18 Septembre 2017

Burkina Faso: Mobilisation anti franc CFA - Aller au-delà des actions d'éclat

analyse

Les militants anti-F CFA, répondant à l'appel de l'ONG Urgences panafricanistes, ont donné de la voix le week-end écoulé dans quelques capitales africaines. C'est dire que le lièvre levé par le panafricaniste Kemi Seba, qui avait eu l'outrecuidance de brûler à Mondo vision un billet de 5 000 F CFA, est désormais poursuivi au-delà des frontières sénégalaises.

Certains avaient cru que l'expulsion de cet activiste allait sonner le glas de la lutte. Mal leur en a pris, car cette décision semble avoir revigoré les anti-F CFA qui tentent désormais de mener un front commun contre la monnaie coloniale. L'on se demande déjà jusqu'où ira ce mouvement. La mobilisation du week-end écoulé, il faut l'avouer, n'a pas réuni grand monde. Excepté Dakar, désormais épicentre de la lutte, où moins de 500 personnes ont crié leur ras-le-bol à la monnaie « coloniale ». Dans d'autres villes, ce rassemblement frisait le ridicule.

A Ouagadougou, par exemple, ils étaient une bonne dizaine de jeunes, tous de noir vêtus qui, répondant à l'appel du Citoyen africain pour la renaissance (CAR), donnaient une voix quasi inaudible face à la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Une scène qui va probablement faire rire sous cape ceux que ces manifestants considèrent comme les valets locaux, défenseurs devant l'Eternel du franc CFA. Il faut tout même déplorer le fait que malgré cette faible mobilisation, ces manifestations ont été dispersées dans certaines capitales, comme Bamako.

Si la mobilisation n'était pas à la hauteur des attentes, cela peut se comprendre assez aisément. En vérité, le débat sur le F CFA est hautement technique. Même des intellectuels perdent leur latin face à cette question. Que dire du citoyen lambda ? Ces manifestants anti-F CFA gagneraient donc à changer le fusil d'épaule s'ils veulent parvenir à leurs fins. La lutte, telle qu'elle est menée actuellement, est loin de créer un engouement à la hauteur de l'indignation des acteurs du front anti-CFA.

Les manifestants doivent donc songer à aller au-delà des actions d'éclat, à l'image de ce manifestant dakarois qui a avalé un billet de franc CFA. Une société civile qui ferraille toute seule, il faut le reconnaître, ce n'est pas assez. Il faudra que les politiques et les spécialistes des questions monétaires opposés au F CFA s'impliquent d'avantage pour donner plus d'envergure à la lutte.

Les OSC devraient aussi trouver les moyens d'associer les chefs d'Etat anti-F CFA. L'on sait que le président tchadien Idriss Déby, tout comme son homologue, Théodoro Obiang N'guema de la Guinée équatoriale, ne portent pas particulièrement le F CFA dans leurs cœurs. Si leurs voix étaient associées à de tels appels à manifestations, l'écho du combat serait plus grand.

Depuis que le débat sur le F CFA occupe l'actualité, certains spécialistes des questions monétaires se sont prononcés. Mais ces sorties ne sont pas encore à même de peser dans la balance. Il faut une véritable complicité entre les mouvements de dénonciation et ces économistes. L'on sait par ailleurs que cette question de monnaie avait contraint nombre de dirigeants africains à manger le pissenlit par les racines.

Sylvanius Olympio, Mouammar Kadhafi, Modibo Kéita, pour ne citer que ceux-là, ont eu, par moments, à critiquer vertement le F CFA. La suite, on l'a connaît. On comprend donc la méfiance, voire la couardise de certains chefs d'Etat. Au total, le moins que l'on puisse dire, c'est que les pourfendeurs du franc CFA doivent repenser leurs stratégies une lutte plus efficace.

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