20 Septembre 2017

Togo: Manifestations autour du projet de révision constitutionnelle - Le sang a encore coulé

Photo: Télégramme 228
11 OSC togolaises intransigeantes sur le retour à la Constitution de 1992.

Tout le Togo était en ébullition dans la journée du mercredi 20 septembre 2017. Comme ils l'avaient annoncé, opposants et partisans au régime de Faure Gnassingbé dont les velléités de pouvoir à vie ont suscité ce vif débat sur la réforme constitutionnelle, se sont livrés à une démonstration de force à distance en descendant dans la rue.

Si les manifestants du parti au pouvoir ont été beaucoup plus impressionnants qu'à Lomé, la capitale pour organiser leur marche de soutien au président Faure, l'opposition, quant à elle, a fait preuve de beaucoup plus de détermination en réussissant à mobiliser des milliers de personnes non seulement dans les rues de la capitale mais aussi à l'intérieur du pays.

Si à ce jeu de muscles où les Togolais jouent à se faire peur, il n'y a pas eu d'accrochages directs entre les manifestants des deux camps à Lomé, des combats de rue ont cependant eu lieu dans plusieurs localités du pays dont l'épicentre a été à Mango dans la région des Savanes où on déplore un mort, une vingtaine de blessés et des maisons des personnalités incendiées, selon diverses sources. C'est dire que le sang a encore coulé comme cela a été lors des manifestations de l'opposition en août dernier.

Comme en redoutait, cette situation d'affrontements entre les opposants et les partisans du pouvoir est le fait de l'irresponsabilité de la majorité au pouvoir qui semble bien décidée à aller au clash, en demandant une fois de plus à ses militants de descendre dans la rue aux mêmes dates que ceux de l'opposition.

Pourtant, l'on se souvient qu'il y a seulement quelques jours, l'opposition avait eu la sagesse de reporter ses manifestations pour laisser le champ libre aux militants de l'UNIR.

Et bien malin qui saurait prédire l'issue du bras de fer qui continue ce jeudi 21 septembre, tant les positions semblent tranchées entre une opposition désabusée et une majorité qui s'accroche avec l'énergie du désespoir à ses privilèges, et qui n'a trouvé d'autre alternative que de déplacer le débat dans la rue.

Il n'est pas encore tard pour le président Faure de prendre la bonne décision

Cela dit, l'on peut voir dans cette attitude de la majorité, une volonté de ne pas laisser tout le terrain de la rue à la seule opposition. Histoire de prouver qu'elle a aussi du monde derrière elle et que ce n'est pas tout le peuple togolais qui veut le départ du président Faure.

Mais en agissant de la sorte, elle fait non seulement montre d'un manque de sérénité, mais elle donne aussi le sentiment d'être acculée et à bout d'arguments au point de vouloir dresser les populations les unes contre les autres. Cela n'est pas en son honneur.

Encore moins en celle du président Faure qui est aujourd'hui au cœur de la fracture de son peuple pour lequel il est en train de dresser, sciemment ou inconsciemment le bûcher, afin de se maintenir au pouvoir. Or, il a encore toutes les cartes en main pour entrer dans l'histoire en prêtant une oreille attentive aux revendications de son peuple.

En tout cas, à défaut d'avoir la grandeur d'âme d'un Nelson Mandela qui a su se contenter d'un seul mandat alors qu'un second lui tendait les bras, ou la lucidité d'un Eduardo Dos Santos d'Angola qui a senti les choses venir et s'est retiré à temps, Faure aurait pu s'inspirer de l'exemple de Mathieu Kérékou qui a su reculer pour mieux revenir aux affaires au Bénin, avec la bénédiction et sous les acclamations de son peuple. Mais tout porte à croire que l'homme fort de Lomé a choisi d'avancer avec des œillères en comptant sur des sous-fifres pour faire le sale boulot de son maintien à sa place.

En tout état de cause, il n'est pas encore tard pour le président Faure de prendre la bonne décision. Celle d'entendre enfin les supplications de son peuple. Toute autre velléité de pouvoir à vie équivaudrait à ramer à contre-courant de l'histoire.

L'ère ne s'y prête pas, l'environnement sous-régional où il ne peut même pas compter sur le soutien affiché de ses pairs, encore moins.

En outre, il serait bien avisé de ne pas négliger, encore moins sous-estimer la mobilisation extraordinaire de ses compatriotes qui crient depuis un certain temps leur ras-le-bol, mobilisation qui pourrait se transformer à tout moment en une déferlante ravageuse.

Comme dit le proverbe, « un homme averti en vaut deux ». Faure est prévenu. Il lui appartient de ne pas se mettre du mauvais côté de l'histoire.

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