19 Septembre 2017

Sénégal: Oulimata Sène, une éducatrice aux doigts de fée

Elle ne s'en cache pas, elle aime l'art. Pas pour le beau encore mois pour l'argent, mais bien pour l'expression de ses sentiments.

Une scie à métaux, une bouteille de vernis, des planches de bois. Ce n'est pas un atelier de menuiserie, mais bien chez Oulimata Sène. Il ne lui suffit pas d'aimer l'art tout simplement, elle est de plain-pied dans sa passion. Elle la vit. Assise sur un divan, elle découpe doucement des courges sèches pour en faire un tableau d'art. Jetant des regards furtifs au travers de ses correcteurs comme mère-grand, elle théorise le tableau avec toujours un sourire gratuit qui ne la déconcentre point. De ses mains soyeuses teintes au henné, elle fait attention à ne pas écraser les petits légumes déshydratés. Ce sont les ingrédients principaux du chef-d'œuvre qu'elle concocte.

L'art est plus qu'une occupation légère et agréable : c'est son exutoire, l'extériorisation de son for intérieur. Ses figurations vont des humains aux animaux en passant par les objets. Plus de deux heures après avoir commencé l'œuvre, la voilà qu'elle a fini son entreprise. Elle a représenté deux cases, un palmier, deux canaris au sol, et le soleil. « C'est la représentation d'un village de la Petite-Côte. Je suis sérère et je suis fière de l'être. Par ce tableau, je me replonge dans l'environnement naturel de mes ancêtres », explique-t-elle. Le tableau d'un retour au pays natal.

L'art et son homme

De sa tendre enfance à son statut actuel de mère, elle n'a jamais cessé d'être artiste. Ayant grandi sous l'ombre protecteur d'un cocotier, elle s'amusait, dans la cour familiale, à former des sortes de ressort et des balais avec les feuilles d'arbre. Ces objets lui servaient de jouets. Aujourd'hui, Ta Ouly, comme l'appellent ses amis les enfants, continue de faire dans la dentelle. Elle aime les petits trucs faits avec délicatesse. Avec de la toile de jute, elle fait des chaussures et des sacoches. Avec des calendriers en carton, elle fait des boites à bijoux et des trousseaux en wax.

La couture et la teinture sont pour elle un jeu d'enfant. « Mes sœurs me ressassent tout le temps que j'ai toujours des caractéristiques spécifiques à l'enfance. Mais leur discours n'a aucun effet sur l'amour que j'ai pour l'art», se défend-elle. Pour elle, il n'y a point d'activité qui puisse la rendre aussi heureuse. Mais de toute façon, pour elle tout est art ; même éduquer un enfant.

Elle ne fait pas de dichotomie radicale entre l'art et son métier. Au contraire, c'est sa plus value. A l'école, elle initie les tout-petits à des activités techniques et manuelles (ATM). L'artiste sait mettre sa créativité et son abnégation au service de l'enfance. Toutefois, elle évite, autant que faire se peut, de mener des activités artistiques personnelles en parallèle avec son travail par souci de professionnalisme. « Je ne veux pas que pas passion pour l'art impacte négativement sur mon métier », soutient-elle. Beaucoup de gens lui conseillent de consacrer un peu à la production en série et à la commercialisation. Hésitante, elle tarde à se lancer. Bien que parfois son entourage lui achète une robe, mais jamais un tableau.

Ta Ouly sait pertinemment que le marché sénégalais n'est pas tout à fait disposé à se procurer des œuvres d'art de ce type. Par contre, elle sait qu'ils aiment bien les cadeaux. Pourtant, elle a dû moyennant quelque somme d'argent pour participer à des ateliers de formation. Elle vit son art mais n'en vit pas. « L'art n'est pas mongagne-pain. En général, je fais des œuvres pour ensuite les offrir à mes proches», précise-t-elle. Toutefois, cela lui permet tout de même de faire des rencontres et de s'ouvrir aux autres.

L'artiste Ta Ouly a plusieurs cordes à son arc. Elle chante et danse aux rythmes des cantates des cérémonies d'initiation des garçons et de l'endiablé « lembeulou dance hall ». Un show qu'elle offre d'ailleurs à ses voisins qui se prélassent à la terrasse alors que le soleil s'enfonce à l'horizon. Une sorte de vernissage de l'œuvre qu'elle leur présente par la même occasion.

Sénégal

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