23 Septembre 2017

Madagascar: Enquêtes criminelles - La gendarmerie déplore des abus policiers

Un gendarme gradé a été incarcéré à Tsiafahy. La gendarmerie charge la brigade criminelle pour extorsion d'aveux, fabrication de preuves et menace de mort sur un témoin.

Le clash. La gendarmerie crève l'abcès et cloue au pilori la brigade criminelle après l'arrestation et la mise en détention préventive d'un gendarme principal de deuxième classe (NDLR : adjudant) de l'Escadron Blindé numéro 4 (EB4). L'affaire concerne une attaque de pharmacie perpétrée à Anosy Avaratra, dimanche après-midi, aux alentours de 14 heures. Une voix officielle s'élève dans le désarroi et déballe un tissu d'irrégularités cousu avec des aveux extorqués, une menace de mort sur un témoin ainsi que des déclarations écrites et des témoignages montés de toutes pièces.

Les faits remontent à dimanche lorsque le gendarme de l'EB4 et trois autres suspects ont été arrêtés à bord d'un taxi-be, à Sabotsy Namehana, après l'attaque d'une pharmacie, commise à Anosy Avaratra, une quarantaine de minutes plus tôt. Les quatre individus

ont été débarqués manu militari lorsque des éléments mixtes, conduits par l'adjoint du commissaire central de la police d'Avaradrano, ont intercepté le véhicule de transport en commun où ils se trouvaient. Sitôt les suspects appréhendés, des hommes de la brigade criminelle sont arrivés pour les emmener.

« Ce coup de filet est l'aboutissement d'une opération conjointe. La police a surveillé la RN 3, sur laquelle le taxi-be a été immobilisé. La gendarmerie a, en revanche, verrouillé les ramifications périphériques que la bande pouvait emprunter pendant sa fuite. Comme c'est une opération mixte, les enquêtes devraient aussi l'être. Curieusement, la gendarmerie a été mise à l'écart », se désole le chef d'escadron Herilalatiana Randrianarisaona, chef du service communication et des relations publiques auprès du commandement de la gendarmerie nationale.

Armes interverties

L'affaire se corse encore plus après que la brigade criminelle a signifié dans une conférence de presse qu'un pistolet automatique a été retrouvé sur le gendarme. Bien qu'ayant botté en touche, la gendarmerie a ordonné à la compagnie territoriale de Tana ville de diligenter une enquête parallèle. Le résultat de ses recherches a donné un coup de massue à la brigade criminelle. Dans un procès-verbal, un adjudant-chef et un sergent-chef de l'armée, ayant été parmi les éléments mixtes qui ont procédé à l'arrestation du gendarme de l'EB4, ont souligné que celui-ci n'était en possession d'une arme quelconque. Une somme d'une valeur de 200 000 ariary a été par ailleurs retrouvée sur lui avec sa carte professionnelle. Consigné, l'acte écrit a été transmis au parquet mais le gradé n'a pas pour autant échappé à la prison.

Cette confusion autour de l'arme intrigue, du fait que la brigade criminelle, sous la supervision directe du directeur de la police judiciaire, a été chahutée par la presse, il y a à peine deux semaines, pour intervertissement d'armes. Alors que la brigade criminelle a défendu becs et ongles que deux armes de poing, dont une de fabrication artisanale, ont été découvertes sur deux individus tombés sous les balles de la police à Ampasika. de nombreux journaux ont mis en avant que les défunts ont été abattus, Kalachnikov à la main.

Lors des enquêtes préliminaires, un multirécidiviste, figurant parmi les trois suspects arrêtés à bord du véhicule de transport en commun avec l'adjudant, a retenu ce dernier comme étant l'un des leurs. Toute une liste d'actes de banditisme antérieurement commis était alors venue s'ajouter à l'attaque de pharmacie perpétrée à Anosiavaratra.

Une extorsion d'aveu sous menace de mort, incriminant la brigade criminelle (BC) a provoqué une onde de choc, mercredi, à la réunion de l'État-Major Mixte Opérationnel National (Emmo-Nat) au Toby Ratsimandrava. C'était lorsque la gendarmerie a donné du grain à moudre à la police criminelle en clamant haut et fort qu'un bref entretien a révélé que ce dernier aurait été menacé de mort s'il ne faisait pas en sorte de faire plonger avec lui le gendarme de l'EB4. Un entretien à travers les barreaux de la cellule de sûreté de la BC, entre un colonel, supérieur hiérarchique du gendarme incriminé, et le repris de justice délateur, ex-détenu de Tsiafahy.

L'incrimination a laissé bouche-bée les représentants de la police criminelle présents à la réunion. Ces détails troublants ont éclaté au grand jour après le passage à la BC de l'officier-supérieur, chef hiérarchique de l'adjudant, entendu pour les besoins de l'enquête. À la lumière de ces éléments, le colonel en question a eu pour consigne de remettre un rapport au commandement des Forces d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (FIGN), où est rattaché l'EB4.

«Cette affaire est désormais entre les mains du tribunal. Il est le seul habilité à trancher. Nous avons fait notre travail. La gendarmerie a fait une enquête parallèle et a envoyé un avocat pour défendre le suspect, mais le parquet en a décidé autrement », a expliqué le commissaire Whenss Ostrom, chef de la brigade criminelle, joint au téléphone. Affaire à suivre.

Madagascar

Lutte contre la peste - Les puces d'Antanimora insensibles à tout insecticide

Les rats prolifèrent dans nombre de centres de détention à Madagascar. Plus »

Copyright © 2017 L'Express de Madagascar. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.