19 Septembre 2017

Togo: Marches et contremarches autour du projet de révision constitutionnelle - Le Togo à la croisée des chemins

Au Togo, l'actualité est marquée par l'examen du projet de révision constitutionnelle à l'Assemblée nationale, sur fond de marches et de contremarches. En effet, alors que les débats s'ouvraient, le 19 septembre dernier à l'hémicycle sur le texte proposé par le gouvernement, les députés de l'opposition, qui ont vu tous leurs amendements rejetés en commission, optaient pour la politique de la chaise vide tout en maintenant leur appel à manifester ces 20 et 21 septembre.

Est-ce la meilleure stratégie en pareille situation ? Rien n'est moins sûr. D'autant plus que cette stratégie a, plus d'une fois, montré ses limites, et l'on pouvait craindre que ce soit pain bénit pour le parti au pouvoir pour faire passer son projet comme une lettre à la poste.

Quoi qu'il en soit, l'on apprendra dans la foulée que le parti au pouvoir a aussi décidé d'appeler ses militants à descendre dans la rue aux mêmes dates, pour manifester leur soutien audit projet de loi.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Togo est aujourd'hui à la croisée des chemins. Et bien malin qui saurait prédire l'issue du bras de fer, tant les positions semblent tranchées entre une opposition désabusée et une majorité qui s'accroche avec l'énergie du désespoir à ses privilèges, et qui n'a trouvé d'autre alternative que de déplacer le débat dans la rue. Mais à ce jeu de muscles où les Togolais jouent à se faire peur, l'on ne peut manquer de souligner

l'irresponsabilité de la majorité au pouvoir qui semble bien décidée à aller au clash, en demandant une fois de plus à ses militants de descendre dans la rue aux mêmes dates que ceux de l'opposition. Pourtant, l'on se souvient qu'il y a seulement quelques jours, l'opposition avait eu la sagesse de reporter ses manifestations pour laisser le champ libre aux militants de L'UNIR.

En voulant trop gagner, Faure pourrait tout perdre

Cela dit, l'on peut voir dans cette attitude de la majorité, une volonté de ne pas laisser tout le terrain de la rue à la seule opposition. Histoire de prouver qu'elle a aussi du monde derrière elle et que ce n'est pas tout le peuple togolais qui veut le départ du président Faure.

Mais en agissant de la sorte, elle fait non seulement montre d'un manque de sérénité, mais elle donne aussi le sentiment d'être acculée et à bout d'arguments au point de vouloir dresser les populations les unes contre les autres. Cela n'est pas en son honneur.

Encore moins en celle du président Faure qui est aujourd'hui au cœur de la fracture de son peuple pour lequel il est en train de dresser, sciemment ou inconsciemment le bûcher, afin de se maintenir au pouvoir. Or, il a encore toutes les cartes en main pour entrer dans l'histoire en prêtant une oreille attentive aux revendications de son peuple.

En tout cas, à défaut d'avoir la grandeur d'âme d'un Nelson Mandela qui a su se contenter d'un seul mandat alors qu'un second lui tendait les bras, ou la lucidité d'un Eduardo Dos Santos d'Angola qui a senti les choses venir et s'est retiré à temps, Faure aurait pu s'inspirer de l'exemple de Mathieu Kérékou qui a su reculer pour mieux revenir aux affaires au Bénin, avec la bénédiction et sous les acclamations de son peuple.

Mais tout porte à croire que l'homme fort de Lomé a choisi d'avancer avec des œillères en comptant sur des sous-fifres pour faire le sale boulot de son maintien à sa place.

Et l'Assemblée nationale n'est visiblement qu'une étape, en attendant le référendum qui pointe déjà à l'horizon et semble être sa dernière carte pour se maintenir au pouvoir, dans un pays où la transparence des scrutins a toujours été sujette à caution.

En effet, avec le retrait des députés de l'opposition, la majorité requise des 4/5e pour l'adoption du projet de loi a fait défaut à la majorité qui n'a pu adopter le projet de loi qu'à la majorité des 2/3, ouvrant ainsi la voie au référendum.

Peut-être était-ce l'objectif recherché par le pouvoir qui n'a jamais été aussi acculé et qui cherche visiblement à desserrer l'étau d'un adversaire qui continue à faire planer l'épée de Damoclès de la rue sur sa tête. Mais en voulant trop gagner, Faure pourrait tout perdre.

Car, en tirant trop sur la corde, le risque est grand qu'il ne termine pas son mandat. Comme on l'a vu au Burkina Faso voisin, avec son ex-mentor, Blaise Compaoré. Ne pas le comprendre serait faire preuve d'une véritable myopie politique.

En tout état de cause, il n'est pas encore tard pour le président Faure de prendre la bonne décision. Celle d'entendre enfin les supplications de son peuple. Toute autre velléité de pouvoir à vie équivaudrait à ramer à contre-courant de l'histoire.

L'ère ne s'y prête pas, l'environnement sous-régional où il ne peut même pas compter sur le soutien affiché de ses pairs, encore moins.

En outre, il serait bien avisé de ne pas négliger, encore moins sous-estimer la mobilisation extraordinaire de ses compatriotes qui crient depuis un certain temps leur ras-le-bol, mobilisation qui pourrait se transformer à tout moment en une déferlante ravageuse. Comme dit le proverbe, « un homme averti en vaut deux ». Faure est prévenu. Il lui appartient de ne pas se mettre du mauvais côté de l'histoire.

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