25 Septembre 2017

Cameroun: De la crise à l'affrontement - Comment le régime a radicalisé les anglophones

La crise anglophone actuelle qui semble virer à la tragédie aurait pu être évitée si le régime de Biya avait très tôt écouté les manifestants. Rendu à ce stade, le président de la République doit nécessairement interrompre son séjour à l'étranger pour revenir au Cameroun ouvrir des vraies discussions.

Aucun sujet ne doit être tabou. Surtout pas la forme de l'Etat.

En oubliant délibérément de dire au monde qu'il existe une grave crise anglophone au Cameroun, né et accentué par le laxisme de son gouvernement, et qu'à ce jour, l'unité de ce pays qu'il dirige depuis plus de trois décennie est menacée d'explosion, le chef de l'Etat semble jouer avec le feu..

Que Paul Biya refuse de parler de la précarité qui caractérise le plus grand nombre des Camerounais, avec un petit nombre de privilégiés acteurs de son pouvoir, qui détournent les fonds publics et s'enrichissent illicitement sur le dos du peuple, on peut comprendre qu'il refuse de se faire harakiri.

Mais refuser de tenir un discours honnête à la tribune des Nations-Unies pour dire au monde que le problème anglophone perdure aujourd'hui parce qu'il y a eu un manque de dialogue franc et direct avec les protagonistes de cette crise est politiquement incorrect.

Le monde entier avait effectivement besoin de savoir pourquoi le Cameroun en est là aujourd'hui.

Pour rappel il y a un an, précisément en octobre 2016, les avocats anglophones qui n'arrivaient pas depuis des années à se faire entendre sur les réformes nécessaires à conduire sur le Common Law ont décidé d'entrer en grève.

La réponse du gouvernement sera violente. Des avocats anglophones seront tabassés en mondovision. Peu après, les enseignants camerounais du système anglo-saxon posent aussi des doléances pour des reformes dans le système éducatif et entrent aussi en grève. Le gouvernement les ignore.

Quand la grève commence à se généraliser sur la simple base que les anglophones ne sont pas écoutés dans leurs revendications, des membres du gouvernement, dont certains eux-mêmes anglophones crient à haute voix qu' « il n'y a pas de problème anglophone au Cameroun ».

Logiquement donc, nos frères de l'autre rive du Moungo prennent cette attitude du régime Biya comme du mépris et décident donc de prendre leur destin en main. La tentative de dialogue du gouvernement n'est pas sincère. La violence s'y mêle et les arrestations aussi. On se retrouve dans un redoutable blocage. Les leaders anglophones sont emprisonnés et accusés de terrorisme.

Paradoxalement, la plupart de leurs revendications sont accordés par le régime. Une commission pour la promotion du bilinguisme et le multiculturalisme est créée. Les faucons du régime qui entourent Paul Biya maintiendront pourtant leur position sur le non à l'ouverture des discussions sur la forme de l'Etat. Les « villes mortes » s'accentuent dans les deux régions anglophones.

Avec des écoles fermées pendant de longs mois. Acculé Paul Biya se trouve contraint de libérer quelques leaders anglophones pour négocier l'ouverture des écoles pendant la rentrée. L'apaisement souhaité ne sera pas effectif jusqu'à ce que Biya prenne la parole vendredi dernier à la tribune de la 72ème Assemblée générale des Nations-Unies. A défaut de recevoir les leaders anglophones pour directement parler avec eux, ou alors de se rendre dans les régions du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest, la moindre des choses qui aurait pu éviter la présente radicalisation des anglophones aurait été tenir un discours franc et honnête sur la question anglophone aux Nations Unies.

Pour n'avoir même pas pensé à évoquer le sujet lors de sa prise de parole vendredi dernier a projeté les anglophones dans la rue. De Ntaba village, à Bafut, en passant par Jakiri, Fundong, Victoria, Ndu,Oku( village du PM Yang Philémon), Fontem, Djottin, Kom, Mankon, Menji, Tubah, Santa (village de Ni John Fru Ndi et Achidi Achu), Balangi, Weh village, Eyumuck des femmes en pagne de couleur blanche et des foulards rouges sont dans la rue. Tout comme des vieilles mamans à moitié dénudées (les fameuses takunbeng) ont décidé de se faire entendre. A qui la faute ?

Principalement au gouvernement de notre République qui n'a pas su jouer franc-jeu avec les grévistes anglophones.

Ces dernières heures, ce qui était encore la crise anglophone semble avoir viré au terrorisme anglophone, avec des attentats explosifs. De ce fait, Paul Biya doit immédiatement interrompre son séjour à l'étranger et regagner le Cameroun.

Il doit, parce qu'il reste encore le président de tous les Camerounais, ouvrir une vraie discussion sur cette actualité.

Aucun sujet ne doit être tabou. Surtout pas la forme de l'Etat. Pour lui une vrai sujet pour mendier la paix qui semble vouloir nous échapper.

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