11 Septembre 2017

Afrique de l'Ouest: HRW épingle l'armée du Mali et du Burkina

Human Rights Watch accuse les armées malienne et burkinabé d'avoir commis des exactions contre des civils. Ces exactions se seraient produites entre fin 2016 et juillet 2017 dans la région de Mopti.

Pendant son enquête qui a duré une dizaine de jours, Human Rights Watch a découvert l'existence de trois fosses communes dans la région de Mopti, mais aussi dans la région de Ségou, une ville située à 240 kilomètres au nord-est de Bamako, la capitale. Human Rights Watch a interrogé 48 victimes d'abus et témoins, ainsi que des responsables des communautés ethniques peul, dogon et bambara, d'anciens détenus, des agents du gouvernement local, des membres des services de sécurité et du système judiciaire, ainsi que des diplomates étrangers.

Selon l'ONG, les charniers découverts contiendraient au moins 14 corps : les cadavres de cinq hommes qui auraient été tués le 19 décembre 2016, de trois hommes arrêtés le 21 janvier 2017, et d'au moins six hommes arrêtés début mai 2017. Selon Corinne Dufka, directrice de recherches sur le Sahel auprès de la division Afrique à Human Rights Watch, "on a documenté plusieurs cas de maltraitances et de torture contre les personnes soupçonnées de collaborer avec les groupes djihadistes. On a également documenté 25 cas des personnes disparus. On avait documenté, pendant le mois de juin, les cas de maltraitance qui étaient commis contre les villageois, des cas commis par l'armée burkinabè."

Les mouvements armés également visés

Human Rights Watch a aussi établi de graves abus commis par les différents groupes armés qui écument le centre du pays. Pour Sidi Brahim Ould Sidati, le porte-parole de la CMA, la Coordination des mouvements de l'Azawad, "c'est la plateforme qui est l'auteur. Nous l'avons signalé. La CMA a toujours signalé l'existence de ces forces et nous avons adressé un document à la Commission des Droits de l'Homme de la Minusma dans ce sens.

Ils ne sont même pas signataires de l'Accord (NDLR, l'accord de paix d'Alger signé le 20 juin 2015). Ils n'ont donc pas d'engagement. Ils sont sortis du processus. Moi, je défie tout rapport, ou toute ONG qui pense que nous avons commis des exactions. Nous demandons vraiment la preuve. Au contraire, nous avons toujours sollicité des enquêtes internationales. Nous avons toujours souhaité que ces actions soient mises à jour et que les auteurs puissent être arrêtés."

Bamako prend acte

Contactées, les autorités maliennes disent n'avoir pas officiellement reçu le rapport de Human Rights Watch. Mais Kassoum Tapo, le ministre des droits de l'Homme et de la réforme de l'Etat, prend tout de même acte de ces accusations.

"Nous allons voir lors de notre déplacement sur le terrain, où je pense être avec le Ministre de la Justice, s'il y a lieu d'ordonner des enquêtes, on le fera, affirme-t-il. S'il faut que ça soit des enquêtes internationales, on le fera. Quels que soient les éléments mis en cause, le gouvernement ne sera jamais complice des violations des droits de l'Homme."

Quant au politologue Abdramane Mamata Touré, il estime que les conditions de combat sur le terrain peuvent amener les FAMA à confondre les civils et les jihadistes. Mais il rappelle à Human Rights Watch qu'il ne faut pas se tromper d'adversaire: que l'armée malienne est là pour défendre les populations, contre des agresseurs armés qui lui veulent du mal :

"L'armée peut avoir certains problèmes en ne parvenant pas toujours à faire la distinction entre les paysans le jour et la combattant le soir. C'est une armée malienne qui défend les populations maliennes contre des forces qui attaquent ces populations et qui attaquent l'armée elle-même. Donc, il faudrait également prendre en compte la nature de l'adversaire qui est en face. Les techniciens et les tactiques utilisés par cet adversaire pour pouvoir arriver à un jugement digne de ce nom."

L'armée burkinabé dans le viseur

Selon le rapport, en juin 2017, des militaires burkinabés ont arrêté environ 70 hommes dans des hameaux situés au Mali à proximité de la frontière, les accusant de soutenir le groupe armé islamiste Ansaroul Islam. Les militaires sont réputés avoir incendié des biens, soumis ces hommes à des sévices physiques - qui ont causé la mort de deux des détenus - et conduit plus de 40 d'entre eux au Burkina Faso pour de nouveaux interrogatoires.

C'est pourquoi, « les gouvernements malien et burkinabé devraient enquêter sans tarder et poursuivre en justice les membres des forces de sécurité qui sont impliqués dans de graves violations des droits humains.

Le gouvernement malien devrait mettre fin à la pratique consistant à détenir des suspects dans des lieux de détention non autorisés, notamment à la DGSE, s'assurer que les gendarmes s'acquittent de leur rôle de prévôts défini par leur mandat en accompagnant l'armée malienne dans toutes ses opérations, et s'assurer que les forces de sécurité se conforment au droit international humanitaire et aux normes internationales en matière de droits humains », a écrit Corinne Dufka.

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