20 Septembre 2017

Kenya: Menaces contre la Cour suprême - David Maraga ne doit pas céder à l'intimidation

Les partisans du président Uhuru Kenyatta sont remontés contre la Cour suprême, depuis que celle-ci a pris la décision d'invalider les résultats de la présidentielle kényane du 8 août dernier. L'institution, on se rappelle, avait motivé son jugement en se fondant sur les « irrégularités » décelées pendant la transmission des résultats.

Depuis lors, il ne se passe pas un seul jour sans que les membres de la structure que dirige David Maraga soient traités de tous les noms d'oiseaux.

Le bal du dénigrement et des menaces groupées contre la Cour suprême avaient été ouvert par Uhuru Kenyatta himself. Celui-ci, en effet, n'avait pas hésité à l'époque à qualifier les juges « d'escrocs ». Mieux, il avait fermement promis de sévir contre eux.

Naturellement, ses partisans se sont engouffrés dans la brèche ouverte par leur mentor pour se répandre en insanités et en menaces contre les juges.

Rien que le mardi 19 septembre dernier, des manifestations à l'encontre de ladite Cour ont éclaté à Nairobi et dans le centre du pays, fief de Uhuru Kenyatta.

Les propos entendus à cette occasion, ne permettent pas d'être optimiste quant à la suite des événements. Extraits : « Vous avez volé notre victoire, recomptez les votes ».

Tout indique que le pire pourrait être à venir

Les réseaux sociaux se sont également invités à l'exercice de diabolisation des juges. Celui d'entre eux à qui les écorchés vifs promettent la guillotine le plus, est incontestablement le patron de la Cour, David Maraga. Ces menaces sont à prendre au sérieux. D'autant plus que le Kenya semble avoir dans ses gènes, la violence dans ses pratiques politiques.

On se souvient encore, avec frisson, des pertes en vies humaines liées à la contestation postélectorale de 2005. Et des violences de cette nature se sont reproduites à l'occasion de la présidentielle dont les résultats viennent d'être invalidés. Et tout indique que le pire pourrait être à venir.

En effet, la Cour suprême malgré les menaces, est restée droite dans ses bottes. Hier, 20 septembre, les Grands juges ont détaillé les raisons pour lesquelles ils avaient décidé, le 1er septembre dernier, d'invalider la réélection du président sortant, Uhuru Kenyatta, et ordonné la tenue d'une nouvelle élection.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la structure chargée d'organiser les élections, l'IEBC, en a eu pour son grade.

La vice-présidente de la Cour suprême, Philomena Mwilu, a pointé du doigt ce qu'elle qualifie de « révélations perturbantes, voire saisissantes » sur la manière dont la Commission électorale a mené les élections.

La Cour a également reproché à l'IEBC d'avoir ignoré son vœu d'avoir accès à ses serveurs pour vérifier les accusations de piratage affectant la transmission des résultats.

De manière claire et nette, la Cour vient d'accréditer les récriminations formulées par l'opposant Raïla Odinga. De manière courageuse, et c'est chose rarissime sous nos tropiques pour être relevée,

la Cour suprême a définitivement invalidé la réélection du prince régnant. C'est la preuve, si besoin en était encore, que dans cet

océan d'institutions vermoulues et sulfureuses que représentent bien des pays d'Afrique, il y a quand même des îlots d'institutions fortes sur lesquelles on peut compter pour tirer la démocratie vers le haut.

Tout doit être mis en œuvre pour sauver la démocratie au Kenya

Et tous les démocrates du monde en général et ceux d'Afrique en particulier, doivent applaudir à tout rompre David Maraga et ses collègues de la Cour suprême du Kenya.

C'est vrai que c'est un travail d'équipe, mais il faut avoir le courage de reconnaître que le sens de la responsabilité et l'amour prononcé pour la patrie du patron de la Cour, c'est-à- dire David Maraga, ont pesé beaucoup sur le comportement de l'institution. Mais pour autant, bien d'autres défis se profilent à l'horizon pour lui.

L'un d'eux est de ne pas céder à l'intimidation et cela, jusqu'au bout de sa mission. Car, les menaces dont il a été déjà l'objet de la part de Uhuru Kenyatta et de ses sbires, ont pour vocation, à bien observer les choses, de l'affecter psychologiquement pour qu'à la reprise du scrutin, il s'asseye sur sa conscience à l'effet de permettre à Uhuru Kenyatta de réussir un hold-up électoral.

Et tout pourrait être mis en œuvre pour qu'il en soit ainsi. Les achats de conscience pourraient être expérimentés après les menaces d'atteinte à son intégrité physique. L'intérêt supérieur du Kenya, sa patrie, commande qu'il soit suffisamment fort et qu'il les transcende. C'est à ce prix qu'il rentrera définitivement dans l'histoire par la grande porte.

Sans préjuger de ce qui arrivera, l'on peut déjà se risquer à dire que David Maraga et ses collègues finiront le travail tel qu'ils l'ont commencé, c'est-à-dire dans la transparence totale, advienne que pourra. En tout cas, des signes permettent de l'espérer.

En effet, alors que le patron de la Cour suprême est la cible d'attaques et de menaces répétées de la part des partisans du pouvoir, loin de revoir sa copie, Maraga fait davantage dans la fermeté. Morceaux choisis : « Nous appelons les Kényans de bonne foi à défendre l'indépendance de la Justice ».

Et d'ajouter : « De notre côté, nous sommes prêts à payer le prix ultime pour protéger la Constitution et l'Etat de droit ».

Ces propos ne souffrent d'aucune ambiguïté. L'homme est prêt, s'il le faut, à payer de sa personne pour son pays. Les hommes de bien sont interpellés, de même que la communauté internationale.

Tout doit être mis en œuvre pour sauver la démocratie au Kenya. Et cela passe d'abord par la prise de mesures préventives suffisamment dissuasives pour empêcher les ennemis de la démocratie de brûler le Kenya.

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