20 Septembre 2017

Burkina Faso: Crise togolaise - Scénario burkinabè à Lomé

On ne sait pas si l'épilogue sera le même, mais la crise qui est en train de se nouer au Togo a une furieuse ressemblance avec ce qui s'est passé au Burkina il y a trois ans. Les raisons ne sont pourtant pas les mêmes.

Au pays des hommes intègres, il s'agissait pour un président qui avait déjà passé plus d'un quart de siècle au pouvoir de déverrouiller l'article 37 de la Constitution pour régner ad vitam aeternam. On sait ce qu'il est advenu de cette volonté les 30 et 31 octobre 2014.

Au Togo, c'est tout le contraire et on devrait même s'en réjouir, puisqu'il s'agit d'introduire une clause limitative du nombre de mandats à deux tout au plus et d'instaurer un scrutin à deux tours à la présidentielle au lieu du « coup K.-O. » actuellement en vigueur.

Mais qu'il s'agisse du tripatouillage façon Blaise Compaoré ou de la réforme a priori vertueuse de Faure Gnassingbé, les effets seront les mêmes puisque le présent projet de révision constitutionnelle devrait permettre au président togolais de se refaire une virginité politique et de repartir gaillardement pour un bonus de 10 ans à l'issue de son mandat actuel, qui expire en 2020.

La ressemblance avec le précédent burkinabè, on en a encore eu un aperçu hier lorsque les deux camps ont battu le pavé pour défendre leurs causes respectives et tenter un maximum de soutiens.

A la manifestation d'une dizaine de partis de l'opposition menés par le PNP de Tikpi Atchadam et l'ANC de Jean-Pierre Fabre a répondu la contre-manif des partisans du pouvoir et de sa réforme constitutionnelle.

C'est donc à qui mobilisera le plus, comme ce fut le cas au Burkina où aux rassemblements monstres des opposants à la modification de l'article 37 répondaient invariablement celles de la majorité présidentielle. On a ainsi battu le pavé à Ouaga et dans les autres villes avant de remplir les stades recto verso et même avec intercalaires.

Ce sont les prémices de tels face-à-face tendus que l'on a observés hier au Togo, où l'impossible dialogue parlementaire a définitivement quitté l'enceinte de l'hémicycle pour prendre ses quartiers à Lomé, Sokodé ou Bafilo.

Difficile, pour l'instant, de dire jusqu'où ira ce bras de fer lourd de tant de dangers. Mais on ne voit pas trop comment il pourrait ne pas se durcir et dégénérer dans un pays qui commence à compter ses morts.

Déjà lors des manifestations du 19 août, 2 manifestants (7 selon les opposants) avaient été tués. Hier encore on déplorait la mort d'un enfant ainsi qu'une vingtaine de blessés.

Mais si cette mare de sang qui sépare les deux camps devait grossir au fil des échauffourées, elle rendrait plus insoluble un différend politique qui semble déjà inextricable.

Sans doute qu'en multipliant les manifestations de rue dans un contexte passablement délétère l'opposition veut pousser à la faute un pouvoir qui n'aura pas d'autre choix que celui de la répression.

Reste à savoir si Fabre et les siens seront suffisamment armés pour une guerre d'usure au cours de laquelle le plus dur sera de ne pas céder au découragement et de maintenir vive la flamme de la contestation.

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