22 Septembre 2017

Burundi: Vendeuses de rue - Un crime en appelle un autre

À Bujumbura, les vendeuses ambulantes travaillent dans l'illégalité, avec toutes les conséquences qui vont avec : saisie de marchandises, emprisonnements, lourdes amendes...

Pourtant, pour la blogueuse Inès Ininahazwe, ces mères de famille n'y vont pas de gaîté de cœur mais pour survivre. De se poser alors une question : « Si on empêche quelqu'un de gagner " honorablement" sa vie, que lui reste-t-il ? »

Il y a cet adage burundais dont je commence à saisir pleinement le sens aujourd'hui : « Amahoro ahera mu nda » (la paix commence dans l'estomac).

Je ne sais s'il a été inventé du fait de la crise que nous traversons, mais cela n'empêche pas qu'il est d'une acuité douloureuse.

En anglais, on l'exprime mieux : « A hungry man is an angry man ». Et des gens furieux, désespérés, il y en a à la pelle à Bujumbura maintenant. Des gens affamés, et qu'on empêche de survivre, disons, sciemment.

Commençons par l'exemple le plus parlant pour moi. Les vendeuses, ces mères de famille qu'on chasse à longueur de journée comme des vulgaires voleurs. On en a parlé des centaines de fois, mais cela ne m'empêche pas d'avoir le cœur brisé chaque fois que je les regarde.

Un jour comme tant d'autres, je rentre chez moi (dans un bus rempli des gens à la mine renfrognée, je pense qu'ils ont passé une mauvaise journée comme moi). Arrivée à destination, je me souviens que j'ai besoin d'acheter les fruits.

Je me dirige vers notre vendeuse habituelle du quartier, qui étale bananes, papayes, et autres fruits sur une petite table, dans un coin de rue. Elle a toujours un enfant sur son dos, et un éternel sourire sur son visage.

Quand je m'approche, la vendeuse ne m'accueille pas comme d'habitude, et je remarque même des larmes dans ses yeux. Je ne sais quoi penser. À côté d'elle se tient deux hommes, en tee-shirt et pantalons.

D'emblée, je pense qu'ils sont venus acheter des fruits comme moi. Grande fut ma surprise quand je vis ces hommes secouer la petite dame. Je compris alors par les supplications éplorées de la vendeuse que ce sont des policiers venus saisir ses marchandises.

Le bébé dans le dos regarde, les yeux écarquillés, sans rien comprendre, puis commence à pleurer. Des cris qui me brisent le cœur. Autour de moi, les gens regardent, et à leur visage fermé, je comprends qu'ils sont remplis de rage comme moi.

Souffrances éternelles

Jusqu'à maintenant, je me demande ce qu'elle leur a fait pour mériter un traitement pareil, jusqu'à lui enlever le droit de chercher de la nourriture pour ses enfants.

Car le mal ne vient pas des policiers qui prennent plaisir à chasser sadiquement ces petites vendeuses (un peu quand même).

Non, il vient de ceux qui les envoient. Ces derniers nous diront qu'elles ont ce qu'elles méritent parce qu'elles refusent de travailler dans des endroits « appropriés ».

Existe-t-il des endroits « appropriés » quand on cherche à survivre ? Existe-t-il des endroits « appropriés » quand il est impossible de combiner taxe et survie?

Existe-t-il des endroits « appropriés » quand on rentre chaque fois dans un taudis sans eau ni électricité, mais en espérant avoir de la farine et quelques « ndagalas » pour nourrir cinq bouches affamées ?

Quelle sera la réaction des enfants quand leur mère rentrera ce jour-là et leur dira qu'ils doivent se coucher le ventre vide parce que toute sa marchandise a été saisie ou renversée par terre ? Désespoir, et puis rage. Et la rage, on sait tous à quoi elle conduit.

Ces femmes finiront-elle à Buyenzi ou à Bwiza dans les bordels ou iront-elles faire le trottoir dans les nuits dangereuses de Bujumbura ? Ces enfants sont-ils condamnés à faire la manche ou à devenir pickpockets ?

Ou ces familles iront grossir le nombre de réfugiés, où on ne cesse de les massacrer. C'est ce genre de questions qu'il faudrait se poser avant de lâcher une meute de policiers surarmés sur des femmes dont le seul tort est de chercher à (sur)vivre.

Burundi

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