22 Septembre 2017

Cameroun: Bafia, La psychose Bala - La ville vit la peur dans le ventre depuis l'inhumation de l'évêque et la profanation de sa tombe

46 jours après l'inhumation de Mgr Bala, les rumeurs les plus folles au sein du diocèse créent la psychose chez les fidèles, qui gardent cependant la foi.

Le soleil qui darde ses rayons brûlants dès la matinée mardi dernier dans le centre-ville de Bafia se répand sur les populations qui vaquent déjà à leurs occupations. La vie semble avoir repris son cours normal dans la ville.

Les arbres plantés le long de la piste qui mène à la cathédrale Saint Sébastien filtrent et rafraichissent quelque peu le lieu. Le temple de Dieu est visiblement debout malgré les récents remous qu'il a connus et fier dans la lumière du jour semble toucher le ciel. Sur les différentes portes fermées de la cathédrale est accolé en mode paysage, un papier format sur lequel est indiqué que la cathédrale est fermée. Deux banderoles indiquant les obsèques de Mgr Jean Marie Benoît Bala sont encore accrochées à des poteaux. « C'est le don de Dieu », est-il écrit.

Cela rappelle sans doute que l'évêque de Bafia n'est pas tombé dans l'oubli au sein de son diocèse. La cité est calme. Il n'y a pas grand monde dans les rues. C'est un jour ordinaire. Les élèves qui ont repris le chemin de l'école sont en salle de classe. Non loin de la cathédrale Saint Sébastien, dans la cour de cette école maternelle et primaire, les élèves en pause jouent. Seuls leur vacarme et celui du bruissement de motocyclettes viennent interrompre la quiétude des lieux.

Dans un coin de la cour, le bureau du curé de la cathédrale. Au-devant deux prêtres discutent allègrement. En soutane noire, c'est le propriétaire du bureau, l'abbé Jean-Aimé Amougou Mballa.. Obligé d'écourter son congé, il est revenu en urgence le jour de la profanation de l'église. Le prêtre meuble son temps avant le début de la neuvaine à Saint Michel Archange et aux neuf cœurs des Anges prévue à 15h.

Pénitence

Ils sont rendus au 7ème jour. C'est la deuxième du genre organisée à la cathédrale Saint Sébastien et dans les autres paroisses du diocèse depuis la profanation du lieu. La première était consacrée à l'Esprit Saint. « Ce n'est pas une réaction uniquement ponctuelle à la cathédrale mais à toutes les autres paroisses », fait savoir le curé de la paroisse mère.

Avant l'heure butoir, quelques fidèles sont dispersés derrière la cathédrale juste devant l'évêché. Certains installés sur des chaises de fortune tiennent déjà chapelets et livres de prières en main. D'autres, par petits groupes, devisent. Ce sont des hommes et femmes ayant dépassé la quarantaine pour la plupart. Et quand l'abbé Jean-Aimé Amougou Mballa, qui ne s'est pas départi de sa soutane, dépose le crucifix au sol, la neuvaine débute en chansons de pénitence.

Après la profanation de la cathédrale le 28 août dernier où la lumière a été trouvée allumée et l'une des portes rabattues (en plus des traces de sang allant de la tombe jusqu'à la cathèdre), la cathédrale a été fermée. « La cathédrale a été fermée conformément à la disposition du droit canonique et à l'appréciation de l'administrateur apostolique qui a ordonné qu'elle le soit », explique le curé.

Et les neuvaines engagées dès lors ont été indiquées pour la pénitence et comme un début de réparation à l'injure causée pour préparer le rite pénitentiel. Le jour, seul l'évêque (administrateur apostolique), Mgr Abraham Komé, est capable de le donner.. « Le rite pénitentiel est fait après un temps estimé raisonnable par l'évêque. Cela se passe selon un rituel qui est inscrit dans le cérémonial des Evêques, selon les orientations données par celui-ci », élabore l'abbé Amougou Mballa.

En attendant, les messes sont dites dans la grande salle du centre d'accueil diocésain, Paul VI, situé à quelques pas de la cathédrale. « La cathédrale est fermée au culte public et aux actes liturgiques », fait encore savoir l'homme de Dieu. Toutefois, impossible d'accéder à la salle qui reste fermée après les messes par mesure de précaution. Néanmoins, d'après le prêtre la salle accueille et contient les fidèles le dimanche lors des deux célébrations eucharistiques, de 7h30 min et de 10h.

Rumeurs et réalités « La foi s'affirme malgré les persécutions ». C'est en ces termes que le curé de la cathédrale Saint Sébastien résume, un tantinet philosophe, la vie après l'inhumation de Mgr Jean Marie Benoît Bala dans le diocèse de Bafia. «Avec le décès de l'évêque et le contexte de sa mort, la foi de nombreux fidèles a été renforcée.

Une secousse certes mais qui a fortifié la foi. Des fidèles périodiques souhaitent s'engager, être des catéchistes par exemple », affirme l'abbé Jean-Aimé Amouhgou Mballa. « On ne peut pas avoir peur de celui qui est dans le faux. Nous sommes sereins. On peut tout faire, la foi ne reculera pas », renchérit-il.

Mais l'apparente sérénité dans la ville de Bafia n'est pas pour plaire à tous. En effet, 46 jours après l'inhumation de Mgr Jean Marie Benoît, des rumeurs n'ont de cesse d'alimenter les réseaux sociaux et des colonnes de journaux..

Tout commence quelques semaines plus tôt avec Matthieu Noah, le chauffeur de l'évêque. Certains parlent d'abord de disparition suspecte du chauffeur, ensuite de sa mort. « Un prêtre à Yaoundé m'a même appelé pour me demander si c'est vrai ce qu'il a entendu. Il aurait entendu dire que le chauffeur, la cuisinière et le gardien de l'évêque seraient tous décédés », explique surpris l'abbé Jean-Aimé Amougou. « le chauffeur de l'évêque est vivant et en parfaite forme », affirme péremptoire le curé de la paroisse de Ndengué, l'abbé Emile Kana.

Plus tard, en début de mois, Matthieu Noah est assimilé à Pascal Boadé, un mécanicien ; lequel vient de décéder. Pascal Boadé est un fidèle et mécanicien de profession. « il n'était pas le chauffeur d'un prêtre mais il était très disponible et serviable », explique l'abbé Emile Kana. Il décède de maladie, maladie qui le rongeait depuis peu, a-t-il confié à un de ses amis. Et même dans la ville de Bafia, les superstitieux annoncent deux autres morts. « C'est comme ça au village avec ce genre de mort. Deux autres personnes suivent», explique, sûr de lui, un habitant de la ville.

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