19 Septembre 2017

Tunisie: Stars d'ici, stars d'ailleurs - Quelles priorités ?

Majda Erroumi pour la fête de l'Indépendance, Ragheb Alama (déjà convié à «Carthage», et en hôtel privé à Sousse à 1.200 d la table !!) pour l'anniversaire de «la sécurité présidentielle», puis Nour Mhanna à la fête de la femme, Wael Jassar à «Aïd el harass», et pour clore le «cycle», Hissin Eddik, il y a quelques jours, en final du «festival de la culture», sous l'égide même du ministère : la liste est longue, trop longue. Et les artistes locaux se montrent franchement vexés.

Le Syndicat des musiciens, Mokdad Shili y compris (malgré ses récents bons rapports avec la tutelle), ont d'abord réagi. Le «symbole» leur déplaisait surtout. Pourquoi des vedettes étrangères pour célébrer des fêtes nationales ? Les organisateurs (on le sait) ont laissé entendre que, «malheureusement, c'est une affaire de sous». Les stars orientales font de plus en plus d'entrées. Les nôtres, hélas (à la seule exception d'Ezziara), en drainent de moins en moins.

Or voilà que, un à un, nos artistes ripostent. Et avec force arguments.

Le premier, de pur bon sens, est que contrairement à ce qui est clamé à chaque fois, ces concerts de stars arabes sont financièrement perdants. Les recettes qui vont aux institutions organisatrices sont, certes, à gros montants. Mais elles sont en dinars, alors que les cachets payés sont en devises. Avec les taux actuels, le pays y perd deux à trois fois plus. Une grande voix de la place s'interroge : «Les bénéfices de simples agents de galas seraient-ils plus importants que les intérêts de change de toute la BCT ?» Y'a-t-il une réponse à ça ?

Second argument. Le choix des affiches se fait-il, aussi, sur des critères artistiques ? Un «promoteur» nouveau admettait l'autre soir sur «Nessma» que «ce n'est absolument plus le cas». Ce sont ceux «qui fonctionnent sur youtube qui passent en premier» a-t-il dit. Les autres restent en marge, «fussent-ils de meilleure qualité». Le «promoteur»(ou critique) nouveau parlait, en plus, en «toute quiétude». Ainsi va le monde, aura-t-on compris. Le monde des intermédiaires, des agents courtiers du marché des spectacles peut-être. Mais le nôtre, celui qui à plus de ses deux tiers est dépendant des subsides et des choix de l'Etat, se peut-il qu'il «lâche prise» ainsi, en un «tour de main», sans se soucier de distinguer entre art et commerce, sans réfléchir sur les priorités premières d'un pays dont le seul vrai capital est le capital de la culture et de l'éducation : l'unique capital humain ?

Qu'est-ce donc, pardi, que cette quiétude affichée, assumée devant la prétendue «superpuissance» des mass-médias et de leurs supposées «infaillibles» technologies ? Qu'est-ce donc que ces nouveaux «poncifs mécaniques» qui semblent nés pour immobiliser les intelligences et libérer la voie aux outrances de l'argent ? Facebook, twitter, instagram, com, youtube, etc., des mots courts, quasi onomatopées, qui claquent comme pour bloquer toute parole, toute velléité de pensée. La simple logique se casse : ça existe, donc c'est. Pas même lire, sentir, pas même s'en douter : youtube a exhibé ses chiffres. Fin de chapitre. L'animateur le plus «capé», aujourd'hui, en Tunisie compte les «clics», les «vues», et puis plus de réponse possible. Qu'est-ce donc que cette impuissance ? Qu'est-ce donc que cette résignation ?

On oubliera, peut-être, ce curieux intermède de l'été 2017. On fera probablement moins de concessions aux stars arabes, à leurs agents (locaux !) et à leurs courtiers. Mais il restera le plus dur à faire : ne plus laisser nos théâtres et nos festivals publics agir pratiquement de la même façon. Le nouveau directeur de «Carthage» a scrupuleusement évité le pire cette année : il n'a pas tout dit. Mais on sait qu'en «coulisses» il a proprement «tout mis à nu». Dont, surtout, qu'un festival international de cette envergure et de ce prestige ne peut plus être «géré» à la manière des agents et des courtiers. Et qu'il faudra tout remettre à plat, afin qu'à la culture et aux arts, seuls, revienne enfin le dernier mot. La tutelle (cette tutelle) suivra-t-elle ? Un avis : pas évident

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