19 Septembre 2017

Togo: Réforme constitutionnelle - Voie référendaire, voie incendiaire

Photo: Togonews
Photo d'archives

Finalement, c'est au peuple d'arbitrer le litige politique qui agite depuis plusieurs semaines la classe politique togolaise. Dans l'absolu, en bonne démocratie, ça ne devrait pas poser problème. Ne dit-on pas d'ailleurs que « la voix du peuple est la voix de Dieu » pour montrer l'importance de la consultation populaire dans le régime démocratique ?

Mais en l'espèce, sommes-nous dans une bonne démocratie ?

Après plusieurs reports qui sonnaient comme une manœuvre dilatoire de la part d'un pouvoir qui ne savait pas par quel bout prendre le dossier brûlant, le projet de loi sur la réforme constitutionnelle au Togo a été enfin examiné hier mardi 19 septembre.

« Examiné » est en fait un bien grand mot, ou si ce fut le cas, ça l'a été en l'absence de l'opposition qui a, une fois de plus, claqué la porte pour ne pas avoir à cautionner la forfaiture en marche.

Du coup, au lieu de la majorité des trois quarts des voix nécessaire pour l'adoption par voie parlementaire, le texte a été approuvé par seulement deux tiers des députés, d'où le recours à l'arbitrage définitif du peuple.

Qui sait si, in fine, ce n'est pas ce que Faure et ses hommes souhaitaient et espéraient pour mieux faire pièce aux revendications de l'opposition ?

L'argument est bien connu : puisqu'on ne parvient pas à s'entendre, on va en référer au bon peuple, dépositaire de la légitimité politique, en sachant pertinemment que dans une « démocratie » comme le Togo, on a toujours les moyens de pervertir le choix du peuple.

Mais une chose est de vouloir aller aux urnes et une autre est de pouvoir y arriver, car la voie référendaire, c'est aussi la voie incendiaire, voire suicidaire, que le pouvoir a choisie puisque la bagarre qui a lieu depuis dans la rue va s'intensifier et se durcir.

Et à ce petit jeu, on a bien peur que la majorité présidentielle parte perdante, sauf à sombrer dans une répression sanglante qui aggravera son cas.

Ces derniers temps, on l'a vu, l'opposition s'est tapé une cure de jouvence avec le quinquagénaire Tikpi Atchadam, leader du PNP, l'homme par qui les ennuis de Faure ont commencé.

Il est parvenu à remettre au goût du jour le ressentiment de ses concitoyens contre le pouvoir dynastique des Gnassingbé et à montrer à quel point il savait utiliser le langage de la rue pour pallier un dialogue démocratique défaillant.

Et toute l'opposition semble prête à en payer le prix, elle qui est décidée à ne pas accorder le moindre répit. En atteste le maintien de sa manifestation aujourd'hui et demain jeudi.

Les jours à venir s'annoncent donc décisifs pour l'avenir du pays avec la sortie des évêques, pain bénit pour Fabre et Cie, qui ont clairement appelé à des réformes conformes à la Constitution de 1992.

Mais on sait que les prêches des cassandres sonnent comme de l'hérésie auprès des princes égarés par le rêve de règne ad vitam aeternam.

On ne le répétera jamais assez, si « l'Enfant terrible » de Ziniaré avait écouté le catéchisme des évêques du Burkina, il n'aurait pas pris le chemin de l'exil.

Le problème togolais reste donc entier, et c'est peut-être très tôt de dire que le glas a sonné pour la majorité présidentielle même si elle est déjà dos au mur. Mais la moindre fausse manœuvre de la part de Faure pourrait lui faire perdre le contrôle du navire, actuellement en proie à la tempête.

Peut-être faudra-t-il que le chef de l'Etat togolais aille consulter son mentor Blaise Compaoré, qui avait voulu ruser de la même façon avec son projet de modification de l'article 37 avant que le peuple lui fasse savoir de manière subite et violente qu'il ne voulait pas être consulté.

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