13 Septembre 2017

Tunisie: Ventre affamé n'a pas d'oreilles !

Que demandent-ils ? Rien que leur droit à l'emploi, au développement régional et à un cadre de vie digne et décent. Cela dit, des revendications anciennes-nouvelles qui semblent traîner depuis des années.

Elles figurent encore à leur ordre du jour, les scandant à répétition dans des mouvements sociaux pacifiques et chargés de plus d'un message clé. Décembre dernier, ces révoltés s'étaient déjà mobilisés, en un jour significatif célébrant à leur manière la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

Ce fut alors un grand rassemblement devant l'ARP. Quatre mois plus tard, se tenait leur congrès national, du 24 au 26 mars 2017 à Tunis, regroupant les différents mouvements sociaux régionaux, avec comme chef de file le Ftdes (Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux). Celui-ci se présente toujours en porte-voix et fervent défenseur des causes sociales. Parfois, il agit en étroite coordination avec ses partenaires droits-de-l'hommistes, à savoir l'Euromed et la Ltdh.

Coordination nationale

Jamais ces mouvements sociaux ne se sont alignés sur la même ligne droite, réunis en une seule coordination nationale solidaire et soudée. Un de ses membres, Abdlehalim Hamdi, nous a édifié sur les circonstances de son organisation. Née en septembre 2016 en marge de la 1ère session de l'université d'été, cette coordination nationale semble hors du commun. Ouverte, elle n'est soumise ni au vote ni à la sélection de sa composition. «Nous travaillons dans une logique de réseautage, tissant des liens avec des avocats et ONG locales et nationales», précise-il, faisant valoir leur soutien constant aux collègues poursuivis en justice.

D'ailleurs, tous les participants à la rencontre de Sousse s'accordent sur le fait d'y mettre du sien pour avoir gain de cause. De façon que leur pression sur le gouvernement soit bien canalisée et concertée. L'union fait la force.

Au menu des ateliers de travail, trois questions principales : techniques de négociation, mobilisation-médiatisation et défense des membres influents des mouvements dont plusieurs ont fait, ces derniers mois l'objet de poursuites judiciaires. Chargé de communication auprès du Ftdes, M. Romdhane Ben Amor s'est dit confiant dans pareille action dynamique de groupe. Pour lui, défendre ses droits, c'est militer jusqu'au bout.

Notre interlocuteur n'a pas exclu le caractère pacifique qui fédère toute démarche protestataire, la violence n'étant guère une solution. C'est que «la Déclaration de Sousse» s'est ainsi focalisée, entre autres, sur l'apport du dialogue social, un mot de passe par excellence. Son institutionnalisation est fort sollicitée par l'Ugtt, la Centrale syndicale. « Hélas, tous les gouvernements successifs post-révolution ne l'ont pas entendu de cette oreille», déplore le jeune Hamdi. De toutes les façons, a-t-il encore ajouté, ces mouvements ne vont pas céder, leur élan protestataire continuera jusqu'à la satisfaction des revendications. «Nous nous sommes, plus que jamais, attachés à nos revendications légitimes et à nos droits socioéconomiques », martèle-t-il.

Déficit de communication

L'autre message à faire passer, reprend M. Ben Amor, consiste à attirer l'attention sur la nécessité de dialoguer avec ces ayants droit, dans la mesure où gouvernement et coordination se réunissent autour de la même table. Et que les autorités locales et régionales saisissent ce message, à même de s'inscrire dans la politique « des mains tendues » dont a parlé le chef du gouvernement lors de la séance de vote de confiance tenue, lundi dernier, au Parlement suite au récent remaniement ministériel partiel.

Mais, ce remaniement sera-t-il en mesure de changer la donne et pousser les nouveaux ministres à réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué ? A ce niveau, Abdelhalim Hamdi a jugé la politique des gouvernements comme une fuite en avant, jouant les prolongations. Cela ne fait, selon lui, que perdurer la crise et aggraver la situation. «Les sit-in d'El-Kamour, la révolte du bassin minier, les protestations sporadiques des ouvriers de chantiers en témoignent », a-t-il cité à titre d'exemple.

Autant dire, la nouvelle formation constitue-t-elle, comme l'a aussi qualifiée son chef Youssef Chahed, un vrai « gouvernement de guerre » qui aura à faire face aux handicaps de la relance économique? Classé 10e depuis la révolution, ce gouvernement d'union nationale est appelé à mener à terme le combat contre le chômage et les disparités régionales, outre la corruption et le terrorisme. « Priorités qui puisent réellement dans l'essence des revendications des mouvements sociaux», analyse-t-il.

Toutefois, ce membre de ladite coordination s'est rétracté pour dire que la solution ne réside pas dans le changement des gouvernants, elle dépend, plutôt, de la manière de gouverner. « Les politiques socioéconomiques n'ont pas été dignes des ambitions des populations», renchérit-il en conclusion. Du reste, le nouveau gouvernement Chahed bis est mis à l'épreuve des attentes des mouvements sociaux et du pays en général. Car ventre affamé n'a pas d'oreilles.

Tunisie

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