18 Septembre 2017

Togo: La semaine de tous les dangers?

Décidément, ça chauffe au Togo où le mercure politique est au plus haut. Depuis plusieurs semaines maintenant, les populations, en rogne contre le pouvoir, en appellent plus vigoureusement à un retour à la Constitution de 1992, et notamment à une limitation à deux quinquennats des mandats présidentiels ainsi qu'à un mode de scrutin à deux tours.

Le pouvoir ne l'entend toujours pas de cette oreille et c'est la rue qui tonne, chaque fois encore plus fort, pour en appeler à l'application de ce point de l'Accord politique global de 2006. Plus de dix ans déjà!

Fatigués et désabusés par toutes ces années de faux-fuyants et de subterfuges de la part du pouvoir, les Togolais ont décidé de sortir de leur torpeur et de barrer la route à la résignation. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le parti au pouvoir est vraiment ébranlé depuis la monumentale sortie des populations du 19 août dernier, orchestrée par Tikpi Salifou Atchadam, président du Parti national panafricain (PNP), qui semble avoir actionné la mécanique de restauration d'une vie démocratique acceptable au Togo. Depuis, en effet, «les chemises rouges» du Togo semblent avoir pris du poil de la bête, et l'opposition, dans son ensemble, avance en rangs serrés contre le statu quo.

Quel épisode pour ce mélodrame politique qui se joue actuellement sous nos yeux et qui génère déjà, aussi bien en sous-main que de façon ouverte, des violences et des exactions de toutes sortes pour réprimer notamment la libre expression pour le changement? Bien malin qui pourrait le dire aujourd'hui, même si les appels se multiplient à l'endroit du chef de l'Etat togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, pour qu'il lâche tout au moins du lest. Fils de son défunt père -- Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé le pays pendant trente-huit ans et à qui il a succédé --, Faure Gnassingbé ne semble pourtant pas enclin à emprunter la voie de sagesse que lui indiquent la rue et certains de ses anciens pairs.

De toute évidence, la situation qui prévaut actuellement dans ce petit pays de 56 785 km² que baigne l'océan Atlantique est des plus préoccupantes. Et inquiète au plus haut point la Conférence des évêques du Togo qui a... «jugé opportun d'organiser dans tous les diocèses, une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles». Le clergé togolais réaffirme d'ailleurs, dans une déclaration rendue publique le 14 septembre dernier, son attachement aux réformes demandées par le peuple conformément à la Constitution de 1992, «sans lesquelles il est impossible de ramener la paix et la cohésion sociale dans notre pays».

En tout état de cause, c'est une semaine pour le moins délicate qui s'ouvre pour le peuple togolais. Le collectif de l'opposition qui rassemble quatorze partis politiques issus du CAP2015, du Groupe de six, du CAR, du PNP et de Santé du peuple, à la manœuvre de la contestation populaire, invite en effet à nouveau les populations dans les rues les mercredi 20 et jeudi 21 septembre 2017. Notamment pour dire: «Non, ça suffit!» Et aussi pour «soutenir l'action des députés de l'opposition à l'Assemblée nationale qui se battent pour le retour à la Constitution du 14 octobre 1992 dans sa formulation originelle».

C'est là toute l'essence de la lutte engagée par le peuple du Togo et qui tourne déjà de plus en plus vers un combat acharné pour obtenir le départ d'un président plus que jamais continuateur de la «monarchisation du pays à travers une Constitution toute cousue, taillée sur mesure pour Faure Gnassingbé». A la veille des prochaines manifestations et au regard des violences engendrées jusque-là par les sorties de l'opposition, il faut sans aucun doute écouter les évêques du Togo qui s'inquiètent à juste raison des «répressions en cours dans notre pays ainsi que d'appels à la haine ethnique à travers les réseaux sociaux». Mais aussi «des violences exercées par les forces de l'ordre et de sécurité sur les populations dans certaines localités de notre pays», condamnant au passage «l'usage excessif de la force contre des concitoyens, parfois jusque dans leurs propres domiciles».

Tout est dit dans ces supplications cléricales, qui exhortent au surplus l'armée, en cette semaine de tous les dangers, «à adopter une attitude républicaine de neutralité en évitant toute immixtion dans le débat politique, conformément à notre Constitution». Reste à savoir si les uns et les autres écouteront davantage les sages paroles des évêques plutôt que le bruit désastreux d'une canonnade évitable.

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