23 Septembre 2017

Cameroun: Crise anglophone au pays - Une image qui confirme que le mal est profond

Photo: facebook
Les manifestants utilisent une catapulte contre la police à Bamenda

Cette image se passe de tout commentaire. L'on dirait que nous sommes en plein exercice de photoshop. Que nenni, nous sommes dans une espèce gymkhana , pays voisin du Tchad.. On appelle ça la traduction caractérielle d'un malaise indicible qui ronge un peuple et que ses dirigeants font semblant de ne rien comprendre

La symbolique de cet arbre de paix que tient cette grande mère est significative.

Cette maman octogénaire à nos yeux est quant à elle devenue le symbole d'une réalité rebutante et indécente. Celle de l'impuissance d'un peuple face à une politique honteuse au Cameroun dont on ne préfère pas voir de visage.

On retrouve dans cette photo tous les éléments émotionnels qui sortent de la banalisation de notre vécu quotidien. Elle interpelle notre conscience, notre devenir, le devenir de notre génération et de notre peuple meurtris par la volonté d'un seul homme.

Au Cameroun, dans le grassfield, cet arbre de la paix tenue par cette grande-mère, rythme la plupart des cérémonies traditionnelles.

Pour fêter les jumeaux d'abord. Après leur naissance, la mère doit l'enjamber au niveau de la porte d'entrée, avec ses nouveau-nés dans les bras, pour regagner sa maison.

Lors du mariage coutumier, les parents de la mariée offrent l'arbre de la paix au couple, accompagné de jujube, appelé aussi fruit de la paix .

Le couple doit alors le déposer dans son lit, une façon de quérir la paix dans le ménage, ou alors de demander des jumeaux aux ancêtres, car ceux-ci apportent la paix dans les foyers.

Il sert aussi à la réconciliation, et est supposé éloigner les mauvais esprits.

Ce cliché à lui seul d'une octogénaire, tenant en main l'arbre de la paix, sifflet dans la bouche, comme des .....vandales, confirme que le mal est profond.

Cette photographie prend sa raison d'être dans la raison même du journalisme. Si demain, pour une raison morale, politique ou religieuse, on empêchait cette photo d'exister, on porterait atteinte à la démocratie.

La responsabilité d'un journal, en publiant des photos comme celle-ci, est de mettre à mal tous les stéréotypes de l'opinion sur le modus vivendi des Camerounais . Cette grande-mère est là pour nous le rappeler.

Cette image peut réveiller les consciences, comme toutes ces photographies qui ont marqué l'histoire, comme celle de l'indépendantiste et nationaliste camerounais Ernest Ouandié, arrivant sur la grande place à Bafoussam le 15 janvier 1971, menotté et encadré par la soldatesque locale, marchant droit, la tête haute et souriant ,en compagnie de deux de ses compagnons d'infortune, et qui refuse qu'on lui bande les yeux lors de son exécution

Nos dirigeants doivent comprendre qu'ils sont eux-mêmes à l'origine de la chute exponentielle de leur pays dans la déchéance multidimensionnelle. La mal gouvernance qui gangrène le Cameroun existe sous le regard morne d'un peuple depuis plusieurs décennies déjà

Ce n'est pourtant pas la première image diffusée le début des manifestations dans les régions anglophones du Cameroun depuis quelques années. Pourquoi celle-ci est parlante ? Parce qu'il y a, dans cette photo, un effet de choc. Une octogénaire... Celle qui est supposé interdire à ses fils et petits fils de s'exposer face à la soldatesque à la gâchette facile. Le sifflet qu'elle tient à la bouche traduit lui aussi, l'esprit de détermination à en découdre avec les maux qui minent nos sociétés

Cela ne peut qu'interpeller la lâcheté de nos dirigeants qui ont la responsabilité d'avoir contribué à ce chaos tout en institutionnalisant le refus catégorique des revendications populaires. Pourquoi dénoncer ces manquements? Oui, il le fallait car, se taire, c'est participer à la cacophonie ambiante dans ce pays.

Il faut dénoncer ce qui est insupportable. L'opinion ne veut d'ailleurs pas qu'on lui masque la réalité. Après on saura qui salit le plus l'image du Cameroun aussi bien de l'intérieure que de l'extérieure. La responsabilité d'un citoyen camerounais, en commentant des images comme celle sus-citée, est de mettre à mal tous les stéréotypes de l'opinion sur le modus vivendi des Camerounais. Cette atrocité est là pour nous le rappeler. Cette image interpelle la lâcheté de nos dirigeants qui ont tous la responsabilité d'avoir contribué à ce chaos.

Ce peuple attend depuis des années des élections locales dites régionales pour désigner les dirigeants locaux, ce peuple attend depuis que le processus de décentralisation effective telle prévue par la charte constitutionnelle du Cameroun soit appliqué. Ce peuple attend depuis des lustres que le développement suive l'esprit des Lois.

Ce que demande ce peuple, sera à coup sur utile à d'autres régions du Cameroun.

Parler d'un Etat fédéral ou d'un Etat décentralisé n'est pas synonyme d'un Etat divisé. C'est plutôt un Cameroun où au niveau local, l'on pourra briser les chaînes avilissantes de la machine du centralisme excessif pour responsabiliser les dirigeants et les populations autour des questions de développement local et participatif.

Pour y aboutir, comme dans tout malaise qui gangrène une société, il faudra passer par un dialogue national

Aujourd'hui, tout porte à croire que le pouvoir camerounais, n'a pas la volonté réelle de faire diagnostiquer les causes profondes de la crise dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, tout comme dans le Cameroun entier.

Ce Dialogue national est nécessaire et incontournable car, il est temps de penser à une nouvelle institution, à la modernisation de la vie politique, la cohésion sociale et la paix, gagent du développement autocentré et durable

Posons-nous sérieusement ces questions : « Pourquoi sommes-nous si pauvres sur une terre qui regorge d'autant de richesses ? Pourquoi nos richesses qui créent la croissance des autres pays n'arrivent-elles pas à faire avancer les nôtres ? Pourquoi d'autres pays qui ont connu la domination, des guerres, de grandes catastrophes arrivent-ils à se redresser et pas nous ? » Lorsque nous aurons sérieusement réfléchi à ces questions et que nous leur aurons trouvé des réponses sensées, nos jeunesses cesseront alors de caresser des rêves maudits.

La symbolique de cet arbre de paix que tient cette grande mère est significative. Que ceux ou celles qui refusent de voir la réalité des yeux demeurent myopes.

Il est temps pour le pouvoir de Yaoundé de savoir décrypter le message de cette maman octogénaire, tout comme d'autres messages que portent les populations camerounaises lésées.

Au lieu de tirer leçon des succès et des échecs des modèles de développement qui ont été expérimentés de par le monde, le pouvoir de Yaoundé continue à s'engluer dans ses politiques stériles. Mais jusqu'à quand ?

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