19 Septembre 2017

Congo-Kinshasa: Invalidation des passeports semi-biométriques - L'indignation s'amplifie

Les réactions d'indignation fusent de partout à la suite de la décision du ministère des Affaires étrangères portant l'invalidation des passeports semi-biométriques à partir du 16 octobre prochain.

Député g7, christian mwando : « en prenant une telle mesure, le gouvernement se montre prédateur et il prend le peuple congolais comme son centre commercial. Cette décision n'a rien de rationnelle et de légale. C'est juste une décision destinée à renflouer les poches du ministère des affaires étrangères. Le vice-ministre qui a annoncé cette nouvelle n'a aucun sens de l'Etat et cherche à appauvrir davantage le peuple congolais. Les congolais doivent faire bloc pour faire échouer cette mesure ».

Membre du Rassemblement et président du Mouvement de Solidarité pour le changement, Laurent Batumona : « Je dénonce la politique de prédation de la population. Déjà pour obtenir le passeport, vous devez faire plus d'une semaine par rapport aux démarches. Vous devez gaspiller l'argent en informel et en officiel. Le gouvernement a tort et risque de provoquer une crise sociale avec cette mesure. La décision doit être annulée ».

Dans la foulée, la décision du gouvernement ne convainc pas jusque dans son propre camp. Y compris les anciens ministres qui connaissent la maison. C'est le cas d'Yves Kisombe, ancien vice-ministre aux Affaires étrangères et cadre de la Majorité présidentielle. « Je demande au vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de mon pays de retirer cette mesure illégale et impopulaire », a écrit l'ancien vice-ministre sur sa page Facebook.

Alain Lubamba, député national et vice-président de la Commission chargée des Relations extérieures : « L'invalidation des passeports semi-biométriques est une décision lourde de conséquences. Les Congolais détenteurs de passeports semi-biométriques auront difficiles à circuler à travers le monde. Celui qui a un projet de voyage ne peut plus solliciter de visas auprès de certaines chancelleries par le fait que le document principal de voyage n'a plus qu'une durée de vie de 1 mois. Celui qui a déjà son visa et prêt à voyager ne peut pas entrer dans les pays qui exigent un passeport d'une validité d'au moins 6 mois ou 3 mois. Celui qui a déjà un visa de plusieurs mois ou années dans son passeport pourra tomber caduque. Il devra à nouveau mobiliser les moyens financiers, temporels et psychologiques pour solliciter un nouveau visa.

La capacité d'émission des passeports par le ministère des Affaires étrangères étant de 1000 documents par mois, la forte demande que va provoquer cette décision chaotique engendrera, d'une part, en cette période politiquement et socialement tendue, des attroupements ou rassemblements des masses au ministère des Affaires étrangères, un environnement où la République dispose d'institutions stratégiques et, d'autre part, des désordres et tentatives de corruption au ministère pour l'obtention en urgence du nouveau passeport. Nos 85 missions diplomatiques dans le monde, déjà en difficulté pour servir nos sœurs et frères congolais de la diaspora à cause de la faiblesse liée à la capacité opérationnelle du ministères des Affaires étrangères et Coopération internationale avec des retards d'octroi des passeports qui remontent à 6 mois ou plus, auront du mal à gérer nos communautés.

Ici, il est important de noter que ce retard devenu chronique a déjà créé plusieurs dégâts sur les plans professionnels et de l'état-civil dans la vie de certains Congolais de l'étranger. Les Congolais de la diaspora qui ont le projet de faire un court séjour au pays verront leur retour bloqué parce que le ministère des Affaires étrangères ne sera pas capable de livrer les passeports dans un délai de 3 à 4 jours. Face aux conséquences du retrait des passeports aux postes frontaliers du pays, la Direction générale de migration (DGM) sera envahie et, par la suite, obligée de capituler.

En conclusion, le besoin d'uniformisation du document de voyage surtout que les Congolais adultes ont déjà leurs cartes d'électeur, et qu'en plus, la Céni va dans les prochains jours commencer l'enrôlement des Congolais de l'étranger qui tiennent tous à participer à la prochaine élection présidentielle ne peut justifier le désordre que le communiqué du vice-ministre des Affaires étrangères va créer à moins de vouloir apporter de l'eau au moulin de certaines personnes sur le terrain politique. Je demande donc, à monsieur le vice-ministre d'annuler tout simplement cette mesure ».

Pour exprimer son indignation, l'ONG de défense des droits de l'Homme « Justicia Asbl » a écrit une lettre ouverte adressée au ministre des Affaires étrangères. Dans ce document, le chargé des droits civils et politiques de l'ONG, Me Jonas Mulumba, estime que cette mesure prive les Congolais détenteurs de passeports semi-biométriques en cours de validité de « leurs droits liés à la liberté de circulation et de mouvement ». « Rien ne justifie l'empressement des autorités congolaises qui veulent contraindre les citoyens à se procurer d'autres passeports en recourant à la saisie forcée à l'aéroport des passeports semi-biométriques valides. M. She Okitundu doit respecter le principe de la continuité de l'Etat en s'inscrivant dans la logique de son prédécesseur Raymond Tshibanda qui avait promis que les détenteurs d'anciens passeports allaient les garder jusqu'à leur expiration avant de se procurer le nouveau modèle », a-t-il déclaré.

Jonas Tshiombela, coordonnateur de la Nouvelle Société civile congolaise : « le gouvernement devra revoir cette mesure, car les Congolais n'ont pas suffisamment été sensibilisé à cette question. Le gouvernement devra reconsidérer sa mesure, procéder d'abord à la sensibilisation de la population. Le moment n'est pas bien indiqué vu la détérioration du pouvoir d'achat de la communauté nationale ».

Me Jean-Claude Katende, président de l'Asadho, a, sur sa page Facebook, annoncé l'existence d'une pétition pour le retrait de la décision d'invalidation des passeports semi-biométriques.

Selon sa réflexion, dans une République où les dirigeants ont du respect pour le peuple, la vente de passeports n'est pas un commerce mais un service public que l'Etat rend aux citoyens pour leur faciliter le déplacement. « Mais en République démocratique du Congo, la vente de passeport est devenue un véritable commerce où des dirigeants véreux s'enrichissent sur le dos de la population qui vit déjà dans une misère indescriptible. La RDC est un véritable État prédateur », a souligné le président de l'Asadho.

Et de poursuivre : « le Congo n'est pas une vache laitière des uns pendant que les autres souffrent. J'appelle tous les députés nationaux d'interpeler le vice-ministre des Affaires étrangères et de lui demander d'arrêter sa blague. J'appelle tous les Congolais concernés ou non concernés par cette question du passeport de se joindre aux actions que la Société civile va lancer pour arrêter cette prédation du pays. L'Asadho et les autres organisations de la Société civile lancent une pétition qui circule et qui peut être signée en ligne. Les Congolais peuvent la signer pour pousser le gouvernement à retirer cette décision ».

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