12 Septembre 2017

Gabon: Ces jeunes écailleurs de poissons qui peuvent gagner gros

A l'heure où sévit un chômage endémique au Gabon et des interruptions coutumières des cours dans les écoles et universités, minées par des mouvements de grève, les jeunes africains, parmi lesquels quelques bacheliers gabonais, se sont rués vers les petits ports et débarcadères de pêche pour écailler du poisson.

Une activité lucrative qui rapporte, selon les saisons, plus que le Salaire minimum garanti (SMIG) porté récemment au Gabon de 80 000 à 100 000 francs CFA.

A titre de comparaison, les meilleurs écailleurs de poissons peuvent gagner plus de 300 000 francs CFA en fin de mois, l'équivalent du salaire d'un enseignant dans un lycée de certains pays comme le Togo.

Etienne Biyoghe fait parti des heureux écailleurs au Gabon. Bachelier et il avait choisi de travailler dans une société forestière au lieu de poursuivre ses études supérieures car il ne disposait pas de moyens financiers suffisants.

Lors de la fermeture de la société qui l'employait et qui était spécialisée dans la vente des bois divers à Libreville, il s'est retrouvé livré à lui même et se dirigea vers le secteur de la poissonnerie d'abord comme revendeur puis comme écailleur de poisson, plus fructueux.

« C'est un petit métier qui nourrit son homme mais les salaires sont tributaires de la quantité des poissons sur le marché et donc des marées.

Si celles-ci sont bonnes, alors les pêcheurs vont en mer et la clientèle abonde sur le littoral (... ) », explique Biyoghe, 25 ans, occupé à préparer des filets de poisson pour un client au Pont Nomba, l'un des principaux port de pêche de Libreville.

« Le kilogramme de poisson écaillé revient à 200 F CFA. Les clients sont exigeants car ils suivent de près le traitement de leurs poissons et vous orientent dans la découpe de ceux-ci. Une bonne journée de travail peut rapporter en moyenne entre 6 000 et 15 000 F CFA, ce qui correspond entre 30 et 75 kg de poissons écaillés.

Généralement, les acheteurs de poissons s'abonnent à des écailleurs spécifiques, ce qui procure à ces derniers un minimum de revenus et parfois un peu de poisson pour assurer leur repas quotidien », ajoute Biyoghe.

Les Gabonais sont dans leur majorité, formatés pour un premier emploi dans la fonction publique, gage de garantie pour leur carrière mais les temps ont changé. Avec l'inflation galopante, le secteur privé offre de nos jours peu de possibilités d'emploi, car il faut être spécialisé dans un secteur.

Les grosses commandes des restaurateurs crèvent le plafond et font la joie des écailleurs

La crise économique qui sévit au Gabon et l'inadéquation formation-emploi pour les diplômés qui arrivent sur le marché du travail, ont créé des disparités, rompant ainsi avec les réflexes des Gabonais habitués à trouver des emplois taillés sur mesure, notamment dans les administrations.

Le petit métier d'écailleur de poissons dont le monopole est encore détenu par les Camerounais et des rares Equato-Guinéens et Santoméens, attire aujourd'hui, et sans honte, des Gabonais dont des bacheliers... en quête d'une activité lucrative. L'assiduité dans cette activité nourrit bien son homme.

« Très souvent absents des secteurs porteurs tels que les petits métiers et l'artisanat, les Gabonais se précipitent depuis peu vers des métiers traditionnellement délaissés aux étrangers (écailleurs de poisson, frigoristes, vulcanisateurs, plombiers, cordonniers, technicien de froid, coiffeurs, chauffeurs de taxis etc) et qui leur permettent de vivre au quotidien avec un salaire conséquent.

Écailler un poisson, c'est à dire lui ôter les écailles est un geste qui ne présente plus de difficultés pour les ménagères car elles ramènent souvent du marché du poisson bien nettoyé, vidé et parfois découpé.

Les écailleurs utilisent une raclette, sorte de manchette avec des longues pointes qui débordent d'un côté et qui leur facilite le travail par rapport au traditionnel couteau.

« Plus de 400 écailleurs de poissons sont répartis à travers les marchés de Libreville. La preuve qu'il n'y a pas de sots métiers »

Avec le temps, ces nouveaux « travailleurs » apprennent tout sur les marées et se rendent parfois au village des pêcheurs pour se renseigner sur les fréquences de sortie des pirogues en mer et sur l'heure de leur retour. Ainsi, on trouve une sorte de hiérarchie chez les écailleurs, les « Grands » et les « Petits », en fonction de leur dextérité et de leurs revenus.

Couteaux, machettes, limes et même des grattoirs d'écailles fabriqués avec de longues pointes saillantes, font partie de l'arsenal de l'écailleur de poissons, même si souvent les conditions d'hygiène ne sont pas respectées.

Il n'est pas rare pour des écailleurs matinaux de se voir confier une cinquantaine de kilogrammes voir plus de poissons à écailler de la part de patrons de restaurants ou alors de traiteurs qui organisent un mariage ou un anniversaire.

« C'est alors l'aubaine car on peut faire en une journée son revenu de la semaine. Cela arrive souvent mais il faut présent lors de l'accostage des premières pirogues », jubile Oklou habitué à traiter les grosses commandes des restaurants ou des coopératives.

« Certains restaurateurs abonnés chez des pécheurs joignent au téléphone les écailleurs, les invitant à venir traiter leurs poissons. Il faut être disponible et réagir vite. Il arrive souvent qu'on soit débordé et on confie le travail à un ami écailleur », poursuit Oklou.

Les vendeuses sollicitent également les écailleurs pour ouvrir et saler leur poissons. Pour saler leurs poissons invendus dans la journée. On trouve des écailleurs de poissons sur les marchés d'Oloumi, de Mont Bouet, au Port- Môle, à Nkembo, au Pont Nomba... même en fin d'après-midi.

Les jeunes autonomes avec des bons salaires

« Notre activité débute vers 7 heures du matin et se poursuit jusqu'en fin d'après-midi selon le vouloir de chacun. Avec la crise économique, la solidarité familiale n'existe plus.

Il est alors préférable de trouver une activité qui nous confère une sorte d'autonomie. Et puis, il n'est point besoin d'avoir honte ! », remarque Salomon Kontché, la cinquantaine et qui fait office de doyen dans le métier au Pont Nomba.

Lors de leurs échanges, il arrive que les écailleurs se provoquent les uns et les autres et orientent parfois leurs discussions sur leurs revenus mensuels.

Il n'est pas surprenant que certains d'entre eux affirment gagner plus de 300 000 francs CFA en fin de mois et qu'ils se permettent même de prendre quelques jours de repos lorsque le portefeuille est bien garni.

La sardine, le capitaine, le bossu, la dorade, la sole ou encore le rouge, la bécune, la carpe et le mulet, sont les poissons les plus péchés sur le littoral gabonais (800 km de côtes) et dans les rivières.

Au Gabon, la pêche artisanale participe pour 70% à la satisfaction des besoins locaux en produits halieutiques. Et les écailleurs de poissons sont devenus dépendants des produits de la pêche car leurs revenus augmentent généreusement lorsque ce secteur se porte bien.

Rappelons que la production nationale se situe entre 40 000 et 50 000 tonnes de ressources halieutiques (pêche industrielle comprise) représentant 40 milliards de F CFA, soit un apport de 1,2 % au Produit national brut.

Selon la Direction générale des pêches, « le gouvernement cherche des compétences pour animer la cellule d'exécution d'un vaste projet de pêche et avait lancé un appel à candidatures destiné aux spécialistes en pêche, en aquaculture, en socio-économie et en suivi-évaluation ».

Ce projet vise à porter la production annuelle à plus de 60 000 tonnes. Il devrait bénéficier à plus de 7 500 pêcheurs artisanaux, 500 aquaculteurs, ainsi que 12 000 autres intervenants dans la filière.

La pêche artisanale fournit localement la population gabonaise en poissons et elle est assurée à 80% par les pêcheurs béninois, nigérians et togolais depuis les années 60.

Gabon

Forum Maroc-Gabon - Bonne moisson pour la délégation gabonaise

Pari réussi pour les hommes d'affaires et diplomates gabonais qui viennent de terminer leur mission au Maroc. Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.