25 Septembre 2017

Ouganda: L'imprévisible Museveni !

Alors que les questions d'alternance divisent profondément le pouvoir de Faure Gnassingbé et l'opposition togolaise qui a appelé les populations dans la rue, l'Ouganda, un autre pays africain, fait face depuis le week-end dernier, à des violentes manifestations.

En effet, des centaines d'étudiants de l'Université Makerere, la plus grande du pays, sont descendus dans les rues de la capitale, en signe de protestation contre la modification de la Constitution visant à sauter le verrou de la limite d'âge pour briguer la magistrature suprême en faveur du président Yoweri Museveni.

Le parti au pouvoir a révélé son intention de soumettre un projet d'amendement constitutionnel supprimant la limite d'âge des présidentiables fixée à 75 ans par les textes fondamentaux. Cette disposition vise à permettre à l'actuel chef de l'Etat, le président Museveni, à la tête de l'Ouganda depuis 24 ans, de se représenter pour un sixième mandat en 2021.

« Ne la touchez pas ! », scandaient en faisant allusion à la loi fondamentale, les manifestants, qui ont bravé les balles de plomb et les gaz lacrymogènes des forces de sécurité.

Au cours de ces marches qui se sont ensuite étendues à d'autres villes à l'intérieur du pays, aussi bien des étudiants que des membres de l'opposition ougandaise, notamment son leader, Kizza Bésigyé, battu à quatre reprises à l'élection présidentielle par l'actuel chef de l'Etat, ont été interpellés.

Mais ces derniers ne sont pas les seuls à subir les représailles lancées par le camp présidentiel contre ses pourfendeurs. La police a investi, mercredi, le siège de l'ONG « Action Aid » qui avait émis des critiques au sujet de la modification de la Constitution envisagée par le parti majoritaire.

Une situation qui a suscité une réaction des Etats-Unis par la voix de son ambassadrice en poste au pays, Déborah Malac. Se déclarant être

« profondément préoccupée » par ce qui prévaut à Kampala, la diplomate américaine n'a pas manqué de rappeler au gouvernement ougandais son devoir de garantir à tout citoyen, la liberté d'expression et de rassemblement sans aucune crainte d'intimidation. L'inquiétude du pays de l'oncle Sam se comprend aisément au regard du passé assez récent de ce petit Etat de l'Afrique de l'Est.

De fait, ce n'est pas la première fois que la Constitution ougandaise est victime de la gourmandise du pouvoir de Museveni qui, en 2005, l'avait fait réviser, sautant le verrou de la clause limitative des mandats présidentiels alors fixés à deux.

Ce qui lui a ouvert le boulevard pour un troisième, un quatrième puis un cinquième mandat en cours. Ayant le vent en poupe, le président ougandais connu sous le sobriquet de « rwitabagomi », qui signifie « celui qui flingue les plus têtus » en langue locale, se moquent éperdument de ses adversaires.

Agé de 73 ans aujourd'hui, il ne voit pour seul obstacle, que la disposition constitutionnelle fixant l'âge maximum pour se lancer dans la course au fauteuil présidentiel à 75 ans. Yuweri Museveni est arrivé au pouvoir en 1986 par les armes, après plusieurs années de maquis.

S'il est vrai que son avènement au pouvoir avait permis de sortir le peuple ougandais de la série de dictatures instaurées par les présidents Idi Amin Dada (1971- 1979), et Milton Oboté (1966-1971 puis 1980-1985), il faut cependant avouer que l'homme ne s'est pas policé après plusieurs décennies à la tête de l'Ouaganda.

Il ne fait plus l'unanimité au sein de ses concitoyens, mais les multiples efforts sans cesse déployés par l'ancien maquisard pour transformer son pays tant sur le plan politique qu'économique, l'ont fait passer pendant longtemps au sein de son parti pour un dirigeant irréprochable.

Mais cette période semble être révolue et les récentes manifestations sont là pour le prouver à souhait.

Celui que l'on a surnommé « le Bismarck des Grands Lacs » n'est en réalité, pour certains, qu'un compulsif dont la longévité au pouvoir ne tient qu'aux équipes martiales, comme celle du chef sanguinaire Joseph Kony, de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

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