21 Septembre 2017

Ile Maurice: Alain Jeannot - «Qu'on introduise un service civique obligatoire»

interview

Le président de l'ONG, Prévention Routière Avant Tout (PRAT) œuvre bénévolement à la sensibilisation des Mauriciens aux risques d'accident de la route.

Optimiste, Alain Jeannot croit que l'éducation civique peut conduire à un comportement plus responsable de nos compatriotes sur les routes.

Plus de 100 morts sur nos routes en huit mois. Cela ressemble à un échec des campagnes de sensibilisation. Vos commentaires.

Sans campagne de sensibilisation, le taux de fatalité sur nos routes aurait été beaucoup plus conséquent ! En huit mois, le nombre de véhicules a augmenté de 3,2 %, le nombre d'usagers de la route a été à la hausse et les nouveaux risques tels que la distraction n'ont cessé de s'installer dans nos habitudes. Toutefois les accidents de la route sont restés, en termes de fatalité par nombre d'habitants ou par nombre de véhicules, plus ou moins stables : 11,8 sur 100 000 habitants et 0,3 par 1 000 véhicules respectivement. Cette stabilisation pourrait grandement être attribuée à la sensibilisation.

Quels sont les facteurs qui provoquent autant d'accidents de la route ?

A mon humble avis, le premier facteur est la nature de notre flotte, composée à 40 % de deux-roues motorisés, classant Maurice parmi les 10 premiers pays avec le plus grand nombre de deux-roues motorisés par tête d'habitant. Il y a une corrélation entre le nombre de deux-roues et le taux de mortalité sur les routes. Par exemple, à Singapore, les deux-roues représentent 15 % de la flotte de véhicules, mais plus de 50 % des victimes sont des motocyclistes. En Malaisie, les deux-roues constituent plus de 50 % de la flotte, mais le fatality rate est de 24 pour 100 000 habitants.

Les usagers de la route à Maurice ont-ils reçu une formation adéquate ?

Les 200 000 motocyclistes qui circulent sur nos routes n'ont pas été formés dans une école de moto jusqu'ici. Cela va heureusement changer avec l'introduction des motos-écoles. Nos usagers de la route sont très indisciplinés, les infrastructures ne protègent pas suffisamment les plus vulnérables comme les piétons. Il y a également le fait que notre population n'est pas assez consciente du nouveau style de vie qui s'installe chez nous. Aujourd'hui, la fatigue est un danger potentiel parce que la population ne dort pas assez. Elle n'a pas été formée pour utiliser intelligemment une nouvelle technologie qui la garde éveillée.

Quelles sont les faiblesses structurelles au niveau de l'organisation du trafic routier ?

Le «mixed traffic» est un problème. Les piétons, les deux-roues et les quatre-roues se partagent la même chaussée très souvent. Cette situation pose problème car la ségrégation du trafic protège les plus vulnérables. On ne peut imaginer voir un piéton sur une autoroute française. Par contre à Maurice, les piétons y circulent et la traversent, en toute impunité.

D'aucuns proposent des mesures draconiennes et des sanctions sévères à l'encontre des imprudents. Qu'en pensez-vous ?

Les lois sont sévères mais que peut-on dire lorsqu'on apprend qu'un chauffeur qui a tué quelqu'un sur la route alors qu'il était en état d'ivresse s'en est sorti avec six mois ou un an de prison...

Quel a été l'effet de la réforme du permis à points sur les automobilistes ?

Le permis à points était une bonne mesure mais il y avait certaines contraintes. Sa réforme a eu des effets mitigés.

L'imprudence sur les routes ne reflète-t-elle pas un manque d'éducation ?

De quelle éducation parlons-nous ? Selon les deux derniers Global School Based Student Health Surveys, plus de 31 % des élèves se sont déjà battus dans l'enceinte de leurs écoles. Plus de 30 % des parents ne sont pas au courant de ce que font leurs enfants pendant leur temps libre. Croyez-vous qu'avec une telle formation, notre société valorisera des valeurs comme le respect et la patience qui sont des notions incontournables pour la sécurité routière ?

Les Mauriciens connaissent-ils les risques d'accident ?

Il est évident que de nombreux Mauriciens ne connaissent assez pas les risques routiers. La sensibilisation accuse un retard mais les efforts sont entrepris pour le combler. Cependant, ce n'est pas un chantier réservé aux seules autorités, nous devons tous nous y mettre. A la fin d'une journée scolaire, cela ne coûte rien à un enseignant de souhaiter bonne route à ses élèves tout en accompagnant cela d'une recommandation de prudence. Il en va de même pour un employeur vis-à-vis de ses employés et pour un parent à l'égard de ses enfants.

Etes-vous satisfait de ce qui est mis en œuvre pour qu'il y ait davantage de sécurité sur les routes ?

Nous ne pouvons jamais être satisfaits, tant qu'il y aura des morts. Il y aura toujours des possibilités d'amélioration dans le combat. Auparavant, plusieurs partenaires sociaux s'engageaient bénévolement pour aider la police et les écoles à sensibiliser les usagers de la route. Hélas, ce n'est plus le cas maintenant.

Pourquoi a-t-on abandonné ces bonnes pratiques ?

Parce que tout le monde a été pris au dépourvu par le progrès fulgurant .Vous réalisez qu'en 30 ans notre parc de véhicules a augmenté de 520 % alors que la population et les routes ont accusé une hausse de 27 % environ. Aussi, notre style de vie a changé. Aujourd'hui c'est le triomphe de l'individualisme et du chacun pour soi. Il y a un manque de cohésion sociale. La technologie favorise cette tendance.

Autrefois, tout un quartier regardait la télé au Village Hall, aujourd'hui chaque membre d'une seule famille regarde ce qui lui plait sur son téléphone portable. C'est peut être philosophique, mais ce mode de vie est reflété par le comportement des uns et des autres sur les routes.

Comment le bénévole, que vous êtes, voit-il l'avenir en ce qui concerne la sécurité routière ?

Je suis un optimiste. Donc, je vous dirai que si nous nous engageons dans la bonne direction, nous pourrons améliorer notre manière de partager la route et par conséquent réduire le nombre d'accidents. Dans les années 80, les autorités à Hong-Kong ont remarqué qu'il y avait de nombreuses victimes piétonnes dans les accidents de la route. Elles ont investi massivement dans les infrastructures destinées à cette catégorie d'usagers. Les résultats n'ont pas tardé. Aujourd'hui ce pays affiche une moyenne 1,6 mortalité pour 100 000 habitants. Pour revenir à Maurice, je souhaite ardemment qu'on introduise un service civique obligatoire. C'est difficile à mettre en œuvre, mais cela peut changer notre feuille de route, sans jeu de mots.

Bio Express

En 2005, Alain Jeannot et sa famille attendent deux autres convives dans un restaurant à Quatre-Bornes. Un appel téléphonique l'informe que ces derniers sont victimes d'un accident, non loin du marché. Sur place, il constate qu'une voiture conduit par un chauffeur en état d'ivresse a heurté celle de ses proches. Ces derniers sont blessés. Le fils du chauffeur ivre ne survit pas à l'accident. Alain est témoin de la douleur de la mère de l'enfant décédé. Il en est marqué et prend la décision de s'engager bénévolement dans la sensibilisation aux risques de la route. Le chef de cabine à Air Mauritius avait alors 40 ans. Cet ex-étudiant du College du St Esprit est diplômé de l'Air Transport Development Institute et de l'Australian Catholic University. Alain Jeannot, décoré de la République en 2010, fait partie de la Commission justice et paix, créée par l'Eglise catholique.

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