12 Septembre 2017

Congo-Brazzaville: Sommet de Brazza sur la Libye - Encore une rencontre de plus ?

Il s'est ouvert le 9 septembre dernier à Brazzaville, capitale du Congo, un sommet sur la crise libyenne, à l'initiative de l'Union africaine (UA). Il s'agit de la troisième réunion du Comité de haut niveau de l'Union africaine (UA) sur la Libye. Le patron de cette structure n'est autre que le président du pays hôte, Denis Sassou Nguesso.

Ce dernier a la lourde responsabilité de remettre ce grand pays africain sur ses deux pieds. A cet effet, il s'est associé les services des présidents nigérien et sud-africain.

Prennent également part à ce sommet, le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, le chef du gouvernement libyen d'union nationale, Fayez al Sarraj, un représentant de son rival le maréchal Khalifa Haftar, de même que des représentants de l'Union européenne et des Nations Unies.

Au-delà de la Libye, c'est toute l'Afrique qui fonde l'espoir que de ce sommet sortiront des mesures fortes susceptibles de mettre fin à la chienlit qui s'est invitée dans ce pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

Des entrailles du chaos libyen sont sortis des monstres à plusieurs visages

Et l'Afrique en général et les pays appartenant à l'espace sahélo-saharien en particulier en payent encore aujourd'hui les pots cassés en termes de trafics illicites, de banditisme de tous les registres et d'insécurité liée au terrorisme.

Car, ne n'oublions pas, des entrailles du chaos libyen sont sortis des monstres à plusieurs visages qui sont en train de faire très mal non seulement à ce pays, mais aussi à l'ensemble des pays du Sahel africain.

De ce point de vue, rien ne doit être ménagé pour éteindre le volcan que représente la Libye. Que l'UA décide donc de monter en première ligne pour aider un de ses membres à sortir la tête de l'eau, doit être perçu avant tout comme un devoir de solidarité et de fraternité.

Ce sommet peut aussi se décrypter comme une tribune pour l'Afrique, pour asséner ses vérités à tous les pays occidentaux qui ont pris la responsabilité, sans son onction, de venir faire le ménage chez elle.

Ce qui a irrité davantage bien des pays africains, c'est que l'Occident, après le ménage, n'a pas daigné assurer le service après-vente, livrant ainsi la Libye aux mains de tous ceux qui ne peuvent prospérer que dans la pénombre, l'anarchie, bref le non-droit.

L'autre lecture que l'on peut faire de ce sommet, est que l'Afrique digère mal le fait que certains pays occidentaux, la France et l'Italie, pour ne pas les nommer, se soient arrogé le droit d'aller de leur recette pour normaliser la situation en Libye tout en se gardant de prendre langue d'abord avec les Africains.

Ce grief est porté par les souverainistes dont le chef de file, on le sait, est le président sud-africain, Jacob Zuma. La présence de ce dernier au sommet de Brazzaville sonne comme une affirmation de cette posture.

Et le président sud-africain n'est pas le seul à défendre cette thèse. En effet, l'hôte du sommet, Denis Sassou Nguesso, tout comme le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, ne sont pas passés par quatre chemins pour déplorer et dénoncer la gestion en solitaire et, peut-on dire, dans le mépris de l'Afrique de la crise libyenne par des pays occidentaux. Et l'on n'a pas besoin de lire les propos de Sassou Nguesso et de ceux du Tchadien Moussa Faki Mahamat au second degré pour deviner quels sont les pays qui ont été mis à l'index.

L'Afrique veut désormais s'assumer à propos de la crise libyenne

Pour le président congolais, en effet, par ailleurs président du Comité de haut niveau de l'UA sur la Libye, le reproche est sans ambiguïté : « la communauté internationale ne doit pas ignorer, comme en 2011, la voix de l'Afrique sur la question libyenne », a-t-il martelé. Et on aura compris qu'il fait référence à l'intervention franco-britannique contre le régime du colonel Kadhafi. Ainsi donc, l'Afrique veut désormais s'assumer à propos de la crise libyenne.

Mais au-delà des beaux discours aux relents souverainistes, l'on peut se demander si ce sommet n'est pas encore un sommet de plus et cela, pour les raisons suivantes. D'abord, ce sommet est le troisième du genre et les deux autres qui l'ont précédé, n'ont manifestement pas atteint les objectifs escomptés.

De ce point de vue, la probabilité est grande que ce sommet qui vient de refermer ses portes, se réduise uniquement à une tribune de gesticulations et de tirades enflammées contre l'Occident qui a commis le péché originel de provoquer la chute du colonel Kadhafi.

Ce qui fonde davantage ce pessimisme, c'est que l'UA et son ancêtre l'OUA n'ont jamais réussi à éteindre un incendie qui s'est déclaré sur le sol africain.

La deuxième raison qui justifie notre scepticisme est liée au fait que derrière la crise libyenne, se cache la volonté des puissants de ce monde de mettre la main sur les énormes ressources pétrolières du pays. Tant qu'ils n'auront pas la garantie que leurs intérêts seront sauvegardés, ils n'hésiteront pas à mettre du sable dans le couscous de l'UA.

Enfin, l'on peut se demander si le choix du président Sassou Nguesso est approprié pour conduire à bon port ce fameux Comité de haut niveau de l'UA sur la Libye. Cette question est d'autant plus pertinente que Sassou Nguesso constitue lui- même un problème pour son propre pays, d'où la question suivante : Un problème peut-il aider à résoudre un autre problème ? L'avenir nous le dira.

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