25 Septembre 2017

Burundi: Sauti Sol, une bouffée d'oxygène pour les Burundais

Ce week-end aura été animé par le groupe kényan Sauti Sol, en concert à deux reprises à Bujumbura. Alors que certains Burundais pensent que le moment était mal choisi, le blogueur Ivan Corneille MAGAGI III l'entend autrement et remercie ces musiciens pour avoir égayé ses compatriotes le temps d'un week-end.

Deux concerts comme jamais vus avant au Burundi, un moment de plaisir, un kif, une teuf... Il y a plusieurs façons de qualifier la démonstration du Groupe Sauti Sol ce week-end . Ils en ont fait du trajet ces Kenyans qui étaient une semaine plus tôt en tournée en Europe, pour venir animer Bujumbura.

Et les mélomanes n'ont pas été déçus. Ils l'avaient mérité, avouons-le, après ce que Bujumbura a réservé au groupe comme accueil. Mais voilà, il y en a qui pensent que, vu le contexte socio-politique du pays, le groupe aurait dû boycotter le Burundi. Cette pensée, je ne l'avais pas du tout vu venir, vraiment.

Qu'ont à faire les Sauti Sol dans les conflits burundais?

Résumons ! L'idée est que par sa démonstration, Sauti Sol ait en quelques sortes pu légitimer le régime de Bujumbura. Eh ben, cela va de soi, la récupération, c'est le propre des politiciens. Mais ils n'ont qu'à dormir seuls dans leur bulle, personne ne leur tiendra compagnie.

D'autre part, supposons que le groupe se soit absenté pour protester contre ce régime, à qui ça aurait fait le plus de mal ?

J'espère qu'on ne pense pas à faire chanter un régime qui a connu un coup d'Etat, qui fait face à des sanctions internationales, au spectre de forces internationales sur le sol burundais, et j'en passe.

Lorsqu'on écoute Sauti Sol, on a bien conscience que ce sont des Kenyans. On sait également ce que le Kenya a vécu comme violences postélectorales en 2007 et les embrouilles avec la CPI qui ont suivi.

Mais chez eux, jamais on ne se demande pas si le groupe est du côté de Kenyatta ou d'Odinga, ou plus simple du côté des bons ou des mauvais (que je ne saurais nommer respectivement).

Mais voilà, par ces deux concerts, on voudrait catégoriser immédiatement Sauti Sol dans l'un des camps pro ou anti-mandat. A mon avis, le sens burundais de la méfiance commence à nous rendre un peu trop extrémistes.

De pauvres victimes de la frustration burundaise

Ils l'ont dit eux-mêmes dès leur arrivée, les Sauti sol étaient venus à Bujumbura pour faire de la musique. Et ce n'est que sur invitation de l'ambassade kenyane, non du gouvernement burundais.

Je ne doute pas que le temps d'une ou deux soirées, pro, anti-mandats et je-m'en-foutistes ont dansé ou chanté au même rythme.

Ce public, c'est lui qui aurait souffert de l'annulation des concerts, bien plus que le régime de Bujumbura. C'est lui qui avait besoin de se perdre et oublier les soucis quotidiens d'un Burundais.

Et si pour égayer un peuple il en faut un dîner et un selfie avec des dignitaires du pays, pourquoi pas ? On ne va pas les traiter comme si ils avaient violé notre Constitution, ou comme si ils pouvaient à eux quatre faire une chose que nous-mêmes Burundais ne pouvons ou ne voulons faire.

Définitivement, je pense que le passage de Sauti Sol a fait plus de bien que de mal aux Burundais. Mais effectivement, on aimerait moins ces Sauti sol s'ils se mettaient à tremper dans la politique. Ce qui n'est pas le cas.

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