21 Septembre 2017

Tunisie: Faut-il recruter, encore, des enseignants ?

Cependant, les médias ont rapporté, ces derniers jours,que nous manquons dans le primaire de quelque mille ou douze cents enseignants et que cela va perturber le bon déroulement de la rentrée dans certaines régions et qu'il faut, au plus tôt, pourvoir à ces besoins.

Cela veut dire qu'il faut recruter encore du personnel alors que les finances du pays sont dans l'état que nous connaissons et que les instances financières internationales sont aux aguets pour nous rappeler à l'ordre et suspendre, au besoin, les crédits ou l'assistance promis. Ceci m'amène à rapporter qu'il y a presqu'un an, j'ai entendu l'ancien ministre de l'Education nationale déclarer que nos enseignants du primaire ont, grosso modo, un volume horaire moyen de quinze heures par semaine ! Je ne suis pas arrivé à le croire et je lui ai demandé confirmation à la première occasion que je l'ai rencontré. Et il me le confirma bel et bien.

Ceci m'amène à poser la question suivante : comment cela a été fait ? Selon quels critères cette décision a été prise ? Les normes de l'Unesco qui s'occupe de ces questions, en l'occurrence le système d'éducation du primaire, sont de trente heures par semaine, les pays pouvant, selon leur spécificité ou leur contingence, l'augmenter ou le diminuer de quelques heures seulement !

Pourquoi le volume utilisé pendant des décennies, celui de trente heures, a été modifié, durant la période transitoire? Pour quelle raison et dans quel but le volume précédemment utilisé a été, pratiquement, divisé par deux ? Est-ce que nos enseignants n'ont pas assez de force pour avoir la même endurance que les enseignants du monde entier ou assez de patience pour s'acquitter de cette tâche ? Est-ce que nous devons, encore, augmenter le nombre d'instituteurs alors que les effectifs de la fonction publique de notre pays sont semblables à un pays comptant près de cinquante millions d'habitants ? Sommes-nous conscients de cela ? Où va-t-on ainsi ?

Etant donné l'importance de la question et de ses répercussions financières sur le budget du pays, comment un ministre, même sous l'insistance des syndicats, peut-il prendre pareille décision dans un secteur aussi stratégique que l'enseignement ? Pareille réforme devrait être, au préalable, étudiée par une grande commission avec la participation de la société civile et des organisations nationales; ensuite, son avis devrait être transmis au gouvernement qui doit, en cas d'accord, le transmettre au Parlement pour voter une loi, à ce propos.

Comment un ministre, dans une période transitoire, et dans un gouvernement provisoire, peut engager l'avenir d'un pays, d'un peuple, et quels que soient les motifs, et les raisons qui lui ont été présentés, et décider sans attendre l'élection d'institutions permanentes ayant pouvoir de décision en la matière ? Cette mesure me fait rappeler les décisions prises par l'un des ministres de l'Intérieur lors de la période transitoire qui a procédé, le même jour, à l'avancement de plusieurs milliers d'agents en leur accordant deux à trois grades, en un seul coup, sans en vérifier les répercussions budgétaires. Cela ne s'est jamais produit ni chez nous, ni ailleurs.

Quant à la question des instituteurs et de leur volume horaire hebdomadaire, je pense que grâce à la clairvoyance de Si Noureddine Taboubi, le secrétaire général de la grande Centrale syndicale du grandissime Farhat Hached, d'Ahmed Tlili et de Habib Achour, la doyenne de nos syndicats (l'Ugtt), et à sa perspicacité, à sa lucidité, à son discernement, à sa sagesse, à son flair et à sa compréhension, il démontrera au peuple tunisien que la Tunisie étant un pays de droit qui, a été, par le passé récent, l'exemple et le modèle des pays africains, doit agir en conformité avec les institutions internationales telles que l'Unesco pour continuer à être respecté et à être pris au sérieux pour que nous ne soyions pas la risée des autres pays qui n'apprécieront pas et ne comprendront pas pourquoi la Tunisie a divisé par deux les normes de l'Unesco quant au volume horaire hebdomadaire, normes prouvées scientifiquement.

A titre de comparaison, je donnerai quelques exemples du volume hebdomadaire des enseignants du primaire des pays africains, maghrébins et français :

43 heures par semaine : Swaziland.

35 heures par semaine : Benin.

32 heures par semaine : Sénégal ( dont 2 heures pour animation culturelle)

30 heures par semaine : Côte d'Ivoire, Burkina Fasso, Guinée, Mali, Cameroun, Tchad, Niger, Maroc, Egypte.

27 heures par semaine : France (dont 3 heures d'activités diverses)

25 heures par semaine : Togo, Botswana, Burundi.

En voulant vérifier s'il existe, en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient et dans certains pays américains, dont les données sont disponibles, un pays où le volume horaire hebdomadaire des enseignants du primaire est inférieur à 22 heures, je n'en ai trouvé aucun.

Aussi, notre pays traversant l'une des périodes les plus difficiles, les plus critiques et les plus dures de son histoire, toutes les organisations nationales et essentiellement celles qui ont marqué l'histoire de notre pays durant sa lutte pour la liberté et l'indépendance et dont, en particulier, l'Ugtt , les partis politiques qui voudront mettre l'intérêt du pays avant celui de leur parti, les associations de la société civile qui sont en alerte permanente pour être sur le qui-vive au service du pays, les Hraiers Tounès qui ont fait leurs preuves et dont nous sommes très fiers, tous les concitoyens de bonne volonté doivent se mobiliser pour redresser la barre du navire «Tunisie» qui est en train de chavirer en vue de le ramener à bon port.

Nous sommes, malheureusement, en train de payer les erreurs de gouvernants qui n'avaient ni expérience, ni connaissance, ni aptitude lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir : ils ont dépensé sans compter et ont injecté dans la fonction publique des dizaines de milliers de personnels dont on n'avait nullement besoin. C'est pourquoi notre pays croule sous les dettes. D'ailleurs, dans ce cas comme dans l'autre (l'avancement de milliers d'agents de deux et trois grades le même jour), personne de la classe politique, des organisations nationales et de la société civile n'a jamais relevé ou soulevé ces initiatives, pour le moins qu'on puisse dire catastrophiques et qui vont pénaliser les générations futures durant des décennies.

Mention spéciale à Si Noureddine Taboubi, secrétaire général de l'Ugtt, dont le rôle, en ces moments difficiles que traverse notre pays, est très important : notre pays ne peut, dans la situation actuelle, supporter grèves et sit-in, revendications salariales et autres gratifications. Nous souhaitons qu'il prendra l'initiative pour faire rétablir, avec le gouvernement d'union nationale, les normes de l'Unesco en appliquant celles fixées par l'Organisation internationale des sciences et de la culture quant au volume hebdomadaire des enseignants du primaire pour conforter les finances de l'Etat en évitant ces «impossibles ou difficiles» recrutements d'instituteurs et, d'autre part, pour décider d'une trêve sociale pour les deux prochaines années.

Et que vive la Tunisie éternelle, l'héritière de Carthage.

Tunisie

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