18 Septembre 2017

Afrique de l'Ouest: 72e Assemblée generale de l'ONU - Que peut en attendre le G5 Sahel ?

Photo: Premium times
Président Idriss Deby du Tchad

Aujourd'hui 19 septembre 2017, s'ouvre officiellement à New York, aux Etats-Unis d'Amérique, la 72e Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui verra le baptême du feu de son nouveau Secrétaire général, le Portugais Antonio Guterres.

Cette organisation compte pas moins de 193 Etats membres sur les 197 reconnus par l'institution. C'est dire si ce rendez-vous annuel de la quasi-totalité des dirigeants de la planète, revêt une importance capitale pour décider de la marche du monde.

Et si, comme cela est de coutume, ce sont les puissants de ce monde qui ont souvent le plus voix au chapitre, il reste que ce traditionnel rendez-vous des décideurs de la planète est aussi devenu, par la force des choses, une tribune de défoulement et d'évacuation de certaines frustrations pour des dirigeants de petites nations qui viennent parfois titiller la conscience des grands.

Ce fut le cas, par exemple, en 1984, du président burkinabè, Thomas Sankara, qui avait dressé à l'occasion, un réquisitoire incisif contre les grandes puissances. Trente-trois ans après son discours historique, il y a peu de chances que celui du présent locataire du palais de Kosyam soit aussi provocateur, mais pour sûr, il portera les préoccupations de l'heure de son peuple et sa vision du monde.

La question du nerf de la guerre est loin d'être résolue

Cette année encore, ce sont les préoccupations les plus brûlantes et les plus sensibles qui tiendront le haut du pavé des discussions.

Et sans étonnement, l'on verra les débats se focaliser sur des questions comme la situation en Syrie, les essais nucléaires avec le cas atypique de la Corée du Nord, le terrorisme international, les questions d'environnement et de réforme de l'ONU.

Mais à côté de ces préoccupations des grands de ce monde, les pays du G5 Sahel ont aussi les leurs qui se traduisent essentiellement en termes d'insécurité.

Et cette 72ème session s'ouvre au moment où ces derniers sont toujours confrontés à l'épineuse question du financement de leur force commune, à laquelle ils cherchent désespérément réponse, car cette force est censée être leur bouclier contre les attaques terroristes qui sont en passe, si ce n'est déjà fait, de leur faire perdre le sommeil ainsi qu'aux populations de cette partie de la planète.

C'est dans ce cadre qu'en prélude à cette 72ème session, une réunion spécifique de haut niveau a réuni ce 18 septembre, les présidents des cinq pays du groupe G5 Sahel appuyés par le président en exercice de l'Union africaine, le Guinéen Alpha Condé, le président français, Emmanuel Macron, le chef de la diplomatie européenne et le secrétaire général de l'ONU.

Mais la question que l'on pourrait se poser est de savoir ce que le G5 Sahel peut attendre de ce sommet.

Car, s'il ne s'agit ni plus ni moins que de montrer la pertinence de cette force qui est aujourd'hui pratiquement vitale pour le Sahélistan africain en raison de la poussée des extrémistes, il demeure que la question du nerf de la guerre qui permettrait de donner vie et d'insuffler une dynamique particulière à ce projet, est loin d'être résolue.

Surtout en raison de l'indigence même des pays concernés, qui sont loin de pouvoir répondre, à eux seuls, aux besoins financiers de la mise en place d'une force d'une telle envergure.

Dès lors, cette 72ème AG de l'institution mondiale apparaît comme une tribune de plaidoyer pour le G5 Sahel et de rabattage de bailleurs de fonds potentiels qui demandent encore à être convaincus de la nécessité de délier le cordon de la bourse.

En prêtant main forte au G5 Sahel, les Occidentaux se rendent service à eux-mêmes

Et comme, en plus des représentants de ces pays, le projet est porté par la France d'Emmanuel Macron, l'on peut s'attendre à ce que cette réunion préparatoire de la conférence des donateurs prévue pour se tenir à la mi-décembre, accouche de résultats prometteurs en termes de contribution ou d'intentions de contributions de pays tiers.

Mais la grande inconnue reste la position des Etats-Unis dont le président, Donald Trump, semble montrer peu d'enthousiasme à mettre la main à la poche.

Or, tant qu'il en sera ainsi, l'opérationnalisation de cette force risque de prendre du plomb dans l'aile, alors que Dieu seul sait s'il y a urgence à agir.

En tout cas, le harcèlement régulier des troupes régulières dans le septentrion malien et burkinabè par les mauvais garnements du sinistre Iyad Ag Ghaly et autre lugubre Ibrahim Malam Dicko, en dit long sur le calvaire des populations de cette partie de la planète et la nécessité d'aller vite en besogne.

Aussi, l'on se demande si la communauté internationale entendra le cri de détresse des présidents du G5 Sahel dont il y a de bonnes raisons de croire qu'ils sont allés à ce sommet avec beaucoup d'appréhensions, sans savoir à quelle sauce ils seraient mangés.

Tout le mal que l'on peut leur souhaiter, c'est que leur démarche ait un écho favorable et que cette force soit opérationnelle au plus vite. En effet, il est temps que les Occidentaux comprennent aussi qu'en prêtant main forte au G5 Sahel, ils se rendent service à eux-mêmes.

Car, cette partie de la planète est en passe de devenir le ventre mou de la lutte contre le terrorisme dans le monde, qui requiert pourtant, pour plus d'efficacité, de ne laisser aucun répit aux terroristes, où qu'ils se trouvent.

En tout état de cause, après près de trois quarts de siècle d'existence, l'ONU doit aussi songer à opérer sa mue. Dès lors, la question de sa réforme s'avère aussi d'une nécessité irréfutable, car les temps ont changé et les défis aussi.

Et si l'utilité de l'ONU ne fait pas aujourd'hui l'ombre d'un doute, il est grand temps de repenser son fonctionnement. Car, en ce XXIe siècle, le destin de la planète ne peut pas continuer à être tenu par un groupe de cinq pays qui ont les pouvoirs les plus étendus, pendant que les autres évoluent quasiment en complément d'effectifs.

Et il est quelque peu affligeant de voir comment cette institution pêche parfois par manque de poigne ou montre des signes de faiblesse voire d'impuissance devant certaines situations de crise, comme ce fut par exemple le cas au Burundi. Le monde évolue, l'ONU doit aussi évoluer avec le temps.

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