25 Septembre 2017

Cameroun: Qui Ruine La République?

Après les événements récents dans les deux régions anglophones du Cameroun, le porte-parole du gouvernement et griot en chef du régime de Yaoundé, M. Issa Tchiroma Bakary, est venu réciter sa propagande habituelle en affirmant que «tout est prémédité à partir de l'étranger».

Ainsi donc, pour la dictature de Paul Biya la moindre difficulté, revendication, manifestation, et contestation populaire est évidemment "préméditée de l'extérieur", y compris quand des vieilles dames n'ayant aucun accès à internet et aux chancelleries étrangères se lèvent pour dire STOP à la marginalisation sociale, économique, administrative, linguistique, et culturelle de leurs régions anglophones.

Ce n'est pas nouveau, la dictature de Paul Biya a une incapacité atavique à assumer sa part de responsabilité dans les problèmes qu'il a pourtant contribué à créer: Ceci a toujours été le Modus Operandi de ce gouvernement:

1) L'Opposition vue uniquement comme une "nuisance"

Le CL2P a sans cesse rendu le gouvernement responsable de sa difficulté à intégrer la politique de l'opposition dans une logique de contribution au consensus national. En effet au Cameroun «opposant » est une catégorie biopolitique. Dans cette approche biopolitique, l'opposant se doit d'être le produit puis la représentation d'un système politique arrêté historiquement et pérennisé par des institutions étatiques qui accordent ou reconnaissent des prérogatives disproportionnées au Chef de l'État, dans un régime voulu «Présidentialiste à pouvoir renforcé», qui n'est autre qu'un pouvoir absolu confié à un seul homme.

Dans un tel contexte l'opposant politique devient presque naturellement la figure à torturer, à anéantir, et à transformer en une chose parmi tant d'autres choses au sein d'un régime où la pensée et le parti unique sont la norme. Le produit de cette discipline quasi corporelle a donné naissance à la figure de l'opposant considéré comme une personne incapable d'assurer sa propre sécurité (y compris domestique), et donc de transformer le monde dans lequel il vit et prétendrait éventuellement diriger. Dans cette perspective, l'opposant ne pourrait jamais être la figure d'une transformation possible, l'agent d'une alternance positive, mais un préjugé, un stéréotype, un cliché permanent à exploiter à des fins bassement politiciennes, afin de mettre en valeur un pouvoir en place essentiellement narcissique, libidinal et jouissif.

Blâmer les victimes

Il y a les victimes, les bourreaux des victimes, et le jeu sordide Victimes-Bourreaux. Au Cameroun, il devrait logiquement avoir - comme partout ailleurs - une définition et des contours clairs des victimes et des bourreaux. Mais très souvent des propagandistes comme Issa Tchiroma Bakary entretiennent délibérément la confusion et renvoient la faute sur les victimes, afin notamment de produire puis maintenir à dessein une véritable rhétorique culpabilisante, et aboutir ainsi à une inversion véritable des rôles dans laquelle toute la charge de la responsabilité retombe sur les victimes. Mais le principal problème apparaît quand la crise ou le drame perdure, et que l'auteur qui n'est autre que le gouvernement du Cameroun, refuse d'assumer toute la responsabilité découlant de ses propres actions.

Et comme avec M. Tchiroma, c'est alors tout un gouvernement qui s'empresse - comme par instinct de survie - de faire semblant de ne pas réellement mesurer et comprendre l'ampleur de ses responsabilités. Mais la vérité c'est qu'il n'y a pas de victimes sans bourreaux. Les Anglophones ne sont pas la cause du problème mais ses victimes au Cameroun, comme le CL2P l'a répété à maintes reprises, puis l'affirmera encore et encore

3) Démagogie et tribalisation des problèmes légitimes des Camerounais

Et maintenant que le processus de putridité et de décomposition avancée du régime Biya semble hors de contrôle, et surtout que son incapacité à résoudre les multiples crises auxquelles est confronté le Cameroun se précise, il en est réduit à s'appuyer sur un idéologue comme Mathias Eric Owona Nguini pour notamment agiter le spectre d'une violence normalisée et institutionnalisée sur les populations civiles. Mais dans la pratique il ne s'agit ni plus ni moins que du terrorisme domestique parrainé par l'État, sur la base d'une opposition imaginaire, faussement divisée sur un problème comme celui-ci, dont la segmentation n'a comme but ici que d'éloigner encore une fois les Camerounais des questions légitimes en les mettant comme d'habitude sous le tapis. Cette dépendance chronique à la violence est aussi la démonstration que l'autrefois rationnelle et compétente bureaucratie n'est plus ce modèle d'entité démocratique, et conforte la nécessité de l'émergence d'une nouvelle catégorie d'acteurs sociaux et de citoyens engagés au Cameroun.

Toutes ces tactiques sont aujourd'hui clairement très improductives et sonnent aux oreilles des Camerounais comme des disques rayés. Le temps est clairement venu d'assumer enfin vos responsabilités et d'arrêter de faire porter le chapeau aux autres!

Cameroun

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