12 Septembre 2017

Cote d'Ivoire: La guerre des bières dans le pays

Depuis l'arrivée en avril 2016 du groupe néerlandais Heineken qui a brisé le monopole détenu par la Solibra, la publicité pour la bière envahit les rues d'Abidjan. Et en cette rentrée, les parents d'élèves s'inquiètent.

Nous sommes ici à Yopougon, la plus grande commune de Côte d'Ivoire qui abrite une célèbre avenue dénommée rue Princesse, le temple de la joie où maquis et bars se font la concurrence. Peu avant la tombée de la nuit, des amis assis à une terrasse bavardent autour d'une bière.

Un peu plus tard, le DJ essaie ses appareils et lance la première musique.

Son maquis commence à recevoir ses premiers clients. Au nombre de ceux-ci, Gabriel et Vako, deux amis qui ce soir-là ne partageront pas la même marque de bière.

"Ma bière préférée ici en Côte d'Ivoire c'est bock, explique Gabriel. Je ne vois aucune particularité entre les bières, mais Bock depuis le Burkina j'y suis habitué".

Vako, lui, est d'un autre avis: "depuis bien longtemps, on est dans Bock. C'est la maison mère. Mais il y a une nouveauté, il faudra déguster aussi pour voir la différence entre les deux. On va déguster la nouvelle. Chacun a sa place", déclare-t-il.

Pour Vako, depuis l'arrivée de la bière Ivoire, Bock, la plus ancienne des bières sur le marché ivoirien est obligée de sortir de son mutisme pour affronter la concurrence. D'après lui, "c'est un marché, c'est un concurrent qui est là. Donc Bock est obligé de sortir de son silence et il est temps pour Solibra (NDLR: la Société des limonaderies et brasseries d'Afrique) de sortir. Parce qu'ils étaient assis, ils ne faisaient plus rien parce qu'ils avaient le monopole. Ivoire est venue imposée la loi, on voit qu'il y a désormais un concurrent. C'est un marché ouvert."

Cette concurrence oblige les deux principales brasseries du pays à se livrer à une vaste campagne de visibilité qui passe nécessairement par les maquis, bars et caves.

Ici à la rue princesse de Yopougon tous les maquis sont marqués à l'effigie des bières Ivoire ou Bock.

Jean Claude et Franck Gobou, deux gérants de maquis concurrents, nous expliquent le choix de leur partenaire.

Jean-Claude a accepté laproposition de Bock, "parce qu'il y a longtemps que je suis avec eux. Quand ils sont arrivés aussi, au niveau des gadgets et tout ce qu'ils ont promis, ils ont respecté quoi."

Franck Gobou, lui, a choisi Ivoire, "parce qu'ils s'occupent bien de nous. Nous avons signé un partenariat et nous gagnons beaucoup de gadgets à l'effigie d'Ivoire comme des frigos."

Cette campagne concurrentielle d'affichage s'étend même à proximité de certaines écoles. C'est le cas du collège André Malraux, dans la commune de Cocody, où nous avons rencontré Séraphin Dogou, président des parents d'élèves de cette école. Il est très remonté et il menace, "qu'il ne soit pas accepté qu'au nom des intérêts économiques on implante ce genre de panneaux dans les écoles où à proximité. Nous avons informé l'autorité, nous n'avons pas eu de retour. Maintenant soit nous démantelons nous-mêmes mais très vite avec le chef de l'établissement et ensemble nous allons mener une action."

Pourtant un décret interdisant les débits de boissons dans le périmètre des écoles existe bel et bien. Alors question : veut-on sacrifier les élèves ivoiriens sur l'autel de la bière en cette nouvelle rentrée scolaire?

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