12 Septembre 2017

Sénégal: Malgré la forte urbanisation, on cultive encore du mil, de l'arachide à Dakar

A la cité du Plan Jaxay, des spéculations comme l'arachide, le maïs, le niébé ont ravi la vedette aux produits maraîchers. Malgré les difficultés liées à la disponibilité de la terre, des intrants, des paysans du troisième âge gagnent des revenus intéressants. Et cela suffit à faire leur bonheur.

Seul dans son champ de deux hectares, le vieux Abdoulaye Coulibaly se repose à l'ombre, sirotant son bol de lait caillé. Il est entouré d'un couvert végétal luxuriant. Depuis 21 ans, il cohabite en « harmonie » avec quelques animaux. Serpents, gueule-tapées, écureuils se meuvent sur ce qui semble être leur habitat naturel. Ils n'empêchent pas les occupants de ces terres de poursuivre leurs activités. Mais depuis quelques années, beaucoup de choses ont changé dans la région de Dakar. Les surfaces agricoles se sont réduites à cause de la forte urbanisation favorisée par l'autoroute à péage.

Désormais, les champs sont entre quatre murs. En fait, ces cultivateurs sont établis sur une propriété de l'Asecna (l'Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar). Sur ces surfaces, on ne pratique pas le maraîchage. Ces paysans produisent, à Dakar, de l'arachide, du maïs, du niébé entre autres cultures. Ils en ont fait leur gagne-pain. « Pour chaque campagne agricole, je gagne entre 750.000 et 800.000 FCfa, sauf en cas de catastrophe naturelle. Et je vis de cet argent le reste de l'année. Je n'ai pas une autre source de revenu », confie A. Coulibaly. Son champ est dominé par des semis d'arachides. Il en tire plus de 80 % de ses revenus. Chaque année, si tout se passe bien, il peut avoir 300 sacs d'arachide qu'il vend à 2.500 ou 3.000 FCfa.

Ces champs constituent une manne financière importante pour ces agriculteurs qui, pour la plupart, viennent de quartiers assez éloignés. C'est le cas de Maguette Ndiaye qui vient de Rufisque pour entretenir son domaine. A 73 ans, seule dans son champ, elle s'efforce de désherber difficilement les mauvaises herbes. Pour elle, cela en vaut la peine, car ses enfants ne sont pas encore en mesure de lui donner ce qu'elle gagne. « J'écoule ma production de gombo au marché de Thiaroye. Je m'en sors plutôt bien. En ce moment, la culture de l'arachide n'est pas encore à terme ; j'essaie de tenir en attendant », soupire-t-elle. Mais sa production risque d'être anéantie. En plus des petits rongeurs et des oiseaux granivores, des termites se sont attaqués, cette année, aux racines des plantes et particulièrement celles de l'arachide. Les conséquences sont dramatiques. Les feuilles jaunissent et meurent malgré une pluviométrie régulière. Ces pertes sont tragiques pour ces cultivateurs qui comptent beaucoup sur la vente du produit. « Pour cette année, je ne donne pas beaucoup de mon champ. Cette situation est désolante. Pourtant, j'ai payé 250.000 FCfa à des saisonniers pour qu'ils labourent la terre », déclare A. Coulibaly, en parcourant son champ.

Plus de difficultés que les paysans des villages

Dans cette zone, le sol est plus ou moins argileux mais fertile. Toutefois, les paysans ont d'autres difficultés qui relèvent de leur position géographique. Ils sont oubliés dans la distribution d'engrais et des autres intrants agricoles du fait de la rareté, voire de l'absence de producteurs agricoles dans la capitale sénégalaise. « Je n'ai jamais eu vent de distribution de semences à Dakar. Nous sommes contraints de nous procurer les graines parce qu'en général, la décortiqueuse éclate les graines d'arachide en même temps que la coque. Le kilogramme coûte 1 200 FCfa ; c'est trop cher pour un paysan », déplore Ndiaga Diouf. Il en est de même pour les engrais chimiques. Ils estiment que 15.000 FCfa pour un sac est un prix hors de leur portée. Alors, ils utilisent le fumier que les éleveurs de bétail et de poulet leur donnent gracieusement. Les pesticides également font défaut, c'est pourquoi, souligne-t-il, les insectes gagnent du terrain. Les difficultés sont également d'ordre commercial. En effet, l'absence de coopérative de producteurs rend la vente des récoltes un peu difficile. Pour pallier cette difficulté, ils portent eux-mêmes leurs productions dans les marchés sans avoir une idée des prix.

L'autre problème est plus d'ordre sociétal. Ils peinent à nourrir leur familles de ce qu'ils produisent. « Chez moi, les enfants n'ont pas l'habitude de manger des plats de résistance à base de maïs, d'arachide ou de niébé. Alors je vends toute ma production pour satisfaire leurs caprices de citadins», raille M. Coulibaly, ancien maçon reconverti à l'agriculture. Malgré tout, le septuagénaire qui sue sous le chaud soleil trouve du plaisir dans son activité.

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