12 Septembre 2017

Congo-Brazzaville: Les pratiques opaques du Suisse Gunvor au Congo-Brazzaville

En 2006, l'entreprise Gunvor, alors implantée sur le marché russe, veut diversifier ses activités. Brazzaville est une destination attractive. Le pays est connu pour offrir des marges avantageuses.

Pour s'y implanter, Gunvor recrute à prix d'or deux intermédiaires, un Français et un Congolais, réputés proches du premier cercle du pouvoir brazzavillois.

Selon Public Eye, ces derniers utilisent plusieurs leviers dans la négociation : d'abord la proximité entre le fondateur de Gunvor et le maître du Kremlin, Vladimir Poutine. « Relativement isolé » à l'international, et « empêtré » selon public Eye « dans le problème récurrent de sa dette étatique », Brazzaville cherche de nouveaux appuis et conclut de fait dans la foulée plusieurs partenariats avec la Russie.

Transactions « douteuses »

Second levier de négociation : offrir à Brazzaville un accès facile à des liquidés. Gunvor prête au Congo 750 millions de dollars entre 2011 et 2012 en échange de futures livraisons de pétrole. Une pratique courante mais opaque. Mais ce n'est peut-être pas tout. D'où cette enquête pour blanchiment ouverte en Suisse.

Public Eye a retracé toute une série de transactions jugées « douteuses » depuis le compte en Suisse d'un des intermédiaires de Gunvor en direction de Hong Kong. A qui était destiné cet argent ? Public Eye révèle à ce propos l'existence d'une vidéo dans laquelle, selon l'ONG, un employé de Gunvor admettrait qu'une partie des commissions touchées par les intermédiaires « devaient in fine être reversées à des officiels congolais ».

Manque à gagner pour le citoyen congolais

Des marges jusqu'à quatre fois plus élevées que les normes pratiquées habituellement dans le monde. Voilà, à en croire Public Eye, ce que Gunvor a réussi à négocier dans le cadre de son accord conclu avec la société nationale de pétrole du Congo, la SNPC.

Est-ce une pratique courante à Brazzaville ou bien une exception ? Difficile à dire, déplorent les auteurs du rapport tant ce qui touche à l'exploitation du pétrole congolais est opaque. Une chose est sûre, cette décote consentie sur le prix du baril pétrole « constitue un manque à gagner » pour le citoyen congolais, l'or noir étant la principale ressource de l'Etat.

Public Eye s'interroge également sur l'utilisation de l'argent que Gunvor a prêté au Congo dans le cadre de cet accord, quelque 750 millions de dollars, gagés sur de futures livraisons de pétroles. En théorie, après avoir allégé la dette du Congo en mars 2010, le FMI avait exigé de Brazzaville que cet argent serve à développer les activités de la SNPC. Au lieu de cela, déplore Public Eye, il a été affecté à des travaux publics, coûteux et peu rentables.

Selon l'ONG Public Eye, Gunvor n'y est pas pour rien. Puisque l'entreprise a également servi d'intermédiaire avec l'entreprise brésilienne Asperbras chargée d'exécuter une partie de ces travaux. Selon Public, Eye Gunvor aurait touché 21 millions pour ce service rendu. Quant au représentant d'Asperbras au Congo, il a été mis en examen en 2016 pour corruption par le justice portugaise.

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