21 Septembre 2017

Sénégal: Pétition pour un retour de Lamine Diack - La justice française entendra-t-elle ce cri du cœur venu du pays de la teranga ?

Depuis plus de deux ans, l'ex-président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), le Sénégalais Lamine Diack, est empêtré dans des déboires judiciaires qui le retiennent en France où il est confiné dans une réclusion qui ne dit pas son nom, n'étant pas complètement libre de ses mouvements.

En effet, il a été mis en examen pour corruption et blanchiment dans l'affaire de dopage qui a secoué le monde de l'athlétisme il y a de cela quelques années. Une enquête qui touche aussi à l'attribution des JO-2016 au Brésil et 2020 au Japon.

Son fils, Papa Massata Diack, est aussi dans le viseur de la Justice française qui n'a cependant pas pu obtenir son extradition de Dakar pour être entendu dans l'hexagone, dans la même affaire où ils sont tous deux accusés de corruption passive et active, de tentative d'extorsion de fonds et de blanchiment d'argent et mis à l'index par l'Agence mondiale anti-dopage qui leur reproche d'avoir couvert des cas de dopage de plusieurs athlètes, notamment russes et turcs.

N'ayant pas pu mettre le grappin sur le fils, la Justice française ne semble donc pas disposée à laisser filer le père sans avoir auparavant démêlé l'écheveau.

En dehors des arguments juridiques, il serait étonnant que la Justice française élargisse l'ex-patron de l'athlétisme mondial

Pendant ce temps, à Dakar, un collectif Lamine Diack regroupant des amis et soutiens de l'ex-patron de l'athlétisme mondial a été porté sur les fonds baptismaux et ces derniers ont lancé une pétition, le 19 septembre dernier à Dakar, pour le retour de l'intéressé dans son pays natal.

L'objectif étant de faire accélérer, « dans un souci d'humanité », le processus pour éviter à l'octogénaire prévenu de « rentrer dans son pays dans une caisse ». Une démarche qui ressemble plus à un cri du cœur qu'à un moyen de pression sur la Justice française.

La question que l'on pourrait se poser est de savoir si la Justice française entendra ce cri du cœur venu du pays de la Teranga en faveur de Lamine Diack ou se laissera émouvoir par sa situation.

Rien n'est moins sûr. Surtout quand on voit comment cette institution a, de par le passé, montré à suffisance qu'elle était jalouse de son indépendance.

En témoigne par exemple le mandat d'amener émis il y a de cela quelques années contre le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, qu'elle s'apprêtait à exécuter, avant de le voir levé in extremis.

C'est pourquoi, en dehors des arguments juridiques, il serait étonnant que la Justice française élargisse l'ex-patron de l'athlétisme mondial en se fondant sur des considérations purement humanitaires.

Tout porte donc à croire que Lamine Diack portera sa croix jusqu'au bout et ne devra s'attendre à aucun salut avant que la procédure judiciaire aille jusqu'à son terme. Au demeurant, s'il n'a rien à se reprocher, il devrait pouvoir facilement prouver son innocence et aura toutes les chances de s'en sortir blanchi dans cette affaire.

S'il a par contre plongé la main dans le cambouis comme il est soupçonné de l'avoir fait, il risque de boire le calice de l'humiliation jusqu'à la lie, à l'instar de ses tout-puissants homologues de la Fédération internationale de football association (FIFA) qui ont été rattrapés par leurs magouilles et sont en train de méditer sur leurs actes, loin des stades et des sphères de décision du sport roi.

C'est pourquoi, au-delà de ces actes de soutiens, l'ex-patron de l'IAAF gagnerait, comme l'a du reste suggéré son fils, à se « constituer une bonne équipe d'avocats, d'excellents pénalistes, pour affronter ses juges ».

Le cas Lamine Diack doit être une interpellation à la probité et à la gouvernance vertueuse

En même temps, l'on peut comprendre la démarche de ses compatriotes qui tentent de voler à son secours, car, au-delà de son âge et de sa personnalité, Lamine Diack est un symbole de réussite au niveau mondial pour le Sénégal.

Et il a longtemps fait la fierté de ce pays. Toutefois, il y a lieu de craindre qu'au-delà de la symbolique, cette pétition ne mobilise pas grand monde et ne suffise pas, à elle seule, à obtenir l'élargissement du prévenu.

Et l'on ne voit pas comment, même s'il en avait l'intention, le Sénégal pourrait faire pression sur la France pour obtenir le retour de son « enfant prodigue », même si dans le même temps, il est plus facile d'imaginer le scénario inverse.

Sans oublier que l'affaire avait entre-temps pris des allures politiques tant il se susurrait que la manne financière de Lamine Diack avait profité à l'élection de Macky Sall sans que l'on ne puisse faire la part du vrai et du faux dans ces allégations.

En tout état de cause, le cas Lamine Diack, plus qu'une invite, doit être une interpellation à tous les dirigeants, à quelque niveau de responsabilité qu'ils se situent, à la probité et à la gouvernance vertueuse dans la gestion de la chose publique. Il y va de leur honneur et de leur crédibilité.

Sénégal

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