19 Septembre 2017

Ile Maurice: Lindley Couronne - «Nous allons créer une commission contre le trafic humain»

interview

La police a récemment arrêté plusieurs étrangers en situation irrégulière. Combien sont-ils et pourquoi ciblent-ils l'île ? Quid de leurs droits ? Constat avec Lindley Couronne.

Des ressortissants étrangers clandestins ont été arrêtés. Comment réagissez-vous face à cela ?

Je les appelle des travailleurs migrants. En tant que défenseur des droits humains, je constate un fait. Avec la globalisation durant ces 30 à 40 dernières années, on ne pourra éviter les travailleurs migrants.

Pourquoi ?

À Maurice seulement, je pense qu'il y a environ un millier d'étrangers qui sont des sans-papiers. Moi, je suis la dernière personne à être choquée car ce sont des migrants économiques. Que vous le vouliez ou pas, que vous l'aimiez ou pas, on continuera à en avoir dans tous les coins du monde.

Qu'est-ce qui pousse ces étrangers à venir clandestinement à Maurice ?

Maurice est un pays à revenu intermédiaire maintenant. C'est un pays africain «riche». Et c'est évident que si les gens obtiennent du travail plus facilement, ils vont y venir. On ne pourra pas empêcher cela. Par contre, ce qu'on doit faire et ce que l'État mauricien doit faire, c'est être au courant du problème de trafic humain.

Beaucoup de personnes sont victimes de traite humaine. Elles viennent avec de faux papiers, souvent fournis par des trafiquants. Pour moi, les travailleurs migrants en situation irrégulière font partie d'une catégorie qui doit être protégée au même titre que les femmes, enfants et personnes handicapées. Je suis triste que le gouvernement mauricien n'ait pas signé la Convention des travailleurs migrants pour la protection de leurs droits et de leur famille.

Pourquoi Maurice n'a pas ratifié cet accord ?

Pour être honnête, c'est une convention signée en 1990 et en vigueur depuis 2003. Ce qui indique qu'elle n'a pas été ratifiée facilement. Un tiers des membres de l'Organisation des Nations unies, donc une quarantaine de pays, dont le Danemark et la Scandinavie, l'ont signée. Cette convention contraignante donne aux travailleurs migrants et à leur famille des droits.

Ces droits incluent la conservation de leurs papiers d'identité, ce qui n'est pas le cas dans la pratique. Il y a aussi le droit de ne pas être exploité, d'avoir de bonnes conditions, d'avoir un logement et un niveau de vie adéquat. Si vous posez la question à nos hommes politiques, ils vous répondront que Maurice ne peut accueillir toute la misère de l'Afrique. Il y a un réflexe de protection des frontières.

Existe-t-il des solutions ?

À Dis-moi, en fait, nous avons des commissions correspondant aux droits humains pour les femmes, enfants, personnes handicapées, etc. Dans un à deux mois, nous allons créer une commission contre le trafic humain. Elle s'appellera Trafic humain ou Travailleurs migrants et nous y évoquerons cette problématique. Cela m'afflige parce que nous sommes un pays de travailleurs migrants qui sont venus des quatre coins du monde.

Je ne pense pas que nous avons une grande considération pour les travailleurs migrants à Maurice. Nous les regardons avec indifférence. Ce que Dis-moi demandera, avec la mise sur pied de cette commission, c'est que l'État mauricien garantisse les droits humains des travailleurs migrants en situation régulière et irrégulière. Et ce, en mettant sur pied des mécanismes de surveillance pour que leurs droits soient protégés lors des opérations de contrôle des migrations et en renforçant les lois contre le trafic humain.

Pouvez-vous préciser ?

Dis-moi n'encourage pas la migration clandestine. On demande tout simplement de garantir les droits humains. Comme nous n'avons pas signé cette convention, nous les traitons de manière légère, inacceptable et révoltante parfois. Je ne trouve pas qu'il y a eu un ministre du Travail, durant les 20 dernières années, qui a traité ces personnes-là d'une façon humaine. Je pense que notre population est «complice» aussi. Ce n'est pas un problème pour les gouvernements en place.

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