23 Septembre 2017

Tunisie: A livres ouverts

L'accueil se fait autour d'un thé et des amuse-bouches, avant qu'une équipe de jeunes n'accueille le groupe de personnes participantes, venues généralement de la capitale et de ses environs.

Jeunes et adultes ont répondu à l'appel de l'équipe de «l'Art rue», qui en a parlé, notamment en ligne mais également dans quelques médias. «J'ai entendu l'intervention d'une jeune fille à la radio», déclare Dr Ahmed, la soixantaine, venu en hâte découvrir cette manifestation, muni d'emblée d'appréciations et débordant d'enthousiasme. «Je trouve l'initiative excellente, et j'ai vraiment hâte d'en découvrir le contenu».

Un son de cloche retentit, le rassemblement se fait illico devant le portail d'entrée. Le groupe de participants se retrouve face à trois ouvrages, contenant un titre et un aperçu, de l'histoire des personnes sélectionnées, qui vont servir de «livres humains». Des récits sont en effet, sur le point d'être racontés et partagés à des inconnus successivement et simultanément pendant des heures.

Le principe est simple et est fidèle à son slogan : chaque histoire choisie dans l'ouvrage même est le récit d'un «livre humain» numéroté et placé dans l'une des chambres de «Dar Bach Hamba». Une fois dans l'enceinte de l'endroit, les participants sont placés, selon les numéros qu'ils ont choisis. Chacun d'eux est pressé de rencontrer le livre humain, jusque-là, mystérieux. Quelques minutes plus tard, lever de rideau...

«Je suis un drag Queen tunisien, homme en temps normal, femme dans une autre vie. On tient les ficelles d'un univers fabuleux qui échappe complètement à la société et à ses normes sociales et on est sujette à des idées reçues totalement erronées. Etre un drag est un art, c'est un travail, c'est le show qui doit être totalement dissocié de l'orientation sexuelle ou, pire, de la prostitution», déclare un drag qui relate, élégamment bien sa double vie bien menée en Tunisie, devant des participants ébahis, dégoulinant de curiosité.

Le combat d'une tatoueuse tunisienne ne laisse pas de marbre : cette dernière tient à sa passion, elle en a fait un travail en dépit des préjugés. Et son parcours ne cesse toujours d'évoluer, malgré les obstacles. Ou le gardien de parking qui tient à ce que les autres sachent que sous sa carapace, se cache quelqu'un d'humainement riche et de cultivé. «Il faudrait qu'on arrête de juger les gens en se basant juste sur les apparences. Désormais, tous ceux qui m'ont écouté auront de la considération pour moi». Des entretiens d'une durée de 30 minutes chacun, qui agissent tel un remède immédiat contre un nombre d'idées stéréotypées, permettant ainsi aux participants de se réconcilier avec des individus faisant partie intégrante d'une société aussi diverse et pourtant peu ouverte sur les différences que la nôtre.

Ces rendez-vous font l'effet d'une bombe auprès d'un nombre considérable de curieux. Des citoyens lambda venus partager un moment intime, celui d'une conversation, et pas des moindres, échangés avec des «livres humains». Ils sont chargés à travers leurs vécus de leur transmettre une leçon de tolérance, une ouverture d'esprit, voire une leçon, celle d'une vie. «Je ne verrai plus une ancienne copine à moi anorexique, de la même manière. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais j'étais bête, peut-être jeune mais, ça n'excuse pas ma bêtise». Nous confie Chirine, la vingtaine, bouleversée à sa sortie d'un entretien avec un «livre humain» qui fait part d'un vécu peu reluisant, gâché par une anorexie aiguë.

Cette action, née au Danemark et exportée à Tunis, permet de relayer des récits qui ne sont pas racontés souvent dans une société telle que la nôtre régie par des codes pointilleux et immuables. Cette manifestation, organisée déjà à deux reprises par «l'Art rue» et ses partenaires, fut une réussite sur tous les plans. En cette rentrée, ils en ont rajouté une couche et envisagent de décentraliser le concept dans d'autres grandes villes de la Tunisie, en espérant, idéalement, voir ses «bibliothèques humaines» pulluler partout.

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