25 Septembre 2017

Kenya: Reprise de la présidentielle kenyane - La commission électorale dans de beaux draps

Au Kenya, l'heure est à la reprise du scrutin présidentiel du 8 août dernier, invalidé par la Cour suprême qui n'a pas manqué, au passage, de charger la Commission électorale de tous les péchés d'Israël ayant conduit à une telle situation inédite.

Déjà sur la sellette, l'institution chargée de l'organisation des élections a vu, le 24 septembre dernier, d'autres tuiles lui tomber sur la tête, avec la décision du parquet d'ordonner une enquête « approfondie et complète » sur cette institution, enquête à mener par la Police et l'Agence anti-corruption pour « irrégularités » et actes « illégaux » présumés commis dans le déroulement de la présidentielle.

L'enquête devra aussi prendre en compte les allégations de l'opposant Raïla Odinga et sa coalition qui doutent de l'intégrité de plusieurs membres de cette Commission, depuis l'invalidation du scrutin par la Cour suprême.

Il y a lieu de nourrir des doutes et des inquiétudes

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Commission électorale kényane est dans de beaux draps. En effet, après s'être fait proprement passer un savon par la Cour suprême, elle ne semble pas à l'abri d'autres déboires si la responsabilité de certains de ses membres dans les griefs formulés par la Cour suprême et le camp de l'opposant Raïla Odinga venaient à être établie.

Pour sûr, cela porterait non seulement un coup dur à l'image de cette institution, mais aussi à la suite du processus électoral dont on se demande s'il pourra être mené à son terme, dans la sérénité. En tout cas, il y a lieu de nourrir des doutes et des inquiétudes.

D'autant plus que de son côté, le camp présidentiel ne décolère toujours pas contre la Cour suprême, elle aussi soumise à d'énormes pressions, qu'il accuse de lui avoir « volé » sa victoire. A cette allure, l'on se demande si ce n'est pas tout l'appareil électoral qui risque d'être pris en otage et balloté entre les deux camps, chacun ayant manifestement son chien enragé à abattre.

C'est dire si la situation est en train de se compliquer au Kenya, et bien malin qui saurait en prédire l'issue tant la tension ne fait que monter.

C'est pourquoi, si les uns et les autres ne mettent pas un peu d'eau dans leur vin, l'on est porté à croire que le Kenya est bien parti pour une autre crise pot-électorale aux conséquences imprévisibles, les deux parties semblant chacune dans une logique de victoire absolue.

Dans ces conditions, il sera non seulement difficile de tenir les élections à bonne date, mais aussi et surtout de faire accepter les résultats, surtout au perdant.

Car, quel que soit le perdant, il ne manquera pas d'arguments pour remettre en cause les résultats. C'est pourquoi l'on peut se féliciter de la décision de la Justice kényane de se saisir du dossier à l'effet de faire la lumière sur ces « irrégularités ».

Encore faudrait-il que les investigations puissent aboutir à des résultats palpables, étayés de preuves irréfutables. Mais dans le même temps, l'on peut se demander si une telle procédure ne va pas plutôt compliquer davantage la donne au point d'hypothéquer la reprise du scrutin. L'on attend de voir.

Il faut croiser les doigts pour que les djinns de la violence ne sortent pas de leur bouteille

En attendant, c'est le pays tout entier qui est plongé dans l'incertitude et qui retient son souffle. Va-t-on vers une recomposition de la Commission électorale pour faire droit aux revendications de Raïla Odinga qui menace de boycotter la présidentielle si une partie de ses membres n'est pas changée ?

En tout cas, l'on ne voit pas comment ces derniers pourraient continuer à exercer s'ils devaient être épinglés au bout du compte par les enquêteurs. Toute chose qui viendrait confirmer les soupçons de l'opposant qui a été le premier à crier haro sur le baudet.

Mais quid du président sortant, Uhuru Kenyatta, qui ne cache pas de son côté ses ressentiments contre la Cour suprême qui a procédé à l'invalidation de sa réélection ? Les jours à venir sont pleins de danger pour le Kenya.

Et il faut croiser les doigts pour que les djinns de la violence ne sortent pas de leur bouteille. Autrement, il risque de pleuvoir des cordes sur Naïrobi. Et il serait triste que l'épisode de cette élection qui devait être une expérience démocratique inédite sur le continent, vire plutôt au cauchemar.

Mais si l'on n'y prend garde, c'est ce qui risque d'arriver tant les ingrédients d'une explosion sont petit à petit en train d'être réunis par les protagonistes qui mettent la barre très haut, avec des positions de plus en plus tranchées.

En tout état de cause, la balle est dans le camp de la Justice kenyane et elle n'a pas droit à l'erreur. Pour autant que ses intentions soient nobles, elle devra mettre un point d'honneur à aller jusqu'au bout de son initiative en étant le plus irréprochable possible et en se mettant au dessus de toutes les chapelles politiques. L'avenir de la nation en dépend.

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