20 Septembre 2017

Maroc: Le risque Irma existe également pour le Maroc

Abdelghani Chehbouni justifiées par les énormes doses d'humidité dégagées par l'océan Atlantique

En ces temps de dérèglement climatique, la terre mère est en colère. Outre le récent et ravageur tremblement de terre de Mexico et l'ouragan Maria, qui a engendré plusieurs morts et privé près de 20.000 foyers d'électricité, l'ouragan Irma dont le bilan est estimé à 100 morts et à des dégâts estimés à plusieurs millions de dollars, nous rappelle que ce type de catastrophe naturelle pourrait constituer une menace pour notre pays, qui fait frémir le dos.

L'ouragan Irma, l'un des plus puissants jamais enregistrés dans l'océan Atlantique, par sa puissance dévastatrice (catégorie 5 et vents supérieurs à 250km/h) et sa longue durée, pourrait être annonciateur de catastrophes naturelles de part et d'autre de l'Atlantique. Bordé par ce même océan sur plus de 2390 km, le Maroc n'est pas à l'abri d'une telle catastrophe. Cette éventualité est appuyée par Abdelghani Chehbouni, chercheur attaché au "Jet Propulsion Laboratory" de la NASA.

Contacté par la MAP, le climatologue justifie ses craintes par les énormes doses d'humidité que dégage récemment l'océan Atlantique. Des taux qui sont dus à l'accentuation des émissions de gaz à effet de serre de plus en plus ressenties dans de nombreuses villes côtières, augmentant ainsi le risque de formation d'un ouragan.

Pour le climatologue, l'augmentation de la température évoque une élévation du taux de l'évaporation et a pour effet la production d'une intensification de l'humidité. Il nuance en précisant que ce phénomène demeure "naturel", tout en s'inquiétant du prolongement anormal de la durée de cette humidité.

Un autre élément alarme plus particulièrement le scientifique : la persistance des vagues d'humidité sur la façade atlantique d'un côté, et des vagues de chaleur à l'intérieur du pays de l'autre. De ce fait, dans les prochains jours, le centre du pays connaîtra des températures, inédites en cette période de l'année, allant jusqu'à 40 °C,

Mais pour mieux comprendre les enjeux, il serait préférable de faire connaissance avec l'ouragan, ce despote qui se plie au loi de la nature.

Dans la nuit des temps, Huracan était un dieu. De nos jours, les dieux de la nature sont moins vénérés, mais leurs manifestations sont toujours aussi puissantes.

L'ouragan, c'est l'odyssée d'un vent. Il aurait pu être un simple nuage, une légère brize, comme ceux qui naissent et qui meurent chaque jour dans les plaines de l'Afrique centrale. Ce n'est pas une force, ce n'est qu'une vitesse. Mais sa vitesse est vigoureuse, elle est écrasante, et avance avec l'indifférence aveugle de la grande moissonneuse. Tout commence, quand la pression chute et que le vent entame sa métamorphose.

Les marées de l'eau sont perceptibles, mais celles de l'air restent invisibles. Pourtant, c'est de l'océan qu'émane la pluie, le vent l'apporte, comme une prodigieuse locomotive, qui emporte les pluies de la haute mer vers la terre.

Le vent amène dans son cortège la pluie, les éclairs et le tonnerre. Les orages éclatent et s'éteignent. C'est l'équilibre des Tropiques. Mais parfois ils ne s'éteignent pas. Leurs forces les dépassent. Et l'ouragan n'est pas un orage ordinaire. Face à lui, l'homme lui-même, ce géant d'intelligence et de volonté, est microscopique. Mais l'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent et l'ouragan peut entraîner les microcosmes dans sa danse.

Le vent, devenu ouragan, redessine les cartes et les redistribuent. Il préside au destin des êtres dont il croise le chemin, bouscule les hiérarchies et met les choses à l'envers. Telle est son immense aventure. L'air gagne en vitesse et draine l'eau de mer, la pression baisse encore et le cycle se renouvelle. Tel un cyclope destructeur, il s'enroule en son cœur et son œil se renforce. Les vagues sont ses messagers. Elles annoncent sa venue aux animaux et aux hommes. Mais sa pleine puissance ne réside pas en elles. Avec elles, il ne fait que frôler la terre. On ne le connaît pas tant que l'on n'a pas vu son cœur.

Si le hasard est à l'origine de sa naissance, sa fin est prévisible. Privé d'eau il meurt, après s'être rué sur la terre. Mais pourquoi ? Pour faire le mal ? Oui et non. Le bon et le mauvais proviennent de la même source, c'est la dualité des choses. D'un côté, il est fléau, de l'autre, bénédiction. Est-ce cette bénédiction qui le qualifie le mieux ? C'est un acte de pression qui rétablit l'équilibre. Sans lui, la terre n'aurait ni fleuve, ni forêt, ni prairie, ni fruit, ni fleur. Il fait l'air respirable, et la terre habitable. En somme, l'ouragan fait l'homme possible.

Maroc

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