24 Septembre 2017

Burkina Faso: Attaque contre le camp des refugiés de Mentao - Le cancer se métastase

Photo: Le Pays
Photo d'archives

L'attaque du poste de police de Mentao survenue vendredi dernier, suivie le lendemain matin de la mise à feu d'un engin télécommandé au passage d'un véhicule de l'armée, qui a blessé 4 soldats, vient nous rappeler, si besoin en était, que les forces du Mal ne s'avouent pas vaincues, contrairement aux discours rassurants et triomphalistes débités par nos autorités depuis les opérations rondement menées par les armées malienne, française et burkinabè à la frontière malo-burkinabè, en juin et juillet derniers.

On pourrait même dire que les terroristes ont d'autant plus repris du poil de la bête que ce sont eux qui vont à l'abordage et attaquent les premiers, contraignant nos vaillantes forces de défense et de sécurité (FDS) à se lancer dans des opérations de ratissage et de courses-poursuites dans une zone dont les groupuscules terroristes maîtrisent parfaitement la cartographie.

Nous avons eu l'illustration parfaite de l'audace et de la témérité des assaillants, dans la nuit du 21 au 22 septembre, avec le saccage et l'incendie du commissariat de police du camp de réfugiés de Mentao, car les événements se sont déroulés à une heure pas si avancée que cela, dans un site très peuplé et à quelques encablures de la ville-garnison de Djibo.

Et comme si cette énième « quenelle » faite à notre système sécuritaire ne suffisait pas, les présumés terroristes ont, pour ainsi dire, remis ça dès le lendemain matin, en posant une mine sur la route qui même de Djibo à Mentao et en attendant « sereinement » le passage de nos FDS pour actionner la charge.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est une escalade dans la commission des actes terroristes au Burkina Faso car, sauf erreur ou omission, c'est la deuxième fois que de tels engins de la mort sont utilisés contre nos soldats sur notre territoire national, après l'attaque du 17 août dernier, qui a coûté la vie à 3 soldats dans la commune rurale de Tongomayel.

Mais à chaque fois, les assaillants ont réussi à se fondre dans la nature, parfois même après avoir opéré sous le nez et la barbe de nos forces de sécurité, comme lors des probables règlements de compte entre terroristes au cœur même de la ville de Djibo.

Les loups sont-ils déjà dans la bergerie ?

Le fait que les assaillants arrivent, comme par extraordinaire, à passer entre les mailles des filets est si ahurissant, pour ne pas dire si intriguant, qu'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur leurs aptitudes au camouflage et sur leur don d'ubiquité. Comment arrivent-ils à opérer nuitamment, à moto, dans des zones où les moyens de déplacement motorisés sont interdits à la circulation, de 17h à 6h du matin ?

Leur maîtrise du terrain et leur courage suffisent-ils à expliquer ces attaques plus qu'audacieuses et leur « évaporation » dans la nature tels des feux follets ? Les loups sont-ils déjà dans la bergerie ? Qui sont au juste ces artificiers qui arrivent à déclencher avec autant de maîtrise et de précision les explosifs au passage des véhicules de nos FDS ?

Notre riposte face aux assaillants pêche-t-elle par le manque de renseignements fiables ? Voilà une kyrielle de questions dont les réponses pourraient nous aider à circonscrire l'incendie qui s'est déclaré au Burkina Faso depuis 2015, et à stopper ce cancer qui est en train de se métastaser à un rythme plus qu'effrayant.

On peut bien comprendre la réticence des populations à coopérer ou à répondre aux appels à la délation, au regard des expéditions punitives des terroristes. Mais l'on ne comprendrait pas et on ne pardonnerait pas que des individus, d'où qu'ils viennent, se rendent complices, même de façon passive, de ceux qui ont juré d'amputer la région du sahel de notre territoire national.

Car, ne nous voilons pas la face et ne jouons pas à l'autruche, ces groupuscules opèrent facilement et se multiplient par scissiparité, parce que dans cette partie du pays, c'est l'omerta qui devient de plus en plus la règle, et c'est un atout de plus pour tous les fauteurs de trouble.

L'Etat burkinabè devrait se pencher rapidement et sérieusement sur le « silence coupable » de ceux qui connaissent l'identité et parfois les habitudes de leurs frères égarés, en leur garantissant le maximum de confidentialité et de sécurité pour eux-mêmes et pour leurs familles.

Les soldats qui sont en première ligne dans cette lutte contre l'insécurité sous toutes ses formes, doivent évidemment bénéficier d'une attention particulière, aussi bien du point de vue équipement que matériel, et tout ce qui concourt à booster leur moral doit être fait avec diligence et professionnalisme.

Quant à nos frères maliens réfugiés dans les différents camps installés dans le pays, ils ne doivent pas être en marge de cette lutte, encore moins être complices de ceux dont les comparses ont été à l'origine de leur exil ici au Burkina.

Au demeurant, ils doivent désormais être des « supplétifs » de nos FDS dans leurs camps respectifs, afin d'éviter que les stratèges du chaos ne profitent de leur situation précaire pour les entraîner dans leurs entreprises suicidaires, ce qui ne manquera pas de semer le doute par rapport à leur loyauté vis-à-vis de leur pays d'accueil. Heureusement que les Burkinabè sont un peuple mûr, qui sait faire la différence entre le bon grain et l'ivraie, et qui ne se laissera certainement pas aller au jeu de ces terroristes, qui pourrait les opposer à leurs frères de la sous-région.

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