que vous avez plus de chances de vous faire élire à la fonction suprême cette fois-ci ?

Nous sommes la voix du peuple, le parti du peuple. Et on bénéficie du soutien des Libériens. C'est pourquoi aujourd'hui, après douze ans d'existence, notre parti est toujours solide. On est bien parti pour accéder au pouvoir.

Vous avez été battu par l'actuelle présidente, Ellen Johnson Sirleaf, en 2005. Cette fois-ci, vous serez face au vice-président Joseph Boakai, qui bénéficie du soutien du pouvoir. N'est-il pas un challenger de poids ?

Non, je ne pense pas. Son tour est passé. Il a fait 12 ans comme la présidente alors qu'aujourd'hui, le peuple libérien veut le changement. Il ne peut pas rester au moment où on parle de changement. Il va partir avec Sirleaf le 10 octobre.

Quel est votre principale force dans cette nouvelle bataille ?

Ma force, ce n'est pas seulement l'engouement populaire pour l'ancien joueur que je suis. Ma force, c'est aussi d'avoir touché le peuple libérien dans mon œuvre et aidé mon pays pendant la guerre. Il y a beaucoup de Libériens qui sont aujourd'hui fiers de moi. Il y eut un temps où j'étais le porte-étendard du Liberia. Aujourd'hui, je le suis toujours. C'était ma voix que les gens entendaient et ils continuent de l'entendre. Si des milliers de personnes assistent à nos meetings, ce n'est pas pour rien ; c'est parce que Weah compte.

Qu'est-ce qui a fondamentalement changé pour vous entre l'élection perdue d'il y a 12 ans et celle à venir ?

Après 2005, on a continué de travailler. Le résultat, on l'a vu en 2014 : j'ai été élu sénateur avec 78% de voix.

Cette fois-ci, on va rester vigilant sur la transparence du scrutin. On a mis beaucoup de choses en place qu'on n'avait pas faites en 2005. Il y a, par exemple, la logistique. On a également fait une grande coalition avec d'autres partis politiques. Ce sont des choses auxquelles on n'avait pas pensé en 2005. On était inexpérimenté, nos partis étaient jeunes, nous aussi. Aujourd'hui j'ai 51 ans. Quand j'arrivais en politique, j'en avais 39. J'ai acquis beaucoup d'expérience. Beaucoup de partis ont plongé mais le CDC est resté un grand parti. On a fait venir des personnes, des gens qui ont des idées, qui savent manager. On a désormais une grande équipe. Aujourd'hui notre parti est très fort, plus fort même que le parti au pouvoir.

Certains de vos détracteurs estiment que vous n'avez pas les compétences politiques encore moins celles intellectuelles pour diriger un pays comme le Liberia, qui revient de très loin.

Ce n'est pas un argument qui tient. Le leadership, ce n'est pas seulement d'être allé à l'école ; c'est également pouvoir aider quelqu'un à grandir par exemple. L'argument de mes détracteurs ne vole donc pas haut parce que je suis un grand leader. Si j'ai pu gérer un parti pendant 12 ans, c'est parce que j'en avais les compétences. Ce qu'ils ne peuvent pas faire, moi je le fais. Et pendant ma carrière de footballeur, j'étais mon propre manager. J'ai géré des millions de dollars. Si aujourd'hui, je suis qui je suis, ce n'est pas par hasard. Si ce qu'ils disent était vrai, George Weah n'allait pas dominer la scène politique libérienne comme c'est le cas aujourd'hui. J'ai quelque chose dans la tête.

Quelles sont les grandes lignes de votre programme de société ?

Les Libériens savent ce dont je suis capable. Aujourd'hui, il y a beaucoup d'enfants qui vont à l'école grâce à un fonds que j'ai créé. Nous avons également construit des toilettes, des écoles dans certains quartiers. Nous avons aidé des femmes à mieux gérer leurs activités. C'est pour notre peuple qu'on le fait. Et ce n'est pas seulement parce je suis en politique. Ce que je faisais quand je n'étais pas politicien, c'est la même chose que je fais aujourd'hui. Ce bilan, c'est ce que les gens regardent.

Si vous deviez juger le bilan de l'actuelle présidente, qu'en diriez-vous ?

Elle a fait ce qu'elle pouvait mais maintenant elle s'en va. C'est notre responsabilité d'achever ce qu'elle n'a pu terminer. Il y a des choses pour lesquelles elle mérite qu'on l'applaudisse. Je veux parler par exemple de la paix et de la stabilité préservées. Comme vous l'avez dit, on revient de loin. Elle m'a nommé ambassadeur de la paix du Liberia, c'est une bonne chose parce que j'ai juré d'être un unificateur. Sans la paix et la stabilité, on n'aurait pas pu travailler. Mais dans la vie, la perfection n'existe pas. Et le changement donne justement des possibilités pour améliorer les choses.

Si à l'issue du scrutin d'octobre vous êtes élu, quelle sera votre toute première mesure ?

Il y a beaucoup de choses prioritaires mais celle primordiale, c'est de faire en sorte que le pays demeure dans la paix. C'est pourquoi mon gouvernement sera un gouvernement d'inclusion pour donner la chance à tous les Libériens compétents de travailler pour le pays. A partir de là les programmes concernant la santé, la reconstruction du pays, l'éducation, etc., vont se mettre en place.

En tant qu'ancien international, comment jugez-vous le niveau du football burkinabè ?

Avec toutes les compétitions, on a eu l'occasion de voir les Etalons évoluer. Le Burkina a une bonne équipe, ce sont des enfants qui jouent bien, qui sont solidaires. Je les ai vus à la CAN ; ils ont de grandes qualités. S'ils jouent ainsi, c'est la preuve que leur pays est derrière eux, qu'il y a un bon programme sportif.

Les Etalons sont justement premier de leur poule dans la course pour le mondiale 2018 en Russie. Mais la FIFA a décidé de faire rejouer le match Afrique du Sud -Sénégal, entaché par une grossière faute d'arbitrage. Cela peut compromettre les chances de qualification de notre onze national. Que pensez vous des cette décision de l'instance dirigeante du football mondial ?

Vous savez, en football il y a des règles. Si on enfreint ces règles, je pense que la solution, c'est le fair-play pour pouvoir poursuivre la compétition. S'ils ont décidé de faire rejouer le match afin de donner une chance à tout le monde, c'est qu'ils ont leurs raisons. Le foot, c'est comme la politique. Si quelqu'un triche comme au Kenya, que l'on pose une plainte contre lui et qu'on décide de reprendre les élections, c'est une bonne chose. Je pense qu'ils font bien de vouloir reprendre les élections. Si le match n'était pas bien et qu'il y a eu des éléments qui peuvent nuire au football, je pense que c'est une bonne chose de le rejouer.

Mais pour les Burkinabè, c'est une façon de favoriser le Sénégal, plutôt mal en point dans ce groupe ?

C'est le football, et tout le monde est avantagé. Le football, c'est comme du biscuit : quand tu as un biscuit et que tu veux le diviser en deux, tu peux te retrouver finalement avec six morceaux. On n'en sait jamais ; s'ils rejouent le match, ils peuvent gagner ou perdre. Je pense que le plus important, c'est de chercher des solutions

Le Paris Saint-Germain, un de vos anciens clubs, a frappé fort à ce mercato en s'adjugeant les services de grands attaquants comme Neymar et Mbappé. Est-ce enfin l'occasion pour Paris de remporter la coupe aux grandes oreilles derrière laquelle il court depuis ?

L'idée du PSG a toujours été de construire une grande équipe depuis notre génération. Au moment où je découvrais le PSG, il occupait toujours la 10e ou 11e place. Nous sommes venus au PSG parce qu'il voulait construire une grande équipe. Je pense que nous y sommes arrivés car le PSG, qui était au départ une petite équipe, a commencé à occuper le haut du classement. Pour revenir à votre question, l'arrivée de Neymar est une bonne chose. Paris est en lice dans plusieurs compétitions, dont la ligue des champions. Il y a donc beaucoup de matches à disputer. Si tu n'es pas une grande équipe et si tu n'as pas de bons attaquants, tu ne peux pas aller loin. C'est une bonne chose aussi pour Neymar car il peut ainsi espérer obtenir un ballon d'or. Au Barca, il y avait Messi qui lui faisait de l'ombre. Mais au PSG, il pourra montrer davantage ses talents. J'espère qu'il deviendra le meilleur joueur du monde.

Parlant de ballon d'or, vous restez jusqu'à présent le seul Africain détenteur de ce prestigieux trophée qui couronne les « dieux des stades ». Depuis, les muses du sport-roi n'ont plus visité le berceau de l'humanité. A quand le prochain ballon d'or africain ?

Un Africain ballon d'or, ce n'est pas impossible. Cela viendra. C'est dur mais ce n'est pas impossible. De très grands joueurs que j'ai vus jouer ou pas n'ont jamais gagné le ballon d'or européen et je ne comprends pas pourquoi. Il faut savoir que les joueurs africains ne pouvaient pas entrer dans la compétition et que le ballon d'or était exclusivement européen. Quand ils ont changé les règles en 1993, j'étais là. Je suis arrivé à Monaco en 1980 et j'ai gagné mon premier ballon d'or africain en 1989. Si je n'avais pas pu entrer dans la compétition, je pense que je n'aurais pas gagné. Il y avait Ronaldo et je pense que j'étais plus fort que lui. Il a gagné parce qu'il était dans la compétition. J'étais le plus grand attaquant en France. J'étais en compétition avec Jean-Pierre Papin. Il a gagné mais moi, je ne pouvais pas parce que j'étais libérien. Quand ils ont changé les règles, j'ai gagné le ballon d'or et c'était pour toute l'Afrique. J'espère qu'un Africain le regagnera bientôt.

Le nouveau président de la CAF a introduit des réformes majeures dont l'une concerne le nombre d'équipes participant à la phase finale de la CAN, lequel va passer à 24. Est-ce une mesure pertinente ?

On participe aux éliminatoires pour se qualifier. Si l'on ne peut pas se qualifier, c'est qu'on n'a pas le niveau. S'il y a 16 équipes, il y en a 8 qui vont se qualifier. C'est pour déterminer le meilleur. On ne peut pas mettre tout le monde en compétition. Il faut laisser les meilleurs s'affronter car si on laisse les faibles, ils détruisent l'image de l'Afrique. L'Afrique possède des talents mais tout le monde ne peut pas jouer.

Un de vos fils marche dans vos pas car ayant une carrière de footballeur. Comment appréciez-vous son évolution, surtout quand on connaît le père qu'il a ?

Il a une bonne carrière. Il a commencé à 14 ans au PSG. Aujourd'hui, à 17ans, il joue dans un club des moins de 19 ans. A chaque rencontre, il marque des buts. C'est un bon joueur et je suis content pour lui. Il a une passion pour le football. Mon conseil pour lui, c'est de bien travailler. Il ne fait pas que jouer. Il a été le premier de sa classe bien que ne comprenant pas le français. Cela est une bonne chose. Quand tu arrives quelque part où tout le monde te dit que ton enfant est respectueux et l'apprécie, je pense que c'est une bonne chose. Je suis très fier d'avoir un fils bien éduqué et humble, car dans la vie il faut être humble. J'espère que sa carrière va s'améliorer.

Liberia

Présidentielle libérienne - L'affiche Weah-Boakai maintenue

La plainte pour fraudes déposée après le premier tour de l'élection présidentielle… Plus »

Copyright © 2017 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.