14 Septembre 2017

Kenya: Motion de défiance contre le président de la Cour Suprême - On a touché le fond

Photo: Dennis Onsongo/The Nation
Le secrétaire général du Parti du jubilé, Raphael Tuju, avec d'autres dirigeants lors d'une conférence de presse au siège du parti à Nairobi.
analyse

Ce n'est un secret pour personne ! L'invalidation de la présidentielle kényane du 8 août dernier par la Cour suprême n'a pas été du goût du camp du président sortant, Uhuru Kenyatta. Visiblement ulcéré, le candidat sortant n'était pas allé avec le dos de la cuillère pour traiter « d'escrocs » les membres de ladite juridiction qui, pourtant, ont fait preuve d'une extraordinaire liberté de ton pour dire le droit. Car, (de mémoire) jamais une Cour suprême ou Conseil constitutionnel ne s'était montré à la hauteur de l'histoire, prenant de court le prince régnant.

Ce qui vaut au président de la plus haute juridiction kényane d'être voué aux gémonies par le camp présidentiel. A preuve, un député de la coalition au pouvoir, en la personne de Ngunjui Wambuju, vient de déposer une motion au parlement pour la destitution du président de la Cour suprême dont le seul pêché est d'avoir fait son travail en toute indépendance. Selon le député, l'annulation des résultats de la présidentielle relève d'une « bourde judiciaire ».

Mieux, il reproche au juge David Maraga d'avoir, dit-il, « injustement influencé certains de ses collègues ». En conséquence, il demande à la commission des Affaires judiciaires d'ouvrir une enquête sur le comportement du chef de la Cour suprême et de le licencier sans autre forme de procès.

On attend de voir la suite

On aura tout vu et entendu en Afrique. Quand un juge se montre docile, on le cloue au pilori, et lorsqu'il tente de s'affranchir, il devient l'homme à abattre. Oh, braves gens, où allons-nous ? Comment peut-on avoir des institutions fortes lorsque ceux-là même qui travaillent à les consolider, sont persécutés voire traqués tels des malpropres ?

En tout cas, par leurs agissements, le président Kenyatta et son clan ont raté le coche. Car, ils auraient dû se soumettre à la décision de la Cour suprême et travailler à faire mentir l'opinion et tous ceux qui les accusent d'avoir fraudé lors de la présidentielle, et cela en mettant un point d'honneur à remporter le scrutin du 17 octobre prochain. Et c'est peu dire !

D'ailleurs, on se demande même comment pourrait prospérer cette motion de défiance introduite contre David Maraga, quand on sait que selon la Constitution kényane, « le président de la Cour suprême ne peut être révoqué qu'en cas d'incapacité mentale ou physique, de violation de règles professionnelles, entre autres ». On attend donc de voir la suite qui sera donnée à cette affaire, le président Kenyatta lui-même ayant promis de réformer la Cour suprême s'il est réélu au soir du 17 octobre prochain.

Kenya

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