22 Septembre 2017

Sénégal: Tu portes le voile? Tu ne seras pas banquière

Les femmes sénégalaises voilées ont du mal à trouver du travail dans les institutions bancaires. Cette méfiance envers le voile est un peu étrange dans un pays où 94% de la population pratiquent l'islam.

Les femmes sénégalaises portent le voile de plus en plus, les unes pour se conformer à la loi islamique, les autres pour effet de mode. Mais les institutions financières ne sont pas très excitées à embaucher les femmes voilées. Ces femmes portant le voile ont 10% de chance de voir leur rêve de travailler dans une banque devenir réalité.

Ndeye Anta Mbow, 26 ans, récemment diplômée en banque-finance-assurances, en a fait l'expérience. « Je ne compte pas le nombre de C.V qui dort dans les entreprises financières» confie-t-elle.

Après moult demandes de stage influctueuses, Ndeye opte une nouvelle stratégie pour tenter de décrocher un emploi dans la finance. « A ma quatrième tentative, j'ai décidé de ne pas mettre une photo de moi sur mon C.V. Cette décision a porté ses fruits. J'ai reçu un appel du département des ressources humaines de l'entreprise, me faisant part d'un entretien. Au cours de cette entrevue avec le recruteur, il m'a dit en toute franchise qu'il ne pouvait pas me prendre parce que je suis voilée».

A ce jour, Ndeye Anta, drapée d'une superbe djellaba bleue de nuit, parsemée de fil dorée, dit s'être faite une raison. La jeune femme s'est trouvé une vocation dans la mode pour rattraper le temps perdu. « Je me suis tournée vers le commerce. J'ai bénéficié de l'aide de mon oncle pour monter ma petite entreprise qui s'investit dans la vente de tenues pour « Ibadou » (femme voilée ndrl). Parallèlement, j'assure leurs toilettes lors des mariages, cocktails, etc».

Fatma Fall, 25 ans, a aussi elle, a tout bonnement changé de filière. Malgré le diplôme en banque-finance en poche, son voile ne lui a pas facilité la tâche. « J'ai fait mon premier et seul entretien dans une banque il y a deux ans. J'étais en deuxième année de licence. A peine l'entretien a-t-il débuté que l'on m'a demandé si je pouvais remplacer le voile par un foulard, me couvrant juste la tête. Mon refus m'a valu le rejet de ma candidature », se souvient-elle, énervée.

Quelques mois après cet incident, elle tente encore sa chance avec une autre entreprise. « Une autre institution financière m'a soumise à un test de recrutement, pour un poste commercial. L'entretien s'étant bien déroulé, la dame chargée de cette mission m'a remerciée et m'a dit que les résultats me seraient communiqués par téléphone ».

« Quelques jours plus tard, j'y suis retournée afin de m'enquérir de la situation. L'on m'a fait savoir que des candidates plus expérimentées que moi avaient été recrutées. J'ai trouvé cela normal, je suis partie, avec l'espoir de trouver un emploi ailleurs. Mais un ami travaillant dans cette même entreprise m'a appris plus tard que la raison pour laquelle je n'ai pas été recruté est que j'étais la seule fille voilée ». Fatma a finalement décidé de changer de carrière.

Un silence assourdissant des banques

Beaucoup de banquiers que nous avons sollicités ont opposé un niet catégorique à se prononcer sur le port du voile. Sous le couvert de l'anonymat, une dame, la trentaine a tenté de nous éclairer. « Dans beaucoup d'institutions financières, l'on exige aux employés une tenue particulière surnommée dans notre jargon, « le dressing code ». Il consiste à adopter un style classique, aux couleurs sobres.

Notre interlocutrices continue:« Dans certaines banques, on exige un uniforme aux employés. Autant les femmes que les hommes se plient à ce code. Les filles s'habillent en ensemble tailleur, le visage rehaussé par un parfait chignon. Elles adoptent un style classique-moderne. Donc, le port du voile n'est pas accepté. »

Le fait qu'un foulard islamique peut déranger un client est l'excuse la plus courante pour interdire celui-ci. Cette banquière trouve que cette justification est quelque peu banale dans un cadre bureau. Elle affirme que le port du voile « aurait pu tenir dans le cadre de la vente en boutique. Dans cette sphère, l'image de la vendeuse et celle de la marque peuvent être liées ».

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